Bac 2021 : Maintien, report, annulation… L’incertitude grandit concernant la tenue des épreuves

EXAMEN Les syndicats d’enseignants et de proviseurs réclament un aménagement des épreuves en raison des conditions d’enseignement perturbées dans les lycées depuis novembre

Delphine Bancaud
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Des lycéens et lycéennes pendant une épreuve du bac. (illustration)
Des lycéens et lycéennes pendant une épreuve du bac. (illustration) — KONRAD K./SIPA
  • Les lycéens de Terminale doivent normalement passer leurs premières épreuves du bac en mars.
  • Mais les deux tiers des lycées ayant mis en place un enseignement hybride depuis novembre, tous ne seront pas aussi bien préparés à ces épreuves.
  • D’où l’hypothèse d’un report en juin ou d’une annulation au profit du contrôle continu.

Un compte à rebours qui commence à stresser les lycéens de Terminale. Ils doivent passer leurs premières épreuves du bac, celles de spécialités, entre le 15 et le 17 mars. Enfin, si la situation sanitaire le permet, car l’irruption de nouveaux variants du coronavirus plus contagieux et la crainte d’un troisième reconfinement ne sont pas du meilleur augure. Le ministre de l’Education, Jean-Michel Blanquer, a indiqué ce mardi qu’une décision sur le baccalauréat serait prise « d’ici à fin janvier ».

Pour l’heure, son intention est claire : « Mon objectif est de maintenir autant que possible les calendriers prévus », a souligné le ministre sur France info. D’autant que cette année ouvre le bal des nouvelles épreuves du bac réformé. Mais les maintenir dans leur format classique poserait quelques problèmes. Tout d’abord, elles nécessiteraient une organisation au cordeau pour assurer de bonnes conditions sanitaires aux candidats. Conserver les mêmes dates serait problématique, selon Jean-Rémi Girard, président du Syndicat national des lycées et collèges (Snalc) : « Les élèves ne sont pas prêts. Beaucoup d’entre eux ont été au bord du décrochage​ l’an dernier et le fait qu’une majorité de lycées soient passés en mode hybride depuis début novembre, avec des jauges de 50 % d’élèves, fait que les enseignants avancent plus lentement dans les programmes, particulièrement dans les matières scientifiques ». Tous les élèves ne partiraient pas avec les mêmes chances, estime aussi Philippe Vincent, secrétaire général du premier syndicat des chefs d’établissement (SNPDEN) : « Certains lycées ont conservé 100 % des cours en présentiel alors que pour d’autres, c’est 50 %. Ils ne seront pas sur un pied d’égalité pour préparer leurs examens ».

L’hypothèse d’un report des épreuves de spécialités

Conscient de ce problème, le ministère de l’Education a invité, dans une circulaire parue le 15 janvier, les établissements « à organiser des stages de réussite concernant les enseignements de spécialité de Terminale pendant les vacances d’hiver ». Il les incite aussi à organiser des « préparations personnalisées » aux épreuves de spécialités, en mobilisant les heures supplémentaires. Mais pour Philippe Vincent, il sera très difficile de trouver des enseignants volontaires pour cette mission : « Des enseignants qui veulent sacrifier une semaine de vacances ou faire des heures dans ce contexte sanitaire tendu, ça ne se trouve pas sous les sabots d’un cheval », ironise-t-il. Quant au Snes, il a interprété ces suggestions comme « une nouvelle provocation » du locataire de la rue de Grenelle.

L’autre solution serait de reporter en juin les épreuves de spécialités, que les candidats passeraient avec l’écrit de philosophie et le grand oral. Mais là encore, ce ne serait pas la panacée. Car les notes à ces deux épreuves de spécialités ne pourraient alors pas être prises en compte dans leur candidature sur Parcoursup. « On reviendrait à la situation précédente : le candidat serait évalué sur ses trois bulletins de 1re et ses deux premiers de Terminales. Cela veut dire que si l’élève avait eu de très bons résultats à ses épreuves de spécialités, il ne pourrait pas en retirer un bénéfice », souligne Philippe Vincent. Autre souci selon lui : ces deux épreuves seraient placées avant le grand oral du 17 juin. « Ce qui signifie qu’on amputera le mois de juin au lieu de le reconquérir et qu’on sera obligé de prévoir les conseils de classe en mai ». Enfin, certains enseignants pourraient avoir une charge de travail très dense : « Ce sera le cas des ceux qui seront à la fois membre du jury du grand oral et qui corrigeront les épreuves de spécialités », note Jean-Rémi Girard.

Remplacer les épreuves par du contrôle continu ?

La dernière solution serait d’annuler les premières épreuves du bac, voire la totalité d’entre elles. Et donc de basculer en contrôle continu, comme l’an dernier. Car outre les épreuves de spécialités, d’autres posent question selon Jean-Rémi Girard : « Les élèves ne sont pas préparés au grand oral, car cela n’a pas été la priorité des enseignants. Le maintenir pour des raisons d’affichage politique n’aurait pas de sens. Les notes des élèves à cette épreuve ne refléteront pas la qualité de leur travail ».

Mais pas sûr que Jean-Michel Blanquer accepte que des épreuves de ce bac réformé passe ainsi à la trappe. « La réforme du bac, il faudrait pourtant la mettre entre parenthèses », insiste Jean-Rémi Girard. De son côté, le Snes demande que ses revendications sur le bac soient entendues (report des épreuves de spécialités de mars à juin, aménagement des programmes pour les épreuves de français et de philosophie, annulation du grand oral). Et rappelle qu’il a appelé à la grève mardi prochain avec plusieurs autres syndicats. Une manière de maintenir la pression sur le sujet…