« Ségur de la santé » : Des praticiens hospitaliers entament une « grève illimitée »

CORONAVIRUS Les praticiens hospitaliers regrettent que les mesures prises lors du Ségur de la santé ne soient qu’à l’avantage des jeunes professionnels

J.-L.D. avec AFP

— 

Manifestation des soignants français en novembre
Manifestation des soignants français en novembre — Mathieu Pattier/SIPA

Des praticiens hospitaliers ont entamé ce lundi une « grève illimitée » pour dénoncer « l’inégalité » créée par la récente réforme du Ségur de la santé qui accélère les carrières des nouveaux médecins mais pas celles de ceux déjà en poste.

Actée en juillet, la suppression des trois premiers échelons de carrière est favorable aux nouveaux embauchés, mais ceux qui ont été recrutés avant 2020 « se voient désavantagés de quatre années d’ancienneté par rapport à leurs collègues nommés cette année », dénonce le Syndicat national des praticiens hospitaliers anesthésistes-réanimateurs élargi (SNPHARE), à l’initiative de cette grève.

Grande désillusion des anciens

« Le refus d’octroyer cette accélération de carrière aux praticiens hospitaliers investis, qui font tenir un hôpital public déliquescent, est signe d’un énième mépris de nos tutelles », a argué le syndicat qui réclame « l’application rétroactive » des « mesures de décompte de l’ancienneté » et « l’accélération de carrière de quatre ans d’ancienneté pour tous les praticiens nommés avant 2020 ».

« Les conséquences à court terme de cette politique sont une grande désillusion des praticiens hospitaliers qui risquent de quitter l’hôpital pour obtenir ailleurs la juste reconnaissance qu’ils méritent », a dénoncé pour sa part le syndicat Jeunes médecins dans un communiqué.

La jeunesse trop favorisée ?

Les syndicats demandaient effectivement « plus d’attractivité pour les jeunes » avec une « rémunération à la juste hauteur du niveau d’étude », a rappelé ce lundi matin Anne Geffroy-Wernet, présidente du SNPHARE, lors d’une conférence de presse en ligne avec également l’Association des Médecins Urgentistes de France (AMUF) et le Syndicat National des Médecins Hospitaliers (SNMH-FO).

Mais « contrairement à ce qui nous avait été annoncé, il n’y a pas eu la compensation de cette mesure pour les anciens, donc il y a une coexistence de deux grilles d’ancienneté », a-t-elle expliqué. « L’ironie, c’est que des médecins se retrouvent alors doublés par les internes qu’ils ont formés. »

Olivier Véran à la défense de l’accord

Dans un courrier daté du 8 janvier adressé aux praticiens hospitaliers, le ministre de la Santé, Olivier Véran, a défendu un accord, « signé avec la majorité de vos représentants », qui « va bien au-delà de la seule revalorisation de vos émoluments » pour « emmener des mesures plus structurantes ».

Le mouvement, qui concerne tous les praticiens, sera « très large », a avancé la présidente du SNPHARE, mais « nous n’avons pas envie de prendre les patients en otage, donc beaucoup d’hôpitaux tourneront presque comme d’habitude ».

Les praticiens hospitaliers étant assignés pour assurer la sécurité des patients, les conséquences de cette grève seront limitées. Le ministère de la Santé et les syndicats n’avaient pas encore communiqué de chiffres sur la mobilisation ce lundi en milieu de journée.