Boeing 737 MAX : L'avion va-t-il être autorisé à revoler en Europe ?

SECURITE Après les Etats-Unis, le Brésil et le Canada, l’Europe devrait autoriser cette semaine le retour en vol du Boeing 737 MAX qui avait été retiré de la circulation après deux accidents successifs

Lucie Bras

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Les vols commerciaux du 737 MAX, de nouveau autorisés au Canada, ici à Calgary, le 21 janvier 2021.
Les vols commerciaux du 737 MAX, de nouveau autorisés au Canada, ici à Calgary, le 21 janvier 2021. — Jeff McIntosh/AP/SIPA
  • Semaine critique pour le dernier modèle de Boeing : après les Etats-Unis, le Brésil et le Canada, l’Europe devrait autoriser cette semaine le retour en vol du Boeing 737 MAX.
  • Ce lundi, la Commission des transports du Parlement européen auditionne le directeur de l’Agence européenne de sécurité aérienne, Patrick Ky, sur les raisons qui l’ont poussé à autoriser cette remise en circulation.
  • L’appareil est cloué au sol depuis mars 2019, à la suite de deux accidents qui avaient fait 346 morts, en Indonésie et en Ethiopie.

La fin des déboires pour Boeing ? Cela faisait 22 mois que son dernier appareil, le Boeing 737 MAX, avait perdu son autorisation de voler après deux crashs successifs en 2018 et 2019, faisant 346 victimes. Cette semaine, il pourrait être de nouveau autorisé à voler en Europe, a annoncé l’agence européenne de sécurité aérienne (EASA).

Avant de donner son feu vert, Patrick Ky, le directeur de l’Agence, doit passer ce lundi devant la Commission des transports du Parlement européen. Car des inquiétudes demeurent : une association de familles de victimes juge cette remise en circulation « prématurée, inopportune et même dangereuse » et réclame plus de « transparence » sur cette décision. Faut-il avoir peur de monter dans ces appareils ? Après avoir menti, Boeing a-t-il vraiment résolu tous les problèmes ? 20 Minutes fait le point.

Comment s’est passée la certification de l’avion ?

« C’est l’avion le plus surveillé de tous les temps. Il n’y a pas un avion dans le monde qui a été autant investigué », résume Xavier Tytelman, expert en aéronautique, qui s’est lui-même rendu à Seattle pour comprendre les modifications apportées au MAX. « L’avion a réalisé des centaines et des centaines de décrochages. Les Européens sont même allés vérifier et faire des vols tests au Canada », explique-t-il.

« Nous avons atteint le stade où nos quatre prérequis ont été remplis (…) Nous avons bénéficié d’une totale transparence de la part de la FAA [l’Agence américaine de sécurité aérienne] et de Boeing », avait déclaré Patrick Ky la semaine dernière. L’association de proches de victimes « Vol ET 302 Solidarité et justice » réclame toutefois plus de transparence sur la décision de l’agence.

Elle dit vouloir « comprendre ce qui a fondé la décision de l’EASA et que la démonstration soit faite que cette nouvelle autorisation de vol présente avec certitudes toutes les garanties de sécurité ». Une méfiance des autorités de contrôle liée aux manquements de la FAA, accusée d’avoir sous-traité à Boeing le contrôle de certaines fonctions de l’appareil. Quant au refus de la Chine de remettre l’avion en circulation, pointé par l’association, Xavier Tytelman y voit une guerre diplomatique et économique, plus qu’un refus justifié par un potentiel danger.

Quelles ont été les améliorations apportées par Boeing ?

Le constructeur américain a mis en place des modifications sur le logiciel de commandes de vol appelé MCAS, que les pilotes des vols de Lion Air et d’Ethiopian Airlines n’ont pas réussi à maîtriser.

Lors des deux accidents, c’est après avoir reçu des informations erronées d’une sonde, indiquant que l’avion était en décrochage, que le logiciel MCAS avait mis l’avion en piqué. « Si une sonde était défectueuse, ce qui était le cas lors du crash, le système s’emballait sans fin pour donner du poids dans le manche du pilote. Aujourd’hui, ce système se limite à deux impulsions et n’aura plus d’impact sur la trajectoire de l’avion », indique Xavier Tytelman.

Une troisième sonde, numérique, doit également être installée sur les avions à partir de 2022. En attendant, un entraînement spécifique des pilotes pour repérer et gérer des informations contradictoires des deux sondes est mis en place.

Les Etats-Unis et l’Europe imposent également aux compagnies d’effectuer un vol d’essai sans passagers sur chaque appareil avant de l’exploiter pour s’assurer que les modifications ont été correctement mises en œuvre. La présidente de l’association Vol ET302, Virginie Fricaudet, a de son côté déploré « la remise en vol de cet avion » qui « a subi des modifications a minima ». « On nous soumet au silence en ne nous informant pas, surtout quand on a conscience de la dimension du scandale », a-t-elle affirmé.

Va-t-on pouvoir refuser, comme aux Etats-Unis, de voler sur un 737 MAX ?

Aux Etats-Unis, American Airlines assure que tout client achetant un billet d’avion sera prévenu s’il vole sur un 737 MAX. La compagnie s’est engagée à offrir des alternatives à tout passager ne souhaitant pas voler sur l’appareil. En Europe, cette politique pourrait être également mise en place : « Pendant les premières années, certaines personnes voudront éviter cet avion. Il me semblerait légitime qu’ils aient le choix. On pourrait, pendant deux-trois ans, accepter un remboursement du billet par exemple », estime Xavier Tytelman. En revanche, les 737 MAX sont bien destinés à transporter des passagers et non du fret, pour lequel ils ne sont pas adaptés.

Combien de modèles vont-ils circuler en Europe ?

Depuis son entrée en service, 67 exemplaires de l’appareil ont été livrés à des clients européens. Un total de 723 appareils ont été commandés par quatorze compagnies européennes – aucune française –, dont 210 restant à livrer à Ryanair, 92 à Norwegian Air Shuttle et 63 à Turkish Airlines.