Forces de l’ordre : Quatre questions sur le « Beauvau de la sécurité » voulu par Macron

CONCERTATION Le « Beauvau de la sécurité », grande concertation nationale consacrée à la police et la gendarmerie annoncée par Emmanuel Macron, est présenté ce lundi aux syndicats

Thibaut Chevillard

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Le ministère de l'Intérieur, place Beauvau, à Paris
Le ministère de l'Intérieur, place Beauvau, à Paris — Sipa
  • En pleine polémique sur les « violences policières », Emmanuel Macron avait annoncé le 8 décembre la tenue de cette concertation afin d'« améliorer les conditions d’exercice » des forces de l’ordre et « consolider » leurs liens avec les Français.
  • Organisé jusqu’en mai sous le format « grand débat », le « Beauvau de la sécurité » réunira tous les 15 jours « des experts français et internationaux ainsi que des maires et des parlementaires », explique le ministère de l’Intérieur.
  • Le dispositif va être présenté, ce lundi, aux syndicats.

Le lancement officiel du « Beauvau de la sécurité » n’aura lieu que dans quelques jours. Mais ce lundi, à 15h, cette grande concertation nationale consacrée aux forces de l’ordre, annoncée par Emmanuel Macron en décembre dernier va être présentée aux syndicats policiers et aux représentants de la gendarmerie. Lors de cette réunion, « le détail de la démarche » leur sera présenté, indique le ministère de l’Intérieur dans un communiqué. 20 Minutes fait le point.

De quoi s’agit-il ?

En pleine polémique sur les « violences policières », Emmanuel Macron avait annoncé le 8 décembre la tenue de cette concertation. Objectif : « Améliorer les conditions d’exercice » des forces de l’ordre et « consolider » leurs liens avec les Français. Les conclusions de ces échanges doivent servir de base à la future loi d’orientation et de programmation de la sécurité intérieure prévue en 2022.

Qui y participera ?

Organisé jusqu’en mai sous le format «grand débat», le « Beauvau de la sécurité » réunira tous les 15 jours des représentants des forces de l’ordre, « des experts français et internationaux ainsi que des maires et des parlementaires », détaille le ministère de l’Intérieur dans un communiqué. Le président de la République avait également indiqué qu’il comptait y intervenir « personnellement ».

Deux des trois principaux syndicats policiers, Alliance et Unsa-Police, qui avaient indiqué jusqu’à présent boycotter cette concertation, ont finalement annoncé leur participation après que Gérald Darmanin a accepté leurs conditions, notamment sur la « réponse pénale » ou sur des mesures sociales comme la gratuité des transports pour les policiers. « Il s’agissait de préalables », indique à 20 Minutes Frédéric Lagache, délégué général du syndicat Alliance.

Des échanges hebdomadaires, « sous la forme de grands débats avec les policiers et les gendarmes, qui pourront remplir des cahiers de doléances, ainsi que des débats citoyens (jeunesse, maires, agriculteurs, etc.) », sont également prévus, précise le ministère de l’Intérieur dans son communiqué.

« C’est un message adressé à l’opinion publique. Il s’agit pour le gouvernement de dire qu’il s’empare du problème et qu’il implique la population », analyse Mathieu Zagrodzki, chercheur associé au Cesdip et coauteur du livre Vis ma vie de flic*. « C’est un peu dans l’air du temps, poursuit-il. On est dans une dynamique, en ce moment, de faire participer la population parce qu’on a l’impression, justement, que le pouvoir a été un peu déconnecté. Macron et LREM ont besoin de se défaire de cette image de technos un peu arrogants qui prennent des décisions en étant coupés du reste de la société. »

Quels seront les thèmes abordés ?

Lors de ses séances seront abordés les « sept péchés capitaux » exposés par Gérald Darmanin fin novembre devant la commission des lois de l’Assemblée nationale. Il s’agit de la formation, l’encadrement, les moyens humains et matériels, la captation de vidéos – au centre de la controverse dans la loi Sécurité globale –, la réforme de l’IGPN (la police des polices) accusée de manquer d’indépendance et le lien entre forces de l’ordre et population, dégradé par la succession d’affaires de violences policières. A la demande d’Alliance, le ministre a décidé d’ajouter un « huitième chantier », celui de « la relation à l’autorité judiciaire ».

Les syndicats de police comptent bien en profiter pour venir avec une liste de revendications qu’ils portent depuis longtemps. « Nous allons faire des propositions sur chaque item : matériel, avancement, etc. », nous explique Grégory Joron, secrétaire général délégué du syndicat Unité SGP Police FO. Il souhaite notamment « une refonte totale du recrutement car c’est aussi ce qui pose un peu problème en ce moment ». Frédéric Lagache, pour sa part, attend « des précisions sur les modalités de la gratuité des transports » pour les agents.

A quoi cela va-t-il servir ?

« Je ne vois pas vraiment ce qu’un Beauvau de la sécurité peut changer pour les policiers par rapport à leurs attentes qui concernent les moyens, les ressources, la législation… Il n’y a pas besoin d’un grenelle de la sécurité. Ça passe par des négociations directes avec le ministère de l’Intérieur », observe Mathieu Zagrodzki.

Est-ce que ce « Beauvau de la sécurité » peut contribuer à améliorer les relations entre la police et la population ? Là encore, le chercheur est sceptique. « C’est un bon début, l’initiative est louable. Créer une instance, même si elle est provisoire, où l’on échange des idées, les remontées de terrain, où l’on fait part des sentiments des uns et des autres, c’est bien pour démarrer un cycle de réflexion. En revanche, il ne reste qu’un an avant la présidentielle, et il s’agit de changements qui, s’ils devaient advenir, prennent énormément de temps. La campagne va forcément venir perturber un peu les choses. »