Rennes : Du télétravail aux heures de pointe pour éviter les embouteillages ?

TRANSPORT Des entreprises testent le dispositif proposé par le Bureau des temps pour éviter les pics de fréquentation le matin et le soir

Camille Allain

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Illustration de la rocade de Rennes de nuit.
Illustration de la rocade de Rennes de nuit. — C. Allain / 20 Minutes
  • A Rennes, des salariés ont opté pour le télétravail aux heures de pointe le matin et le soir.
  • Le dispositif leur permet d’éviter les embouteillages et limite le nombre de voitures sur les routes lors des pics.
  • Encouragé par la crise sanitaire, le recours au télétravail a été grandement facilité et la démarche pourrait être largement étendue dans la capitale bretonne.

La situation est moins flagrante du fait de la pandémie de coronavirus. Mais le constat était clair avant la crise sanitaire. Chaque matin et chaque soir, la rocade de Rennes et les principales pénétrantes permettant l’accès ou la sortie de la capitale bretonne étaient saturées. Résultat : des embouteillages quotidiens qui allongent les temps de trajet et génèrent un stress que tout le monde s’éviterait volontiers. Si le problème ne concerne pas que Rennes, c’est la dégradation de la situation au fil des années qui interroge​. L’une des solutions pourrait se cacher derrière un principe désormais bien connu :  le télétravail.

L’idée est simple : proposer aux salariés de télétravailler aux heures de pointe pour éviter les bouchons. L’avantage est double : il contribue à fluidifier la circulation en ne laissant sur la route que ceux qui « ont besoin » de leur voiture à cet instant et fait donc gagner du temps à tout le monde, ceux qui conduisent comme ceux qui restent chez eux. L’idée est née bien avant la crise sanitaire, dans l’esprit du Bureau des temps, un petit service de Rennes Métropole qui avait déjà planché sur l’étalement des pics de fréquentation du métro il y a plusieurs années. En échelonnant les horaires d’entrée en cours à l’université Rennes 2 toutes les quinze minutes, les rames de la ligne A avaient été désengorgées. « La différence avec les salariés, c’est qu’il est plus difficile d’imposer un changement d’horaire à toute une entreprise ou tout un service », explique Catherine Dameron, la responsable du Bureau des temps.

Après le premier confinement, son service a mené une grande enquête autour du temps de travail. Avec des résultats parfois surprenants. « Dans certains secteurs, on voit que 90 % des personnes qui disposent d’une liberté dans leurs horaires arrivent et partent tous les jours à la même heure. Et c’est presque toujours en heure de pointe », poursuit Catherine Dameron. La crise sanitaire et le développement du télétravail a cependant facilité l’acceptation de travailler autrement, y compris depuis son domicile. Mais il y a toujours des freins. « Il y a une norme sociale qui fait que c’est mal perçu d’arriver au bureau après 10 h ou de partir avant 16 h ». Responsable du service ressources au Centre de gestion 35, Ludivine Launay confirme. « C’est le regard des autres qui pèse. Quand on interroge les agents, c’est ce qui ressort ».

« Le matin, tout le monde arrive en dix minutes, autour de 8 h 30. C’est comme une norme sociale »

Installée au sein du Village des collectivités, à Thorigné-Fouillard, la structure était confrontée à des embouteillages quasi quotidiens. « Il y a 350 personnes qui travaillent ici et presque toutes ont des horaires variables. Mais le matin, tout le monde arrive en dix minutes, autour de 8 heures 30. C’est comme une norme sociale », poursuit la responsable. L’an dernier, une dizaine d’agents avait testé ce dispositif de télétravail aux heures de pointe mais l’opération a été mise en sommeil du fait de la crise sanitaire.

Le mardi et le jeudi, journées noires

Non loin de là, la société ST Microelectronics a également testé le dispositif. Depuis octobre, une douzaine des 104 personnes travaillant sur le site de recherche et développement a opté pour le télétravail aux heures de pointe. « Beaucoup de nos salariés viennent à vélo ou en transport en commun. Mais ceux qui sont obligés de venir en voiture sont confrontés à d’importants bouchons », explique Béatrice Bruno, la responsable des ressources humaines. L’entreprise les autorise à arriver jusqu’à 10 heures et à quitter les lieux à partir de 16 heures. « On voit que c’est surtout prisé le mardi et le jeudi, quand les conditions de circulation sont les plus mauvaises », poursuit la responsable RH. Pour éviter de « perturber » l’organisation de leur service, certains managers ont demandé à leurs équipes de ne pas faire de télétravail le lundi, jour où sont concentrées les réunions d’équipe.

A Rennes comme ailleurs, on explique que les embouteillages ont diminué, principalement du fait du télétravail plébiscité en raison de la crise sanitaire. La preuve, s’il en fallait une, que la méthode fonctionne.