Coronavirus en Ile-de-France : « Dans certains Ehpad, seuls 20 % des pensionnaires souhaitent se faire vacciner »

INTERVIEW Selon le directeur de l’Agence régionale de santé d’Ile-de-France, d’ici la fin de la semaine prochaine les 700 Ehpad de la région auront procédé à la première injectioon des patients qui le souhaitent

Propos recueillis par Caroline Politi

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Une femme en train de se faire vacciner contre le Covid-19 à Rueil-Malmaison
Une femme en train de se faire vacciner contre le Covid-19 à Rueil-Malmaison — Christophe ARCHAMBAULT / AFP

Aurélien Rousseau peine encore à voir « le bout du tunnel ». « Ce virus se transforme, s’adapte, on n’y est pas encore », confie le directeur de l’Agence régionale de santé (ARS) d’Ile-de-France. Si la campagne de vaccination contre le coronavirus a connu cette semaine un sérieux coup d’accélérateur, l’augmentation de l’incidence ou l’apparition des différents variants, jugés plus contagieux encore que la souche originelle du Covid-19, ou les retards de livraison des vaccins restent préoccupants. Interview.

Près de 1 % de la population francilienne a reçu à ce jour une première dose de vaccin. Combien de temps faudra-t-il pour vacciner toutes les personnes de plus de 75 ans et à risque qui le souhaitent ?

Il est impossible de répondre précisément à cette question puisque cela dépend de plusieurs facteurs que nous ne maîtrisons pas : les livraisons du vaccin Pfizer qui ont pris du retard, la mise sur le marché et les recommandations associées à d’autres vaccins comme celui d’AstraZeneca. Le dernier élément à prendre en compte est la bataille de la confiance qui est encore loin d’être gagnée. Dans certains Ehpad, seuls 20 % des pensionnaires souhaitent se faire vacciner, dans d’autres, au contraire, ce taux atteint 100 %. Ce dont on est sûr, en revanche, c’est que samedi 150.000 Franciliens auront reçu leur première injection, la semaine prochaine ils seront 250.000. Et à la fin du mois, les 700 Ehpad de la région auront procédé à la première injection des patients qui le souhaitent, soit environ 45.000 personnes.

Beaucoup d’élus regrettent que cela n’aille pas plus vite. Comment expliquer que certains pays européens – qui ont pourtant reçu le même nombre de doses proportionnellement à leur population – aillent deux fois plus vite que nous ?

Chaque pays a mis en place sa propre stratégie vaccinale : nous avons fait le choix de commencer par les plus fragiles – notamment les résidents des Ehpad qui ont payé le plus lourd tribut de cette pandémie – avant d’accélérer le rythme. Des choix différents ont pu être faits ailleurs, il faudra comparer les chiffres à la fin du mois. Mais je comprends cette frustration des élus, nous sommes en capacité de vacciner plus mais nous sommes conditionnés par le nombre de doses. Il ne faut pas oublier que lorsqu’on procède à une injection, il faut s’assurer que nous pourrons injecter la seconde dose quatre semaines plus tard.

Comment sont réparties les doses entre les 109 centres de la région ?

Aurélien Rousseau, directeur de l'ARS en Ile-de-France

Il y a d’abord une répartition par département, en fonction du pourcentage de population de plus de 75 ans mais également de critères sociaux : dans des départements plus jeunes mais dont la population a connu une surmortalité très forte lors de la première vague – comme en Seine-Saint-Denis ou dans Val d’Oise – des doses supplémentaires sont allouées. Ensuite, on travaille avec les élus et les préfets pour répartir les doses entre les différents centres en fonction des bassins de population mais également des capacités de vaccination.

Certains élus évoquent un début de pénurie de seringues…

La semaine du 11 janvier, certains centres de vaccination ont ouvert de manière expérimentale et il a pu arriver que ponctuellement des élus ou des établissements supports soient obligés d’acheter des seringues. Depuis le lancement de la campagne au plus de 75 ans, lundi, ce n’est plus le cas : tous les centres reçoivent en même temps que les vaccins, des seringues et des compresses. Je ne dis pas que sur les 109 centres, il n’y a jamais eu de couac ou de retard de livraison mais il n’y a pas de pénurie de seringues.

Depuis les fêtes de Noël, l’incidence est en hausse en Ile-de-France comme dans le reste du territoire. Peut-on faire un lien avec les différents variants, considérés comme plus contagieux ?

Il y a effectivement une remontée de l’incidence qui, si elle n’est pas massive, est préoccupante parce qu’elle s’accompagne d’une hausse des hospitalisations. Aujourd’hui, 52 % des lits de réanimation de la région sont occupés par des patients ayant le Covid. En revanche, il est difficile d’établir un lien avec la circulation des différents variants car nous ne connaissons pas précisément leur circulation. Pour l’instant, nous avons identifié 44 cas personnes infectées par le variant britannique dans la région mais d’autres cas suspects sont toujours en cours d’investigation.

Comment limiter la propagation de ces variants ?

Nous avons une approche très agressive. Dès que nous avons un doute, nous agissons comme s’il s’agissait du variant : la durée d’isolement est potentiellement supérieure à sept jours, des pools d’enquêteurs spécialisés recherchent les cas contacts. S’il est détecté dans une classe, celle-ci est immédiatement fermée. D’importantes campagnes de dépistage sont également organisées. A Bagneux, par exemple, où un agent scolaire a été contaminé par le variant anglais, 2.100 PCR ont été réalisées, 13 se sont révélées positives et parmi elles deux sont potentiellement des variants. A Colombes, Maison-Alfort, Bonneuil sur Marne et Fleury-Mérogis, 2.900 PCR ont été réalisés dans des établissements scolaires ayant été fréquentés par une personne en lien avec un cas confirmé au variant sud-africain. Dans le cercle familial, 8 cas de variants ont été mis en lumière. En dehors, nous avons eu neuf cas positifs, mais aucun variant. D’autres situations sont en cours d’investigation : 609 tests ont été réalisés dans une école de Courdimanche par exemple. Tant que cela sera possible en termes de volume d’intervention, nous ferons tout pour casser au plus vite les chaînes de contamination.