Toulouse : On vous dit tout sur le Geipan, le vrai bureau des ovnis qui a inspiré la série de Canal+

LA VERITE EST AILLEURS La série « Ovni(s) » n’est pas une pure fiction. A Toulouse, le Geipan, un « petit » service du Cnes, planche vraiment et méthodiquement sur les objets volants non identifiés

Hélène Ménal

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Didier Mathure (Melvin Poupaud), propulsé bien malgré lui à la tête du Gepan dans la Série
Didier Mathure (Melvin Poupaud), propulsé bien malgré lui à la tête du Gepan dans la Série — Nicolas Velter - Montebello Productions - Canal+
  • Ce lundi, Canal+, diffuse lundi les premiers épisodes d' « Ovni(s) », une série décalée sur bureau des ovnis.
  • Le Geipan, groupe d’études et d’informations sur les phénomènes aérospatiaux non identifiés, existe vraiment depuis quarante ans sur le site du Cnes à Toulouse.
  • Comme dans la fiction, la petite équipe recueille les témoignages étranges avec bienveillance et les traite avec méthode.
  • Elle ouvre en moyenne 150 enquêtes par an et trouve souvent une explication rationnelle aux phénomènes. Mais 3,5 % des cas lui résistent.

Plus personne n’y fume comme un pompier et la moustache n’y est plus franchement tendance. Mais le Geipan, le Groupe d’études et d’informations sur les phénomènes aérospatiaux non identifiés (ex-Gepan) existe bel et bien à Toulouse.

Comme dans Ovni(s), la série loufoque, léchée et très seventies qui démarre ce lundi sur Canal+, il occupe un « petit » rez-de-chaussée du site du Cnes, et abrite une petite équipe, « l’équivalent de quatre temps plein ». On y retrouve le « mur des émotions », tous ces dessins que les témoins de phénomènes étranges restituent.

Le tableau des cas, dans le vrai pureau du Geipan, à Toulouse.
Le tableau des cas, dans le vrai pureau du Geipan, à Toulouse. - Pascal Pavani - AFP

Et comme dans la fiction, on y cultive un certain sens de l’autodérision. « L’équipe est venue nous voir souvent. J’ai relu le scénario mais nous n’avons pas validé le contenu, explique Roger Baldacchino, le vrai responsable du Geipan version XXIe siècle. J’ai vu les quatre premiers épisodes. La série est décalée, agréable à regarder et on y trouve un respect global de nos missions ».

« Un témoin est toujours honnête »

Bon, non, « Ariane n’est pas un programme allemand » mais l’ingénieur comprend que les ressorts scénaristiques s’affranchissent parfois de l’orgueil scientifique des nations. Surtout le Geipan « n’a jamais été une blague » comme le glissent perfidement et souvent à Didier Mathure, bombardé directeur malgré lui dans la fiction, ses collègues amusés.

Dans la vraie vie, le Geipan, seul service civil au monde dans sa spécialité, reçoit en moyenne « 600 sollicitations par an qui donne lieu à 150 enquêtes ». « Les gens ont parfois la crainte de passer pour des farfelus mais pour nous un témoin est toujours honnête quelle que soit la chose étrange qu’il a vue et qui souvent l’a effrayé », insiste Roger Baldacchino

Quitte à décevoir notre côté X-Files, le Geipan « ne travaille pas sur le paranormal » et ne fait pas de recherche sur la vie extraterrestre. Avec un réseau d’une vingtaine d’enquêteurs bénévoles déployés partout en France, l’aide d’une quinzaine d’experts, l’appui d’un PV « ovni » dont toutes les gendarmeries disposent désormais, il instruit, analyse, décortique avec méthode les témoignages. Des interfaces bien rodées avec l’Armée ou la Direction générale de l’aviation civile, accélèrent le cas échéant le processus. Et le service met un point d’honneur à publier tous ses résultats sur la Toile.

Ballons de mariage qui volent en grappe

Malgré l’arrivée des smartphones, quarante ans après sa création, le « bureau des ovnis » reçoit peu d’images de phénomènes souvent furtifs. « Mais on arrive à expliquer 60 % des cas », assure Roger Baldacchino. Entre les « lanternes thaïlandaises », les traces radars des avions, qui « vus sous une certaine perspective peuvent ressembler à des gros cigares », les passages de la Station spatiale internationale qui, forcément pour le Cnes, n’ont pas de secret, ou encore les données sur les phénomènes astronomiques et météo, la majorité des mystères trouvent une explication rationnelle.

Au printemps dernier, un couple de scientifiques a contacté le Geipan après que des boules de lumières qui voyageaient en grappe ont survolé sa piscine. Une simple incursion sur GoogleMaps a permis à l’équipe de repérer la salle des fêtes du village et de remonter au lâcher de ballons lumineux d’un mariage post-confinement.

Les fameux « cas D », inexpliqués

Dans 30 % des cas grosso modo, par manque de précision des témoignages et des données, le Geipan, qui revient régulièrement sur ses « cold case », a une hypothèse plausible mais ne peut pas la certifier. Et puis il y a les fameux dossiers « classés D », les cas inexpliqués, qui continuent de faire fantasmer ou frissonner. Comme ce « rond jaune avec une barre verte » surgit en 2019 en pleine nuit en rase campagne… Peut-être un drone. Peut-être autre chose. Ce « cas D » reste ouvert.

Avec la série, Roger Baldacchino se dit que le téléphone va sonner de plus belle à Toulouse. Après une année 2020 déjà anormalement agitée et un pic à plus de 1.000 signalements. La faute au ciel souvent dégagé des soirées confinées du printemps. Mais aussi au programme StarLink, du milliardaire Elon Musk : des dizaines de satellites lancés par salves, bientôt des milliers. Autant de phénomènes lumineux susceptibles d’atterrir au Geipan.