Coronavirus : Flou sur les réouvertures, focus sur les vaccins… Comment Castex change sa communication ?

STRATEGIE Le Premier ministre et son ministre de la Santé ont fait un point d’étape ce jeudi sur leur stratégie de lutte contre le coronavirus

Delphine Bancaud

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Jean Castex et Olivier Véran lors de la conférence de presse du 7 janvier 2021. .
Jean Castex et Olivier Véran lors de la conférence de presse du 7 janvier 2021. . — Ludovic MARIN / POOL
  • Inquiet de la situation face à l’épidémie de coronavirus, Jean Castex a maintenu toutes les restrictions sanitaires en vigueur.
  • Mais changement de ton sur la vaccination : alors que le slogan de décembre était « sécurité – transparence – proximité », il devient début janvier « amplifier, accélérer, simplifier ».
  • La profusion de détails sur le vaccin contraste avec l’absence de repères concernant les dates de réouvertures.

« Hors de question de baisser la garde ». Lors de sa conférence de presse ce jeudi en fin d’après-midi, le Premier ministre, Jean Castex, a commencé par un discours inchangé : la fermeté pour tenter de rassurer. Inquiet d’une situation sanitaire « plus fragile » face au coronavirus, menacée par le variant britannique plus contagieux, il a maintenu toutes les restrictions sanitaires en vigueur et compte étendre le couvre-feu à 18h à dix nouveaux départements. Mais changement de ton sur la politique vaccinale : alors que le slogan martelé en décembre était « sécurité – transparence – proximité », il s’est transformé début janvier en « amplifier, accélérer, simplifier ».

Premier impératif de cette conférence de presse, donc : montrer que la France n’est pas à la ramasse dans sa politique vaccinale. Et ce pour répondre à l’opposition, qui accuse le gouvernement d’être très en retard dans sa campagne et de ne pas avoir passé des commandes supplémentaires en plus de celles effectuées via l’Union européenne. « Jean Castex a joué le rôle de pompier de service pour tenter de montrer que la France n’était pas le mauvais élève de l’Europe, analyse Alexandre Eyries, enseignant-chercheur en sciences de l’Information et de la communication politique à l’Université de Bourgogne-Franche Comté. On assiste à une sorte de rétropédalage, comme celui qui avait existé concernant la pénurie de masques au début de la crise sanitaire ».

« Recourir aux chiffres pour contrebalancer l’impression de flou »

Alors qu’Olivier Véran disait à la fin de l’année 2020 ne pas vouloir « confondre vitesse et précipitation », en 2021, c’est désormais la rapidité qui compte. « Après avoir pris beaucoup de temps à définir une méthode pour cette stratégie vaccinale, après avoir semblé hésitant, le gouvernement veut subitement accélérer et préciser le cap. Mais on est plus dans la réaction que dans la proactivité », poursuit Alexandre Eyries.

Et pour convaincre les Français du dynamisme du gouvernement, le Premier ministre et son ministre de la Santé ont maculé leur discours de statistiques. « Après les 20.000 personnes vaccinées en dix jours, encore 25.000 devaient être vaccinées ce jeudi », a notamment déclaré Olivier Véran. « Des centres de vaccination en ville seront ouverts dans les semaines qui viennent, d’abord 100, puis 300 puis 500 », a-t-il ajouté. Sans oublier le « million » de personnes qui devront être vaccinées fin janvier. « Un tel recours aux chiffres, c’est une manière d’apporter des éléments incontestables, de donner de la cohérence et de la clarté pour contrebalancer l’impression de flou qui a prédominé ces dernières semaines sur la politique vaccinale », commente le spécialiste de la communication politique.

La technique des petits pas

Une profusion de détails en décalage avec l’absence de repères ailleurs. Alors que lors des conférences de presse précédentes, le locataire de Matignon donnait des dates pour fixer un cap aux différents secteurs d’activité impactés par des fermetures, il est cette fois-ci resté beaucoup plus évasif. « Les musées, les cinémas, les théâtres, les salles de spectacle, les équipements sportifs ou de loisirs ne connaîtront dans les semaines qui viennent aucun assouplissement », a-t-il indiqué, douchant ainsi les espoirs de ces secteurs qui espéraient rouvrir prochainement. Quant aux bars et restaurants, ils ne rouvriront pas avant « a minima mi-février ».

Un flou volontaire qui signe la volonté de ne pas reproduire les mêmes erreurs, selon Alexandre Eyries. « Donner un calendrier trop précis, c’est forcément s’exposer au risque de créer de faux espoirs et au final donner une impression d’amateurisme. Le gouvernement s’avance moins sur des dates, mais il risque moins de faire des impairs. » Autre exemple de cette communication à petits pas, l’évocation à mi-mots d’un éventuel troisième confinement. Jean Castex a parlé de « mesures nationales supplémentaires » si « cela s’avérait nécessaire en fonction de l’évolution des prochains jours ». Une manière, conclut Alexandre Eyries, de « poser les jalons sans fixer un cadre très sombre ».