Explosion de la rue de Trévise : « Rien n’a avancé depuis deux ans », déplorent les sinistrés

HOMMAGE Le 12 janvier 2019, quatre personnes décédaient dans l’explosion d’un immeuble, rue de Trévise, lié à une fuite de gaz. Depuis, les expertises s’enchaînent mais les victimes n’ont toujours pas reçu d’indemnisation

Caroline Politi

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Une vue générale montre les débris et les carcasses de voitures après l'explosion d'une boulangerie au coin des rues Sainte-Cecile et de la rue de Trévise dans le 9e arrondissement de Paris le 12 janvier 2019.
Une vue générale montre les débris et les carcasses de voitures après l'explosion d'une boulangerie au coin des rues Sainte-Cecile et de la rue de Trévise dans le 9e arrondissement de Paris le 12 janvier 2019. — Carl LABROSSE / AFP
  • Le 12 janvier 2019, quatre personnes dont deux pompiers sont décédés dans une explosion liée à une fuite de gaz.
  • La mairie de Paris et le syndic de copropriété ont été mis en examen en septembre 2020 pour « homicides et blessures involontaires ».
  • Les victimes n’ont toujours pas touché d’indemnisation.

« Parfois, on se demande si les pierres et les fenêtres sont plus importantes que nous », souffle Amor Ben Taiziri. Voilà deux ans que ce père de trois jeunes enfants a perdu l’usage de son bras gauche et d’un œil dans l’explosion d’une canalisation de gaz au 6 de la rue de Trévise, dans le très chic 9e arrondissement de Paris. L’homme travaillait comme réceptionniste dans l’hôtel situé juste en face. Le souffle de l’explosion l’a projeté sur plusieurs mètres puis… trou noir. Il s’est réveillé plusieurs heures plus tard, à l’hôpital, après avoir été brièvement plongé dans le coma.

Le 12 septembre 2019, quatre personnes, parmi lesquelles deux pompiers, sont décédées et 66 autres ont été blessés. « Quand on voit que les assureurs préfèrent reconstruire des immeubles plutôt que de nous indemniser, on peut se demander l’importance qu’on accorde à nos vies », insiste le quadragénaire, dont les journées sont désormais rythmées par sa rééducation.

Si, ce mardi, l’heure était aux commémorations, de nombreuses victimes, à l’image d’Amor Ben Taiziri, ne cachent pas leur exaspération. « Rien n’a avancé depuis deux ans, déplore Dominique Paris, présidente de l’association Trévise Ensemble. L’enquête judiciaire est en cours, les expertises et contre-expertises se succèdent. » L’immeuble du 6 rue de Trévise, éventré et toujours caché derrière de hautes palissades, les fenêtres soufflées et les murs béants témoignent de la violence de l’explosion. Les travaux de rénovation n’ont toujours pas commencé. « Il aura fallu 18 mois pour que les gravats soient retirés et encore six mois pour que les déménagements puissent enfin commencer », s’emporte Delphine Bürkli, la maire du 9e arrondissement. En face, comme un pied de nez, les travaux des trois hôtels détruits dans l’explosion sont quasiment terminés.

Bâtons dans les roues

Si les sinistrés ont été relogés et que leur loyer est pris en charge – ou tout du moins une partie – par les assurances, les indemnisations, elles, se font attendre. « Non seulement la procédure est longue mais on nous met des bâtons dans les roues », déplore Me Jonas Haddad, l’avocat des associations de victimes Trévise Ensemble et Victimes Rescapés Explosion Trévise (Vret). Le conseil dénonce le « double discours » de la mairie de Paris, mise en examen, comme le syndic de copropriété de l’immeuble, pour « homicides et blessures involontaires » : la mairie chercherait à ralentir la procédure en réclamant au gouvernement de légiférer pour qu’un fonds d’indemnisation soit créé. Et ce, alors qu’il existe, selon l’avocat, des « solutions plus rapides » et toutes aussi « efficaces » : « Ça ne sert à rien de recevoir les victimes si c’est ensuite pour les envoyer sur les roses », insiste-t-il.

Sa consœur, Me Karine Rémond, déplore également l’attitude de GRDF, qui pourrait être tenu, en tant que distributeur de gaz, d’indemniser les victimes. L’entreprise aurait demandé cette semaine au juge chargé de contrôler les expertises civiles d’y mettre fin – ce qui ralentirait mécaniquement les indemnisations – au nom du secret de l’instruction. Le magistrat n’a pas encore tranché.

Bien loin de ces batailles d’experts, beaucoup d’habitants confient être désormais dans une situation financière délicate. Car, après l’explosion, tous sont partis en catastrophe et n’ont jamais pu remettre un pied dans leur immeuble. Il a donc fallu tout racheter, de la brosse à dents au canapé en passant par les vêtements. Les propriétaires continuent, par ailleurs de rembourser leurs crédits. « Les gens sont épuisés, confie Vanessa Mallet. L’une des rescapés. Cette deuxième année est presque aussi dure que la première parce qu’on a le sentiment de ne pas en voir le bout. »