Vaccination : Qui doit fournir les aiguilles et les seringues ? Polémique entre Olivier Véran et des élus locaux

FAKE OFF Florence Portelli, maire LR de Taverly, dans le Val d'Oise, a expliqué avoir dû fournir le petit matériel nécessaire au centre de vaccination anti-Covid-19 de sa ville, alors que cette compétence revient à l'Etat

Mathilde Cousin

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Un centre de vaccination à Montpellier, le 19 janvier.
Un centre de vaccination à Montpellier, le 19 janvier. — Alain ROBERT/SIPA
  • Olivier Véran, le ministre de la Santé, a dénoncé comme une « fable » l'achat de petit matériel nécessaire à la vaccination par des communes.
  • En réponse, Florence Portelli, maire LR de Taverly, dans le Val d'Oise, a expliqué avoir dû fournir seringues, aiguilles ou compresses.
  • Une nouvelle passe d'armes entre le ministère et des élus locaux, alors que des associations de maires réclament plus de clarté sur le rôle de chacun dans la vaccination contre le Covid-19.

Les maires de Besançon et Dijon avaient déjà dénoncé les « carences de l’Etat central » sur la vaccination contre le Covid-19. Martine Aubry a critiqué le manque de « transparence ». Mardi, c’est Florence Portelli, maire LR de Taverny (Val d'Oise), qui est montée au créneau, expliquant avoir dû fournir elle-même le petit matériel, comme les aiguilles et les compresses, nécessaires au centre de vaccination installé depuis le 9 janvier sur sa commune.

Dans la matinée, Olivier Véran avait dénoncé une « fable » au micro de France Inter : « J’écoutais la présidente de la région Ile-de-France [Valérie Pécresse, LR] hier matin à la radio, qui nous racontait une fable, totalement, et qui nous expliquait que les maires étaient obligés d’acheter eux-mêmes les seringues et les aiguilles, a développé le ministre de la Santé, en réponse à une question sur le mécontentement des élus locaux. C’est même plus que faux. Peut-être que des maires ont cru que ce seraient à eux de le faire, ça peut arriver, mais ce n’est certainement pas leur fonction de le faire. Ce sont les services de l’Etat qui fournissent tout le matériel de vaccination. »

La fourniture de ce matériel incombe à Santé publique France, l’agence de santé publique dépendant du ministère de la Santé. Contactée, celle-ci n’a pas répondu à nos sollicitations.

Un achat qui s’élève à 800 euros

Florence Portelli n’entend pas « jeter la pierre » à l’Etat ni à l’ARS, mais reproche à Olivier Véran ses propos. Auprès de 20 Minutes, la maire et élue au conseil régional d’Île-de-France explique que des médecins l’ont appelée « en catastrophe » après l’autorisation préfectorale d’ouverture du centre de vaccination. « Ils m’ont dit, est-ce qu’on prend de notre poche » pour payer le matériel. « Il a fallu trouver des aiguilles », ajoute-t-elle, alors que la demande mondiale pour ce type de fourniture est forte.

Selon l’élue, le montant de ces achats de petit matériel s’élève à 800 euros, auxquels s’ajoute l’achat de deux congélateurs.

L’association des maires d’Île-de-France dénonce un « flou »

Le cas du centre vaccinal de Taverny serait-il isolé ? Dans un courrier adressé mercredi à Olivier Véran, l’association des maires d’Île-de-France (AMIF) dénonce un « flou » et note que « certaines communes ont dû fournir du petit matériel médical (aiguilles, compresses…) pour les premières ouvertures de centres. »

Si Stéphane Beaudet, président de l’AMIF, élu au conseil régional et maire (sans étiquette, ex-LR) d’Evry-Courcouronnes, où se trouvent deux centres de vaccination, n’a pas rencontré ce problème de fournitures dans sa commune, il n’écarte pas que cela a pu se produire ailleurs. La lettre est le fruit des échanges entre les membres du conseil d’administration, souligne-t-il à 20 Minutes.

« Les municipalités n’ont pas la compétence santé », tient-il à rappeler. Il s’interroge à ce titre sur plusieurs annonces ou demandes de l’Etat : « Quand j’entends le ministre dire, juré craché qu’ils vont rappeler tous les gens qui n’ont pas pu avoir un rendez-vous, est-ce que ça veut dire que ce sont nos administrations communales qui vont rappeler ? »

Les maires d’Île-de-France ne sont pas les seuls à demander un partage plus clair des rôles dans la gestion de la vaccination. L’association des maires de France (AMF) suit le même cap.

« On demande une visibilité sur ce qui est à la charge des communes, explique à 20 Minutes Frédéric Chéreau, maire socialiste de Douai et chargé des relations ville-hôpital à l’AMF. On tient toujours à ce qu’il y ait une marge d’autonomie locale, mais que l’Etat nous fixe un cap. »