Coronavirus : Le nombre officiel des hospitalisations est-il différent des chiffres dans les CHU ?

FAKE OFF Un article de « Nice-Matin », cité notamment par Marion Maréchal, alimente les suspicions sur la réalité des chiffres d’hospitalisation du Covid-19 en France

Alexis Orsini

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L'hôpital de La Timone, à Marseille, fin septembre 2020. (illustration)
L'hôpital de La Timone, à Marseille, fin septembre 2020. (illustration) — PHILIPPE MAGONI/SIPA
  • Les chiffres de Santé Publique France sur le nombre d’hospitalisations de patients atteints du Covid-19 sont-ils vraiment fiables ?
  • C’est, en substance, l’interrogation soulevée par certains internautes et Marion Maréchal depuis la publication d’un article de Nice-Matin soulignant une différence entre les chiffres du terrain dans les Alpes-Maritimes et ceux de l’organisme de santé.
  • 20 Minutes fait le point sur ces différences comptables, qui s’expliquent notamment par la prise en compte de certaines catégories de patients supplémentaires par Santé Publique France.

La décision d’étendre le couvre-feu à 18h dans toute la France pour lutter contre le Covid-19 a-t-elle été prise sur la base de chiffres d’hospitalisations surévalués par rapport au taux d’occupation réel des établissements ?

C’est ce que soutient depuis plusieurs jours Marion Maréchal en citant nos confrères de Nice-Matin. Samedi 16 janvier, la nièce de Marine Le Pen tweetait ainsi : « Lisez cet article incroyable qui révèle que le nombre officiel des hospitalisations pour Covid relayé par Santé Publique France ne correspond pas aux chiffres du terrain dans les Alpes-Maritimes et probablement dans toute la France. »

Puis, le 18 janvier, elle évoquait sur Cnews une différence d’ordre national : « Une enquête intéressante faite par Nice-Matin a démontré que les chiffres de Santé Publique France d’hospitalisations, ceux sur lesquels se base le gouvernement pour prendre des décisions, étaient des chiffres qui n’étaient pas les mêmes que ceux du terrain, du CHU. »

« On se rend compte que les chiffres utilisés sont beaucoup plus alarmants que la réalité. Par exemple, dans ces chiffres sont comptabilisés en hospitalisation Covid des gens qui rentrent pour un problème cardiaque, sont ensuite testés positifs et mis en hospitalisation Covid alors qu’ils n’ont même pas de symptômes » poursuivait-elle.

FAKE OFF

L’article de Nice-Matin évoque bien « d’importantes divergences » entre les données de Santé Publique France et celles des « acteurs de terrain », tout en précisant ne pas chercher à « minimiser l’ampleur de l’épidémie ni sa gravité, alors que le virus continue de circuler activement sur le territoire ».

« Le 3 janvier dernier, Santé publique France comptabilisait 564 personnes hospitalisées avec un diagnostic Covid-19 dans le département des Alpes-Maritimes (dont 69 en réanimation), quand dans la réalité "seulement" 233 patients au total (dont 55 en service de réanimation) étaient ce jour-là hospitalisés dans l’un ou l’autre des établissements », soulignait notamment le quotidien, avant d’explorer les possibles explications de ces différences.

Une différence de « périmètre »

Santé Publique France, qui publie les dernières données de l’épidémie de Covid-19 en France, dément toute « erreur » de comptabilisation à 20 Minutes et évoque plutôt « des indicateurs qui ne représentent pas le même périmètre » : « Les données de CHU de Nice correspondent au nombre d’hospitalisations conventionnelles et en réanimation, alors que notre indicateur rapporte le nombre total de personnes hospitalisées pour cause de Covid, et inclut donc les patients en réanimation, en soins intensifs, en soins de suite et de réadaptation (SSR), et en unité de surveillance continue. »

L’Agence régionale de Santé (ARS) Provence-Alpes-Côte d’Azur nous explique elle aussi ces écarts par une différence de « périmètre » entre les données recueillies dans SI-VIC, le dispositif utilisé par Santé Publique France, et celles prises en compte par les hôpitaux dans leur recensement local.

Ainsi, le 3 janvier à 18h, SI-VIC aboutissait à un total de 566 patients hospitalisés pour Covid-19, dont 226 en SSR (les patients qui n’ont plus le Covid mais sont hospitalisés pour les séquelles de la maladie) et 25 en unité de soins longue durée. Deux catégories non comptabilisées dans le bilan départemental du CHU, qui s’élevait donc, en tenant compte de son seul périmètre de suivi, à 315 patients (248 en conventionnel, 49 en réanimation et 18 en soins intensifs).

L’ARS PACA évoque d’autres éléments pouvant provoquer des écarts, tels que « les doublons dans les saisies » (qui font l’objet d’une correction régulière) ou la prise en compte dans SI-VIC – comme l’évoquait Marion Maréchal - de « patients hospitalisés déclarés positifs en cours de séjour » : « Ils ne sont probablement pas dans des lits dédiés puisque leur positivité est dite fortuite et leur diagnostic principal autre que Covid. Ils ne sont pas référencés dans le suivi du CHU. »

« Les deux suivis n’ont pas la même utilité »

« Concrètement, si une femme enceinte, une personne hospitalisée pour une dialyse ou une opération chirurgicale est testée positive au Covid-19 pendant son séjour à l’hôpital, elle va être enregistrée dans SI-VIC mais pas dans le tableau de suivi opérationnel de régulation territoriale en lits dédiés à la prise en charge du Covid tenu par le CHU de Nice », nous confirme Florence Arnoux, déléguée régionale PACA pour la Fédération hospitalière française (FHF).

« Les deux suivis sont justes mais ils n’ont pas la même utilité. Les chiffres recensés par le CHU de Nice au niveau départemental ont une visée opérationnelle, ils permettent d’avoir une bonne vision des lits disponibles pour la prise en charge des cas Covid aigus et critiques sur le territoire. Les remontées prises en compte dans SI-VIC, elles, permettent d’avoir une bonne vision des personnes hospitalisées pour cause de Covid, en particulier en hospitalisation conventionnelle et en soins critiques, mais aussi des personnes testées Covid de façon incidente mais qui ne mobilisent pas des lits et ressources dédiées Covid sur le territoire. Il s’agit plus d’un objectif épidémiologique, statistique et stratégique », poursuit-elle.

Joint par 20 Minutes, Jean-François Cibien, président du syndicat Action Praticiens Hôpital (APH), indique « ne pas avoir vu de différences au niveau national entre les chiffres d’hospitalisation communiqués par les ARS et les remontées de terrain ». « Nous travaillons en bonne intelligence avec les ARS, elles n’ont aucun intérêt à donner de mauvais chiffres, d’autant que cela se saurait de suite, les données faisant l’objet d’une consolidation hebdomadaire », ajoute-t-il.