C’est quoi cette histoire d’économie d’électricité demandée par RTE ?

RESEAU En raison du grand froid et de capacités électriques amoindries, RTE a demandé aux consommateurs français de réduire leur consommation ce vendredi matin. Un phénomène qui pourrait se reproduire cet hiver

Jean-Loup Delmas

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Le réseau électrique français est mis sous tension ce 8 janvier 2021.
Le réseau électrique français est mis sous tension ce 8 janvier 2021. — Pixabay
  • Le gestionnaire du réseau électrique français a demandé aux consommateurs de limiter leur consommation ce vendredi matin, en raison du grand froid qui devrait déjà augmenter la dépense électrique du pays.
  • Le gestionnaire craint une consommation électrique proche du maximum possible, et souhaite éviter tout risque de coupure.
  • Comment un tel scénario est-il possible en France ?

Ce jeudi, le gestionnaire du réseau électrique (RTE) a invité les Français et les Françaises à réduire leur consommation d’électricité ce vendredi matin de 7 heures à 13 heures. En raison du grand froid et de la baisse des températures attendue (entre − 4 et − 4,5 °C sous les normales de saison), la consommation d’électricité risquait en effet d’atteindre un niveau élevé, ne laissant que des marges de manœuvre réduites en cas de flux tendu.

Selon RTE, la consommation d’électricité des Français risquait d’atteindre un haut niveau, à quelque 88.000 mégawatts. La production « sera suffisante, à 88.200 MW, pour couvrir tous les besoins », mais pour « éviter tout risque de coupure », les Français sont invités à réduire leur consommation via des « écogestes ». Mais comment en est-on arrivé là ? 20 Minutes fait le point.

Que se passe-t-il ce vendredi ?

Le dispositif MonEcoWatt est déclenché au niveau national. Ce plan demande aux usagers français de faire attention à leur consommation électrique. Il s’agit d’un des leviers pour gérer la consommation électrique, renseigne RTE, contacté par 20 Minutes. Parmi les autres leviers envisagés, il existe notamment l’arrêt de la distribution électrique chez de gros sites industriels très consommateurs, prévenus évidemment en amont et qui ont signé des contrats prévoyant ce genre d’éventualité ou encore la baisse de la tension du réseau de distribution de 5 %. Les consommateurs reçoivent alors une électricité en moins grande quantité, et tous les appareils fonctionnent, mais à moindre intensité (de 5 % en moins, ce qui selon RTE, est imperceptible sur la plupart des appareils).

Selon Anne Blavette, chercheuse CNRS au laboratoire SATIE (Systèmes et applications des technologies de l’information et de l’énergie) de l’Ecole Normale Supérieure de Rennes, le dispositif MonEcoWatt est fréquemment utilisé en Bretagne et en Paca, ces deux régions « ayant un niveau d’interconnexion moindre que les autres avec le reste du réseau. »

Pour la chercheuse, il y a deux solutions majeures face à ce genre de réseau surchargé. Premièrement, renforcer le parc électrique avec plus de centrales, « mais dans ce cas, ces centrales ne seraient utilisées qu’une partie infime du temps, ce qui ne serait pas rentable économiquement à moins d’augmenter le coût de l’énergie et donc la facture des consommateurs », sans parler de l’impact environnemental : construire des centrales nécessaires que quelques jours ne semblent pas la meilleure idée pour la planète. Deuxième solution donc, ce genre de baisse électrique volontaire, à condition d’obtenir l’adhésion des consommateurs.

Il était trop tôt ce vendredi lorsque nous avons contacté RTE pour déterminer si les écogestes avaient été suivis. Certes, la consommation électrique nationale lors du pic ce vendredi matin avait été moindre que prévu : 87.000 mégawatts seulement contre 88.000 estimés, mais impossible de connaître la part des écogestes. Cette baisse de consommation pourrait être aussi due à une luminosité plus favorable (et donc moins d’ampoules utilisées) ainsi qu’une activité économique plus faible que prévu. Selon Anne Blavette, en Bretagne et en Paca, les initiatives MonEcoWatt sont la plupart du temps de francs succès.

Le parc électrique français est-il remis en question ?

Comment l’une des premières puissances mondiales peut-elle rencontrer des problèmes de réseau électrique lors des épisodes de grand froid ? Trois éléments de réponses. Premièrement, comme l’a déjà expliqué Anne Blavette, construire des centrales réellement nécessaires que quelques jours exceptionnels par an aurait forcément des conséquences néfastes, tant écologiquement qu’économiquement.

Deuxièmement, 2020 fut comme chacun sait une année atypique, et il en va de même pour le parc électrique français, affaibli par le coronavirus. Chaque année, des centrales, principalement nucléaires, se font une à une arrêter pour maintenance, suivant un planning précis. Ce planning de maintenance se concentre au maximum sur l’été, période où la consommation électrique est la plus faible (lumière du jour beaucoup plus importante, absence de chauffage, vacances et donc sites industriels fermés ou moins consommateurs, etc.) Or, RTE indique qu’en raison du premier confinement, tout le planning a dû être décalé car les maintenances étaient impossibles de mars à mai, ce qui fait que cet hiver tout particulièrement, plus de centrales que prévu se trouvent à l’arrêt pour maintenance, réduisant de facto les capacités électriques du parc français.

Troisièmement, au-delà de cette année 2020, la France se trouve également dans une période de transition énergétique. De nombreuses centrales ferment ou sont en train de fermer, comme celles au fioul ou au charbon, tandis que celles plus écoresponsables censées les remplacer ont pris du retard. « Jusqu’en 2024, il y aura plus de fermetures que d’ouvertures, réduisant de facto les capacités électriques françaises », informe RTE.

Ce genre de journée peut-elle se reproduire ?

Cet hiver, très clairement oui, puisque les problématiques de maintenance dues à 2020 resteront de mise. Pour les prochaines années, une fois le gros des maintenances et des arrêts revenus à l’été, les choses devraient s’améliorer, même si RTE ne peut pas totalement exclure l’hypothèse que ce genre de souci se reproduise, tant que la situation de la transition énergétique n’est pas réglée.