Coronavirus : Quels sont les derniers leviers du gouvernement si on ne ferme pas les écoles ?

EPIDEMIE Le gouvernement s’oppose fermement pour le moment à une fermeture des écoles. Alors dans une France déjà sous couvre-feu et aux lieux clos fermés, quels autres leviers existent-ils face à une potentielle reprise épidémique ?

Jean-Loup Delmas

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Jean-Michel Blanquer  notamment s'oppose à la fermeture des écoles
Jean-Michel Blanquer notamment s'oppose à la fermeture des écoles — Alfonso Jimenez/Shutterstock/SIPA
  • Cette semaine, le ministre de l’Education Jean-Michel Blanquer et le Premier ministre Jean-Castex se sont tous les deux opposés à une fermeture des écoles pour le moment, malgré la crainte d’une reprise épidémique du coronavirus.
  • Dans le même temps, les chiffres de la semaine sont très mauvais et inquiètent, faisant redouter une potentielle troisième vague, ou du moins un rebond fort de la deuxième.
  • Quels leviers possèdent le gouvernement pour freiner la circulation du virus s’il ne touche pas aux écoles ?

Ce jeudi soir, le Premier ministre Jean Castex a déclaré qu’il était « vraiment nécessaire que la situation sanitaire soit extrêmement grave avant de décider de fermer les écoles » car les conséquences sont « absolument dramatiques », entre décrochage des enfants et impossibilité de travail pour les parents.

Les chiffres sur le coronavirus de ces derniers jours ne sont pas bons​. Ce jeudi, 21.703 nouveaux cas ont été recensés en 24 heures, soit 15.271 en moyenne par jour sur la semaine écoulée. Rappelons qu’initialement, l’objectif pour le déconfinement du 15 décembre était 5.000 cas par jour. Autrement dit, la situation actuelle est déjà grave. Si le gouvernement refuse une fermeture des écoles, quelles autres options lui reste-t-il ? Petite revue d’effectif.

Le couvre-feu à 18 heures, option peu convaincante

Ce dimanche, le Bas-Rhin, le Cher et le Vaucluse seront aussi en couvre-feu à 18 heures, pour un total de 18 départements en France. Une mesure qui pourrait encore s’étendre ? Hélène Rossinot, médecin spécialiste en Santé publique, se montre sceptique. Habitant à Nancy, ville concernée par ce couvre-feu aggravé, elle constate surtout « des files d’attente énormes dans chaque magasin puisqu’il n’y a plus que deux créneaux horaires pour y aller avec le travail, soit le matin soit lors de la pause midi. Je ne suis donc pas certaine que cela ralentisse le brassage de la population. »

D’autant plus que le couvre-feu semble avoir perdu de son impact sur l’épidémie depuis la fermeture des restaurants, bars et autres lieux de cultures. « Bien sûr, cela empêche les gens de se voir entre 18 heures et 20 heures, mais combien de personnes respectant la loi faisaient des apéros ou des rencontres entre le travail et 20 heures ? », se demande-t-elle, estimant que ceux qui fraudent continueront à le faire.

La question de l’acceptabilité d’un reconfinement

Quant à de nouveaux confinements, même localisés, la spécialiste se questionne. Comment un troisième confinement pourrait être accepté si la campagne de vaccination ne s’accélère pas énormément et devienne réellement massive ? « Si vous avez une hémorragie à la jambe, on ne peut pas vous faire que des garrots. Il faut une opération. La vaccination, c’est l’opération. Les gens vont la réclamer au lieu d’un troisième garrot », note-t-elle. Elle prend notamment l’exemple d’Israël, où des mesures très restrictives et un troisième confinement ont été mis en place mais rendu « acceptables » par une campagne de vaccination massive (20 % de la population du pays est déjà vaccinée).

Pour le chercheur en épidémiologie Michaël Rochoy, plus que le confinement, c’est la vaccination qui pourrait être localisée : « En cas de pénurie de dose, on pourrait vacciner prioritairement les régions les plus touchées, comme l’Est, et estimer qu’un département breton où l’incidence est faible est moins prioritaire sur la vaccination pour contrôler l’épidémie. »

Mieux protéger les écoles au lieu de les fermer

Reste que si le gouvernement refuse la fermeture des écoles, il pourrait revoir son protocole sanitaire. Et parmi celui-ci revient le cas des cantines scolaires, « actuellement les seuls restaurants de France ouverts », se désespère Michaël Rochoy, qui rappelle que les lieux de restauration ont été établis selon plusieurs études comme étant les plus supercontaminants. De fait, il ne s’agit pas « de ne plus nourrir les enfants », comme a ironisé Olivier Véran ce jeudi soir, mais de chercher des solutions : « Notamment des repas en classe, ou dans des lieux séparés et non dans un même lieu commun, pour éviter les brassages entre les différentes classes », plaide le chercheur et médecin.

Même analyse chez Hélène Rossinot pour qui « les cantines sont actuellement un vrai problème. Le gouvernement cherche à le balayer d’une main car il le considère insoluble, mais nier le problème ne fait que l’empirer. » Pour Michaël Rochoy, au-delà des cantines, d’autres précautions peuvent être prises, comme supprimer les moments sans masques dans les lieux clos, notamment les classes de musique ou de sport. Des activités qu’ils peuvent également faire hors école, depuis les vacances de Noël. De quoi déprimer encore plus le chercheur.

Ce dernier estime que la priorité absolue pour le gouvernement, est, avant de penser quels nouveaux leviers mettre en place, éviter d’en desserrer d’autres. Notamment le télétravail, adouci par Elisabeth Borne ce mardi, ou la possibilité désormais pour les enfants de faire des activités sportives en intérieur et sans masques dans les salles périscolaires. Ce serait déjà un début.