Dunkerque : Vers une crise diplomatique entre la France et la Belgique à cause d’un parc éolien offshore ?

SOUVERAINTE La Belgique rejoint un collectif de riverains pour dénoncer l’implantation d’un parc éolien en mer qui doit être construit au large de Dunkerque, d’ici à 2027

Gilles Durand

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Illustration d'une éolienne offshore. Ici, au large du Croisic, en Bretagne.
Illustration d'une éolienne offshore. Ici, au large du Croisic, en Bretagne. — Sébastien Salom Gomis/SIPA
  • Un projet de parc éolien offshore doit voir le jour sur le littoral dunkerquois d’ici à 2027.
  • Un collectif dénonce le lieu d’implantation et l’ampleur du projet.
  • La Belgique menace, à son tour, de porter plainte, pour non-respect de sa souveraineté.

Vent mauvais. Un projet de parc éolien maritime au large de Dunkerque, dans le Nord, concentre de nombreuses critiques. Les dernières en date proviennent de la Belgique qui se plaint du non-respect de sa souveraineté. Au point qu’un député (DVG) du Nord, Christian Huttin, a demandé un référendum et interpellé, dimanche, le ministre des Affaires étrangères français, à propos de « tensions diplomatiques naissantes ».

Se dirige-t-on vers une crise diplomatique ? Pour comprendre les enjeux, un retour en arrière s’impose. En 2016, EDF Renouvelable s’adjuge un appel d’offres pour construire 46 éoliennes offshore dans la mer du Nord d’ici à 2027. Le premier emplacement s’étendait jusque devant le port de Dunkerque avant que les autorités ne mettent le holà « pour ne pas perturber le trafic commercial », explique un collectif opposé au projet.

Un site protégé Natura 2000

« Le problème, c’est que, maintenant, ce sont les habitants qui sont perturbés », souligne Florent Caulier du collectif Vent Debout. Car la deuxième étude conduit les hélices géantes (300 m de haut, l’équivalent de la tour Eiffel) à s’implanter à seulement 10 km du littoral, entre Dunkerque et la frontière belge.

« C’est l’ampleur et l’incohérence de ce projet qui nous gêne, insiste-t-il. Il risque de mettre un coup d’arrêt à la politique de développement touristique. Et il s’implante sur un site protégé Natura 2000, ce qui devrait être interdit. » Le secteur est, en effet, un carrefour de migration pour les oiseaux.

Pour contester ce projet, une pétition a été lancée et recueille à ce jour plus de 4.000 signatures. Mais c’est un soutien plus puissant que le collectif vient de recevoir. La Belgique a décidé également de mettre son grain de sable dans l’engrenage législatif en menaçant d’un recours devant les tribunaux, si la France ne fait pas marche arrière.

Une « solution alternative » belge

Dans une lettre envoyée à la commission du débat public, en décembre, le vice-Premier ministre belge, Vincent Van Quickenborne, dénonce ainsi une entrave au trafic aérien, à la sécurité du transport maritime et au secours en mer de son pays. Selon lui, la Belgique a proposé « une solution alternative » le 21 septembre. Dès juillet 2019, le port d’Ostende s’inquiétait déjà de ne plus pouvoir assurer une éventuelle desserte de ferry avec la Grande-Bretagne.

La consultation publique, qui a duré trois mois, s’est terminée le 20 décembre. Les conclusions doivent être rendues en février. « Nous n’en sommes qu’à la première étape de ce projet qui n’est pas figé, souligne-t-on chez EDF Renouvelable. Nous allons voir ce qui ressort des conclusions. »

En 2017, l’implantation programmée d’un parc éolien, dans le Pas-de-Calais, avait déjà créé des tensions avec un pays étranger. A l’époque, c'était l'Australie qui avait finalement eu gain de cause, empêchant les turbines de s’implanter sur un lieu de mémoire de la Première Guerre mondiale.

Vent debout contre deux éoliennes belges