Ile-de-France : « C’est à Paris que le sentiment d’insécurité a augmenté le plus fortement »

INTERVIEW Hélène Heurtel, responsable de l’enquête de victimation de l’institut Paris-Région, parue au mois de décembre, analyse les fortes disparités d’un département à l’autre

Caroline Politi

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La peur d'être agressé ou victime d'un vol dans les transports en commun a augmenté, selon la dernière enquête de victimation de l'institut Paris-Région.
La peur d'être agressé ou victime d'un vol dans les transports en commun a augmenté, selon la dernière enquête de victimation de l'institut Paris-Région. — A. Gelebart / 20 Minutes
  • Selon la dernière enquête de victimation de l'institut Paris-Région réalisée auprès de 10.500 personnes le sentiment d'insécurité a progressé dans l'ensemble de la région.
  • C'est à Paris que cette hausse est la plus marquée: + 6,8%.
  • La Seine-Saint-Denis est le département où le sentiment d'insécurité est le plus fort mais ce taux reste relativement stable depuis la dernière enquête. 

Dis-moi où tu vis, je te dirais de quoi tu as peur. Tous les deux ans, l’institut Paris-Région interroge les Franciliens sur leurs préoccupations. L’étude, réalisée entre janvier et février 2019 mais publiée fin décembre, permet de prendre le pouls des inquiétudes des habitants. Et si bien des choses ont changé depuis – c’était l’époque bénie de l’avant- coronavirus – on constate néanmoins que d’un département à l’autre, les peurs évoluent. Entretien avec Hélène Heurtel, responsable de l’enquête.

Selon votre enquête, plus d’un Francilien sur deux (53 %) indique se sentir en insécurité, c’est trois points de plus que lors de votre précédente étude, en 2017. Comment expliquer cette hausse ?

Même si la hausse est marquée, on reste à un niveau relativement bas, bien loin des sommets atteints en 2001 où pas loin de 70 % des Franciliens ne se sentaient pas en sécurité. Notre rôle n’est pas tant de chercher les causes de ce sentiment que de suivre l’évolution de nos peurs afin de permettre d’adapter au mieux les politiques publiques. Par exemple, on a constaté qu’en dépit de l’augmentation importante des caméras de vidéosurveillance dans les transports en commun, le sentiment d’insécurité n’a pas diminué. La peur d’être agressé ou victime d’un vol a même augmenté. Cela montre donc que cette disposition n’est pas suffisante pour rassurer les populations.

Où se sent-on le plus en sécurité en Ile-de-France ?

Pour la première fois, les Yvelines ont déclassé Paris. Des huit départements franciliens, c’est dans la capitale que le sentiment d’insécurité a augmenté le plus fortement : ce taux a atteint les 52,2 % en 2019, soit 6,8 points de plus qu’en 2017. Ce n’est pas une flambée mais la hausse est marquée : la crainte d’être agressé dans le bus a augmenté de 5 % (désormais à 15,9 %), dans le tramway ou le métro de près de 4 %. De même, plus de 57 % des Parisiens déclarent avoir subi, au moins une fois en trois ans, une atteinte les visant eux ou leurs biens. C’est le département où le taux de victimes parmi sa population est le plus élevé. A l’inverse, c’est dans les Yvelines que la population redoute le moins de sortir seul le soir, d’être victime d’un vol ou d’une agression dans les transports.

Paradoxalement, vous montrez que c’est à Paris que la préoccupation sécuritaire est la plus faible…

Il faut d’abord comprendre la préoccupation sécuritaire est très volatile et dépend plus de l’actualité – qu’elle soit locale, médiatique… – que des peurs personnelles qui dépendent elles de l’expérience et de facteurs environnementaux comme la présence de lieux déserts à proximité, le personnel dans les transports. Donc le sentiment d’insécurité et la préoccupation sécuritaire ne sont pas forcément corrélés. A Paris, d’autres sujets de société priment, à commencer par la lutte contre la pollution qui ressort bien plus que dans les autres départements.

Enquête après enquête, la Seine-Saint-Denis reste le département où le sentiment d’insécurité reste le plus fort. Observez-vous néanmoins une évolution ?

Depuis de nombreuses enquêtes, la Seine-Saint-Denis est effectivement le département dans lequel la part de la population déclarant se sentir en insécurité – près de 58 % – est la plus élevée. La peur lorsqu’on se trouve chez soi ou seul le soir dans son quartier est bien plus marquée qu’ailleurs. En revanche, et c’est plutôt positif, on observe une relative stabilité dans le département depuis la dernière enquête. Alors que la situation s’est dégradée dans quasiment tous les autres départements, exception faite des Yvelines, le sentiment d’insécurité en Seine-Saint-Denis est similaire à ce que l’on avait constaté lors de notre dernière enquête.

En Seine-et-Marne, département pourtant plutôt « calme » le sentiment d’insécurité est fort, il est partagé par près de 56 % des habitants. Comment expliquez que ce taux soit parmi les plus élevés de la région ?

Il faut bien distinguer le sentiment d’insécurité de l’insécurité elle-même, on parle là d’un ressenti, de peurs. Encore une fois, nous ne sommes pas là pour dire pourquoi on a peur. En revanche, ce qu’on observe de manière certaine c’est que la peur de se faire agresser ou voler dans les transports en commun progresse de manière importante en Seine-et-Marne : près de 35 % des personnes interrogées disent avoir une telle crainte lorsqu’ils empruntent le RER ou le métro. A titre de comparaison, dans le Val-de-Marne, seuls 29 % des habitants pour le RER et 25 % pour le métro indiquent se sentir en insécurité.