Coronavirus : Le report de l’ouverture des remontées mécaniques fait craindre l’année blanche dans les stations de ski

MONTAGNE Amertume, incertitude, incompréhension…, les directeurs des stations de ski des Alpes, des Pyrénées et des Vosges sont assaillis de sentiments après le report de la réouverture des remontées mécaniques

T.G. avec F.B., B.C. et F.H.

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La quinzaine de piste de ski du Champ du feu, en Alsace, a été ouverte aux lugeurs.
La quinzaine de piste de ski du Champ du feu, en Alsace, a été ouverte aux lugeurs. — Le Champ Du Feu
  • Mercredi soir, le secrétaire d’Etat chargé du Tourisme Jean-Baptiste Lemoyne a annoncé le report de la réouverture des remontées mécaniques au-delà du 7 janvier.
  • Les exploitants des stations espèrent une possible réouverture mi-janvier ou au plus tard le 23. Mais la peur d’une année blanche pointe.
  • Un directeur de station de ski des Pyrénées qui a perdu 80 % des réservations des 15 jours des vacances de Noël annonce déjà un manque à gagner de 3 millions d’euros.

La date était cochée dans leur calendrier. Ce jeudi 7 janvier, les stations de ski devaient savoir s’ils avaient droit de rouvrir, ou non, leurs remontées mécaniques. Le gouvernement a décidé de reporter sa décision. Le secrétaire d’Etat chargé du Tourisme Jean-Baptiste Lemoyne l'a annoncé dès mercredi soir. Il a alors invoqué « un palier plutôt ascendant en termes de nouveaux cas (de Covid-19) et de réanimations ». Le Premier ministre Jean Castex doit s’exprimer à 18 h ce jeudi.

A priori, aucune date de réouverture des remontées mécaniques ne doit être annoncée pour éviter les faux espoirs comme ceux fondés sur ce 7 janvier. Un rendez-vous avec les professionnels de la montagne pourrait avoir lieu après le conseil de défense sanitaire, le 13 janvier. En attendant, l’incertitude se mêle à l’amertume ou à l’incompréhension pour les directeurs de stations de ski des différents massifs français.

Dans les Alpes du sud, la foule et la neige sont là mais personne ne skie

« Un crève-cœur » dans les Alpes du sud où la neige ne manque pas. « Tout le domaine skiable est couvert avec une couche épaisse. Ça faisait plus de trois ans que ce n’était pas arrivé », soupire Jean-Paul Rouquier, directeur de Gréolières, dans l’arrière-pays cannois. Alors que « la station est noire de monde comme jamais. Seul le tapis et le club piou-piou, pour les plus jeunes en école de ski, ont pu ouvrir. Et nous allons aussi enclencher un téléski qui desservira une piste réservée aux seuls licenciés de la fédération "compétiteurs". »

En attendant, l’équilibre financier est mis à mal. Jean-Paul Rouquier, qui a dû faire face à plusieurs saisons en recul du fait du manque de poudreuse, estime déjà les pertes à près de 250.000 euros. Une situation qui serait vraiment catastrophique pour cette petite destination des Préalpes d’Azur sans les soutiens locaux. « Les déficits des stations des Alpes-Maritimes seront portés par les collectivités », assure Charles-Ange Ginésy, le président du conseil départemental, financeur à 95 % de la société d’économie mixte de Gréolières, mais aussi celles de Valberg et encore de La Colmiane.

En attendant l’éventuel feu vert du gouvernement, renvoyé au 13 janvier, l’élu LR se dit « désespéré ». « Tout était prêt pour accueillir les skieurs. Nos centres de dépistage fonctionnent. Il y a eu des cas et ils ont permis d’éviter des clusters. En attendant, on voit des stations où les visiteurs se massent sur les places des villages. Cette mesure est totalement contre-productive. » Dans son fief de Péone-Valberg, l’ancien maire Charles-Ange Ginésy a demandé à son successeur de prendre un arrêté obligeant au port du masque en centre-ville « pour éviter » le pire.

Dans les Pyrénées, on se demande « comment honorer les échéances de fin janvier »

Ce mercredi, la station de Peyragudes est vide. « Il n’y a pas de vie, il ne se passe rien, sur la station il y a dix voitures garées, décrit Laurent Garcia, le directeur du site des Hautes-Pyrénées. Je dois avoir cinq personnes qui travaillent contre 140 habituellement. Pour préparer le week-end, on va faire un service minimum avec l’accueil de quelques gamins des clubs de licenciés, on fera travailler une dizaine de personnes. »

Le Pyrénéen avoue son « amertume » de ne pas pouvoir ouvrir les remontées mécaniques. Sans date annoncée, impossible de communiquer et le risque d’annulation augmente. « Nous avons plutôt pas mal de réservations à compter du 23 janvier, au plus fort de février nous sommes à 70 % contre 90 % habituellement. A Noël, avant les annonces du gouvernement, nous étions à peu près à 60-70 % de réservations, ce qui n’est pas énorme. Après, on est descendu à moins de 20 %. On a perdu 80 % des réservations en quinze jours. »

« On dit souvent, grâce aux stations de ski, qu’un euro dépensé dans les remontées mécaniques rejaillit dans l’économie en ruissellement de 7 euros », rappelle le directeur de la station de Peyragudes. La peur de l’année blanche pointe. Sur les vacances de Noël, Laurent Garcia estime « à 3 millions d’euros facile de manque à gagner. Sans parler de la trésorerie qu’on aurait faite sur les réservations à venir, les ventes de forfaits par anticipation. Aujourd’hui on n’a rien en caisse alors qu’on devrait être à 4 millions. C’est énorme, on ne sait pas aujourd’hui comment on va honorer les échéances de fin janvier. »

Il ne comprend pas qu’on sacrifie la montagne, « des espaces de plein air, pas confinés, avec quatre personnes assises dans un télésiège ».

Dans les Vosges, on veut sauver les vacances de février

Des parkings qui débordent, certains accès bloqués… En Alsace, le Champ du feu a été victime de son succès aux lendemains du réveillon de la Saint-Sylvestre. « Oui, on a eu beaucoup de visiteurs, c’était sympa, mais ce n’est pas avec ça qu’on va vivre », nuance Henri Morel, l’un des principaux actionnaires de cette station située à une cinquantaine de kilomètres de Strasbourg.

La quinzaine de pistes du domaine a été damée pour les lugeurs et autres promeneurs mais le dirigeant aimerait maintenant revoir des skieurs les emprunter. « Nous sommes actuellement en activité minimale et ça n’a rien à voir avec une saison normale, poursuit-il. Alors oui les aides de l’Etat nous aident à amortir le choc mais elles n’amortissent pas les emprunts. Pour les moniteurs de ski, les exploitants des remontées mécaniques ou les loueurs de matériel, la situation est aussi grave dans les Vosges que dans le Jura ou les Alpes. Le problème devient cette incertitude dans laquelle on nous laisse. »

Henri Morel avait ainsi tenu prêt ses équipes pour une réouverture complète « ce week-end ». Contrairement à l’an dernier, la neige est tombée sur le massif « et on en a aussi produit pour la renforcer ». « Si on reporte d’une semaine le top départ, ce n’est pas trop grave mais il ne faudrait pas attendre fin janvier. Chez nous, les vacances de février représentent 50 à 60 % de notre activité et elles se préparent. Ou alors on nous dit qu’on restera fermé, ce que je ne souhaite pas, et on se mettra alors en situation d’arrêt d’activité. » Pour un deuxième hiver d’affilée bien maigre. « Comme si la saison d’été 2019 avait été prolongée de 24 mois », souligne l’actionnaire.