Lyon, le 21 janvier 2021. Les étudiants manifestent pour dénoncer leur détresse et leur isolement face à cette crise sanitaire et sociale liée au Covid-19.
Lyon, le 21 janvier 2021. Les étudiants manifestent pour dénoncer leur détresse et leur isolement face à cette crise sanitaire et sociale liée au Covid-19. — E. Frisullo / 20 Minutes

CRISE SOCIALE

Lyon : « On a peur pour nos amis, pour notre avenir », témoignent dans la manif les étudiants en détresse

Elisa Frisullo

Quinze jours après les tentatives de suicide de deux des leurs, quelques centaines d’étudiants ont manifesté à Lyon ce jeudi pour témoigner de leur détresse et de leur isolement et réclamer des mesures d’urgence

  • A Lyon, les étudiants ont manifesté ce jeudi pour témoigner de leur isolement et leur détresse après les tentatives de suicide de deux jeunes.
  • Mobilisés pour de meilleures conditions de vie face à cette crise qui s’éternise, ils ont particulièrement insisté sur l’urgence à rouvrir les universités.

Seuls ses yeux dépassent au-dessus de son masque. Et dans son regard, on lit la fatigue, la détresse, la colère. Pour la première fois depuis longtemps, Claire, 18 ans, a quitté les quatre murs de son studio pour participer à la manifestation des étudiants organisée ce jeudi à Lyon. Un appel à la mobilisation lancé par l’intersyndicale deux semaines après les tentatives de suicide de deux étudiants de la métropole.

Après Paris, Lille, Toulouse ou Rennes, mercredi, les Lyonnais ont donc à leur tour défilé entre la Manufacture des Tabacs et le rectorat pour crier leur détresse et leur isolement face à cette crise sanitaire qui s’éternise et réclamer leur retour en présentiel à la fac. Mais seules quelques centaines d’entre eux se sont mobilisées. Un mauvais signe pour Mehdi, étudiant de Lyon-2, qui explique ce cortège peu fourni par l’isolement massif dans lequel est plongée sa génération depuis des mois.

Un an après l’immolation d’Anas à Lyon, « rien n’a changé »

« La plupart de mes potes n’avaient même pas le courage de venir manifester. Ils ne croient plus en rien, ils zonent dans leur studio, sans voir d’avenir meilleur, lâche-t-il. Et ce n’est pas avec les pseudo-mesures annoncées par Castex ou Macron ce matin que je vais réussir à les convaincre. » Claire, étudiante à première année à Lyon-3, a fait le choix de descendre dans la rue pour crier sa colère. « Il y a un an, Anas s’est immolé à Lyon et depuis rien n’a changé. On nous tue, je comprends les étudiants qui tentent de se suicider », confie la jeune fille de 18 ans, qui a débarqué de Grenoble à la rentrée pour suivre un cursus de Sciences politiques à Lyon. Comme tant d’autres, elle n’a eu qu’un mois pour aller à la fac, se sentir étudiante et se faire des copains. Mais depuis le second confinement, suivi des couvre-feux, les sources de plaisir sont rares. 

Génération Covid, un groupe pour rompre l’isolement

« Je vis loin de ma famille dans une chambre de 20 m2. Je passe mes journées entre mon lit et mon bureau, ajoute l’étudiante qui avoue avoir décroché avec les cours en distanciel. Tant que les universités ne rouvriront pas, on n’aura pas d’avenir. » Pour permettre aux étudiants d’exprimer leur mal-être, leur solitude, leurs inquiétudes, des étudiants lyonnais ont créé Génération Covid, peu après la défenestration d’un jeune à Villeurbanne, suivie d’une autre tentative de suicide, trois jours plus tard. « Aujourd’hui, ce groupe rassemble 2.000 personnes. On sent une grande détresse chez les étudiants, délaissés et incompris. On est vraiment une génération sacrifiée. La précarité, la solitude existaient avant, mais on voit bien que le Covid a tout exacerbé », souligne Racha, inscrite en droit et sciences politiques à Lyon-3.

« Rester enfermé, ça rend fou »

Cette Marocaine a quitté sa famille il y a trois ans pour suivre ses études entre Rhône et Saône, où elle vit seule. « Mais je suis bien entourée, ça va. C’est juste que rester enfermés toute la journée ça rend fou », poursuit celle qui ne souhaite qu’une chose : pouvoir retourner en cours. Dans le cortège, les jeunes portent d’autres revendications, comme l’augmentation du nombre de bourses, des mesures contre la précarité ou le développement d’un accompagnement psychologique, mais la première urgence pour eux est bien la réouverture des facs. « On rouvre Primark, H & M, mais on laisse les universités fermées, c’est incohérent. Et depuis que les facs sont fermées, les cas de Covid continuent d’augmenter », s’agace Racha, qui a le sentiment d’avoir été stigmatisée.

Louise, 21 ans, ne peut qu’acquiescer, elle qui sent les étudiants oubliés dans cette crise, au même titre que les lieux culturels ou les restaurateurs. « Sauf que nous, on nous crache dessus en permanence, on nous accuse de répandre le virus, on nous infantilise. Alors qu’on ne demande qu’à pouvoir retourner en cours », témoigne cette étudiante de Lyon-3, qui avoue « avoir peur ».

« On a peur pour nos amis, pour notre avenir. On arrive plus à se projeter », ajoute Louise, qui faute de parvenir à suivre des journées de cours « non adaptés » à distance, décroche elle aussi peu à peu. Un malaise grandissant dans le rang des étudiants auquel Emmanuel Macron a répondu ce jeudi en annonçant notamment le retour possible en cours une fois par semaine, avec une jauge limitée à 20 %. Et la mise en place de deux repas par jour à un euro dans les Restos U. « C’est mieux que rien mais ce n’est pas avec ça qu’on calmera notre génération fantôme et qu’on nous aidera à nous sentir vivants », conclut Mehdi.