Coronavirus : Des maires ont-ils planifié trop de rendez-vous de vaccination sans avoir les doses ?

FAKE OFF Selon le ministre de la Santé, des maires auraient planifié trop de rendez-vous de vaccination dans l’espoir d’obtenir plus de doses

Alexis Orsini

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Olivier Véran, à l'Elysée, le 20 janvier 2020. (illustration)
Olivier Véran, à l'Elysée, le 20 janvier 2020. (illustration) — Alfonso Jimenez/Shutterstock/SIPA
  • Qui est à blâmer pour les retards et autres annulations de rendez-vous observés depuis l’ouverture de centres de vaccination contre le Covid-19 pour les plus de 75 ans ?
  • Selon Olivier Véran, des maires auraient ouvert trop de créneaux de rendez-vous en sachant qu’ils ne disposaient pas d’assez de doses pour les honorer.
  • Mais plusieurs maires se sont en réalité vu livrer des doses bien inférieures à celles qu’ils s’étaient vu attribuer par les services de l’Etat, comme a pu vérifier 20 Minutes.

Edit du 22 janvier 2021 : ajout des précisions du cabinet d'Olivier Véran, reçues après publication.

Attente interminable au téléphone, impossibilité d’obtenir une réponse, rendez-vous annulés faute de doses disponibles… Les nombreux couacs observés dans l’Hexagone depuis l’ouverture de la vaccination contre le Covid-19aux plus de 75 ans a fait monter la grogne des administrés comme de leurs élus.

A en croire Olivier Véran, ces problèmes seraient dus à une mauvaise gestion de la planification des rendez-vous de vaccination par certains maires. « Les élus savent par avance combien de doses ils peuvent utiliser cette semaine, celle d’après et celle d’après. L’immense majorité d’entre eux connaissent bien ces informations et font en sorte que les créneaux correspondent au nombre de doses », affirmait ainsi le ministre de la Santé mardi 19 janvier, lors de son passage sur France Inter.

« Il y a quelques élus […] qui ont ouvert plein de créneaux de rendez-vous en disant : "Bah de toute façon maintenant que j’ai ouvert les rendez-vous on me filera bien plus de doses", ça ce n’est pas possible. Un, nous n’avons pas de stock caché au niveau national et deux, nous avons ce principe d’équité territoriale, de manière de permettre à chaque centre de fonctionner », ajoutait-il.

De quoi provoquer l’indignation du maire Les Républicains (LR) de La Garenne-Colombes, Philippe Juvin, qui tweetait peu après : « Dire que les maires auraient donné des rendez-vous sans réfléchir au nombre de vaccins est un mensonge. Au contraire, pour autoriser un centre de vaccination, l’Etat exigeait qu’on puisse y faire 1.000 vaccins/semaine ! Or il ne m’en donne que 400 doses ! Que l’Etat assume ses erreurs. »

FAKE OFF

Joint par 20 Minutes, Philippe Juvin détaille le processus suivi par sa municipalité pour ouvrir un centre de vaccination le 18 janvier 2021 : « Le 8 janvier, notre mairie a déposé à l’agence régionale de santé [ARS] un projet de création de centre de vaccination détaillant sa surface, ses moyens et sa capacité d’accueil. Nous avions opté pour 240 vaccinations par jour en nous référant au tableau indicatif de l’ARS sur la taille des différents centres, ce qui le faisait entrer dans la catégorie des petits centres. »

Sur ce document, que nous avons pu consulter, l’ARS distingue en effet trois types d’espaces de vaccination différents parmi les « éléments non prescriptifs relatifs au calibrage des centres de vaccination » : un « petit centre » avec une capacité vaccinale de 1.300 injections par semaine, un « centre moyen » avec 3.500 doses par semaine, et un « grand centre » avec une capacité de 7.800 injections hebdomadaires.

Philippe Juvin poursuit : « Nous avons eu dès lors plusieurs échanges téléphoniques et, le 11 janvier, l’agence régionale de santé nous confirme une capacité de 1440 vaccinations par semaine, celles-ci étant réalisées sur six jours, ce qui nous permet de prendre 1440 rendez-vous. » Là encore, nous avons pu parcourir le document confirmant cette prise en compte de l’ARS Ile-de-France, qui mentionne bien, pour le centre de La Garenne-Colombes, un « nombre de vaccinations hebdomadaires » de « 1440 vaccinations/semaine ».

« Le 12 janvier, nous recevons un mail de l’ARS nous indiquant que le projet a été retenu et la nécessité de mettre en place pour le lendemain un système de standard téléphonique pour la prise de rendez-vous, ce que nous faisons dans les temps. Le 13 janvier, nous recevons l’arrêté préfectoral d’ouverture du préfet, qui confirme l’ouverture du centre », poursuit le maire.

« Nous avons cru à une erreur »

« Mais le 14 janvier, coup de tonnerre, l’Etat nous prévient qu’il faut se limiter à 420 vaccinations par semaine. Nous avons cru à une erreur mais après vérification, il s’avère que c’était bien le maximum prévu » ajoute l’élu. Quatre jours avant l’ouverture du centre de vaccination, le préfet informe en effet par mail la municipalité qu’elle disposera de 420 doses pour la première semaine de vaccination, avec une ouverture sur cinq jours (du lundi au vendredi) plutôt que sur six. Soit un maximum de 84 vaccinations par jour contre les 240 initialement prévues avec un jour de plus.

« Dès le lendemain, il a fallu arrêter les prises de rendez-vous et commencer à rappeler les personnes concernées pour leur expliquer que nous devions réduire nos capacités, et donc étaler (mais pas annuler) leur vaccination », s’insurge Philippe Juvin, qui ajoute : « Aujourd’hui nous sommes donc à 420 vaccinations par semaine, sans aucune garantie qu’il ne nous soit pas demandé, d’ici trois semaines, de réduire à 300 ou 350, par exemple. »

« On a pris des rendez-vous car l’Etat nous a dit de le faire »

La municipalité de La Garenne-Colombes est loin d’être la seule concernée par ce type de mauvaise surprise, comme le confirme à 20 Minutes Frédéric Chéreau, maire (PS) de Douai et coprésident de la commission sanitaire de l’Association des maires de France (AMF) : « On a vraiment eu le sentiment d’être mis face à une politique de "stop & go" sans visibilité au niveau local. C’est fort de café d’entendre le ministère nous dire : "Vous avez pris des rendez-vous trop vite." Non ! On a pris des rendez-vous car l’Etat nous a dit de le faire et de communiquer auprès des personnes de plus de 75 ans et parce que les centres hospitaliers redistributeurs nous donnaient le nombre des vaccins disponibles. »

« A Douai, nous avons reçu les 600 doses que nous attendions pour cette semaine, mais une collègue de la ville de Le Quesnoy me disait n’avoir reçu que 100 doses pour toute la semaine. Il n’y a pas beaucoup de clarté sur la manière dont sont distribuées les doses au sein d’une même région, nous n’avons aucune visibilité à la semaine et au mois sur ce qui nous attend », poursuit Frédéric Chéreau, dont la municipalité avait également reçu le tableau indicatif de l’ARS sur la taille des centres de vaccination.

Contacté par 20 Minutes, le cabinet d’Olivier Véran indique qu'il est « recommandé de ne pas ouvrir plus d'un centre de vaccination pour environ 100.000 habitants en raison des contraintes liées aux caractéristiques des vaccins » et que « tous les centres sont informés par l’ARS du nombre de doses dont ils disposent ».

Le ministre de la Santé avait pour sa part reconnu, lundi 18 janvier, que davantage de vaccins Moderna avaient été donnés aux « territoires dans lesquels le virus circule le plus, notamment le Grand-Est, Bourgogne-Franche-Comté ou Nice et les Alpes-Maritimes » car l’épidémie y fait « beaucoup plus de dégâts qu’ailleurs en France ».