Paris : « Ils n’ont rien d’une milice, ce sont seulement des voisins solidaires »

INTERVIEW Deux mois après la création d’un collectif de voisins « vigilants » contre la délinquance dans le 17e arrondissement de Paris, Anatase Périfan, adjoint au maire de l’arrondissement revient sur cette initiative

Caroline Politi

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Un groupe de voisins
Un groupe de voisins — Oleg Elkov / Getty Images
  • Après des cambriolages et des vols à l’arraché, un collectif de voisins s’est monté dans le 17e arrondissement pour veiller sur le quartier.
  • Pour Atanase Périfan, adjoint LR du maire de l’arrondissement, il ne s’agit pas d’une milice. « Pas du tout, c’est pas le Far West ! Ce sont seulement des voisins solidaires qui ont décidé d’être attentifs, en aucun cas des fachos qui cherchent à se substituer à la police. »
  • L’élu travaille « à la manière dont on peut passer d’une dynamique d’agacement à quelque chose de positif ».

Tout a commencé par le vol d’une poussette Yoyo fin 2020. Un énième chapardage dans les cités HLM du Tarn et de l’Orne, entre les portes d’Asnières et de Champerret dans le 17e arrondissement de Paris. Excédés, des habitants ont décidé de se réunir en collectif pour veiller sur le quartier. Ils ont installé une caméra dans l’immeuble, ont créé un groupe WhatsApp, participé à l’interpellation de trois adolescents… Un activisme qui fait craindre à certains des dérives. Atanase Périfan, adjoint LR au maire du 17e arrondissement en charge de la mobilisation solidaire et créateur de l’association Voisins solidaires défend au contraire l’initiative qu’il accompagne depuis sa création.

Qui sont ces citoyens qui se sont regroupés en collectif pour protéger leur quartier ?

De bons pères de famille excédés par la multiplication des actes de délinquance dans le quartier. Depuis le début de la crise sanitaire, on a constaté une hausse des cambriolages et des vols à l’arraché, notamment dans les squares du Tarn et de l’Orne, beaucoup moins sécurisés que les lotissements des environs. Une femme de 99 ans a récemment été cambriolée, une autre a été blessée à la main après qu’on lui a arraché sa bague. Ce collectif est né il y a environ deux mois d’une exaspération lorsqu’un habitant a retrouvé sa poussette Yoyo, volée quelques jours avant, en vente sur Le Bon Coin. Il a répondu à l’annonce et s’est rendu compte qu’elle avait été dérobée par un gamin du quartier. Il a alors monté un petit groupe sur WhatsApp où une trentaine de voisins vigilants se préviennent lorsqu’ils voient ces jeunes rôder dans les squares.

Ce coin de Paris n’est pourtant pas connu pour concentrer un important foyer de délinquance…

Non, mais depuis le début de la crise sanitaire, des jeunes qui opéraient dans les quartiers touristiques, les Champs-Elysées notamment, se sont rabattus sur leurs propres voisins. Ce collectif a mis une caméra dans la cage d’escalier et s’est aperçu qu’il s’agissait principalement d’ados qui habitent à 500 mètres de chez eux, certains vont au collège ou au lycée avec leurs propres enfants… C’est un épiphénomène de délinquance de proximité, mais ils reviennent toujours au même endroit, ce qui créé une forte tension.

Se définissent-ils comme une milice ?

L'adjoint au maire du 17e arrondissement, Anatase Périfan

Pas du tout, c’est pas le Far West ! Ils n’ont rien d’une milice, ce sont seulement des voisins solidaires qui ont décidé d’être attentifs, en aucun cas des fachos qui cherchent à se substituer à la police. Au contraire, ils font appel à eux. Il y a quinze jours, ils ont vu ces jeunes entrer dans l’immeuble, ils ont appelé le 17 et se sont postés aux différentes portes de l’immeuble pour les empêcher de sortir. Il n’y a pas eu de violence, les trois adolescents en question ont été interpellés par la BAC qui est arrivée très rapidement.

Mais ils ont été relâchés sans qu’aucune charge ne soit retenue contre eux…

C’est vrai, ce sont des mineurs et ils n’avaient rien sur eux à part quelques outils… et leur carnet de correspondance.

Vous ne craignez pas que l’exaspération que vous décrivez conduise à des débordements graves ?

Si évidemment, c’était l’une de nos craintes. D’une part, qu’un cambriolage ou un vol tourne mal, de l’autre que certains habitants, sous le coup de la colère, décident de se faire justice eux-mêmes. Il a donc fallu réfléchir à la manière dont on pouvait passer d’une dynamique d’agacement à quelque chose de positif. Avec le maire, nous avons rencontré les habitants du quartier, certaines choses ont pu être mises en place très rapidement. Ils sont désormais en lien direct avec la police, un local leur a été attribué pour faire une maison des voisins au pied des immeubles car lorsque les gens se connaissent le sentiment d’insécurité diminue. On a également rencontré le bailleur social, Paris Habitat, qui avait prévu d’importants travaux de sécurisation dans ces squares en 2022. Avec eux, nous avons conclu que c’était trop tard et que certains travaux – comme la pose de digicode – pouvaient être engagés dès maintenant. Quand les habitants travaillent avec les pouvoirs publics, des solutions émergent plus rapidement.