Dans une cantine scolaire à Marseille.
Dans une cantine scolaire à Marseille. — P. MAGNIEN / 20 MINUTES

EPIDEMIE

Coronavirus à Marseille : Soupe à la grimace face à un protocole sanitaire « ingérable » dans les cantines

Mathilde Ceilles

A Marseille, maire, parents d’élèves et personnels sont vent debout contre le protocole sanitaire qui leur semble inapplicable dans les cantines de la deuxième ville de France

  • A Marseille, l’application du nouveau protocole sanitaire dans les cantines des écoles de la ville, souvent petites et surfréquentées, fait débat.
  • Ce protocole rallonge le temps de service, au point que des enfants mangent après 14 heures.
  • La mairie envisage notamment la suppression de l’entrée pour raccourcir ce temps.

Manger uniquement avec les élèves  de sa classe, désinfecter le mobilier entre chaque service, garder un mètre de distance entre chaque élève sur les tables… Dans les écoles trop exiguës et surpeuplées de Marseille, la cantine ​ vire désormais au casse-tête pour pouvoir respecter le nouveau protocole sanitaire du gouvernement.

Au point de faire bondir le maire de Marseille, interpellé sur Twitter par une mère d’élève « Vous avez 1.000 fois raison, ce protocole est ingérable, écrit Benoît Payan dans un tweet ce jeudi. […] Les enfants comme les personnels n’en peuvent plus. Quel restaurant peut organiser sept services différents le midi ? »

« Manger en vingt minutes comme des robots »

Depuis la mise en place de ce protocole au début de la semaine dernière, dans plusieurs écoles marseillaises, le service s’éternise, bien au-delà des 14 heures requises par l’Education nationale. « Hier, les enfants ont fini de manger à 15h15, presque à l’heure du goûter donc, s’indigne Marie Ruggiu, déléguée syndicale CGT et responsable d’équipe à la cantine de l’école maternelle Canet Jean-Jaurès, dans le 14e arrondissement de Marseille. C’est horrible. Quand ils arrivent, ils ont faim, peuchère. C’est inhumain. Pour moi, c’est de la maltraitance. »

« Dans notre école, où il y a peu de place, depuis novembre, il y a quatre services entre 11h et 13h30, confie Christelle Pourroy, présidente de l’association des parents de l’école Leverrier, dans le quatrième arrondissement de Marseille. Là, ils ont dû dédoubler en sept à huit services. Et lundi par exemple, le service a duré trois heures et demie. Il y a de la nervosité chez nos enfants. Même ceux qui ne se plaignaient pas de la cantine rechignent à y aller. Là, ce n’est pas possible, à part faire manger les enfants en vingt minutes comme des robots… »

Un protocole « inacceptable » selon Benoît Payan

« Quatre heures de service non-stop, et des enfants qui mangent à 15 heures, c’est inacceptable », abonde le maire de Marseille, qui en appelle au gouvernement. « Je demande en urgence des règles claires, logiques et concertées, du soutien et des moyens pour ceux qui doivent les appliquer. Pour nos enfants, pour nos agents du service public, je le dis à Jean-Michel Blanquer : l’amateurisme, l’improvisation et le manque de concertation, ça suffit ! »

« Dès qu’on a eu connaissance de ce protocole, on a travaillé avec les services de la mairie de Marseille, répond Vincent Stanek, directeur académique des Bouches-du-Rhône. La ville a ensuite envoyé une note à ses services le 15 janvier pour le mettre en œuvre. »

Trente écoles problématiques

Et de relativiser : « Il reste aujourd’hui 30 écoles sur 470, soit 8,5 %, dans lequel le protocole n’est pas parfaitement rodé. Nous nous mettons à la disposition de la ville de Marseille pour ces écoles. J’ai demandé aujourd’hui aux inspecteurs de l’Education nationale de se mobiliser pour travailler concrètement sur ces questions, et nous avons organisé dès aujourd’hui des réunions de travail avec les services de la ville de Marseille pour voir d’où viennent les problèmes. »

« Ce protocole ne peut pas être appliqué, tance Arabelle Lauzat, responsable de la section écoles du syndicat FO des territoriaux de la ville de Marseille. Nous demandons à la mairie de prendre des décisions politiques » « Notre objectif est le bien-être des enfants et de garder la restauration ouverte, affirme Pierre Huguet, adjoint en charge des cantines scolaires. Nous allons être inventifs et nous allons trouver des solutions. »

Privé d’entrée ?

Lesquelles ? L’élu refuse de les détailler pour l’heure. L’application du précédent protocole pourrait être tolérée dans certaines écoles en tension dès ce lundi, notamment dans l’école Leverrier « suite aux efforts de la responsable de la cantine, et par sons sérieux », selon Christelle Pourroy.

Selon Séverine Gil, présidente de l’association de parents d’élèves MPE13, dans d’autres écoles, un pique-nique pourrait être proposé aux élèves par roulement, servi dans les classes et surveillé par des agents municipaux volontaires issus d’autres services aujourd’hui inexploités, comme les piscines. Enfin, la suppression de l’entrée pour la totalité des élèves est également une piste envisagée afin de réduire le temps de service.

« Il faut garder les cantines ouvertes »

« Supprimer un plat me choque profondément, s’indigne la chef de file LR au conseil municipal Catherine Pila. Les enfants doivent manger correctement, surtout à Marseille où, pour beaucoup, il s’agit de leur seul repas complet par jour ! » « Nous sommes très inquiets pour nos enfants dont les menus sont modifiés », souffle Christelle Pourroy.

« On est conciliant, soupire Séverine Gil, présidente de l’association de parents d’élèves MPE13. Tout le monde est prêt à s’adapter et faire des sacrifices en ces temps de crise. On aimerait simplement que nos enfants aient un repas chaud…. Mais surtout, il faut garder les cantines ouvertes car si vous fermez les cantines, les enfants ne pourront plus aller à l’école. »

Alors qu’un préavis de grève nationale a été déposé par plusieurs syndicats de l’Education nationale pour la journée du mardi 26 janvier, les syndicats des cantinières marseillaises n’excluent pas elle aussi de cesser le travail en guise de protestation.