Affaire Duhamel : Pourquoi le parquet ouvre-t-il une enquête trente ans après les faits dénoncés ?

FAIT DIVERS Le politologue Olivier Duhamel est accusé d’inceste sur son beau-fils dans le livre « La Familia Grande », de Camille Kouchner, à paraître ce jeudi

Vincent Vantighem

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Paris, le 19 mai 2016. Olivier Duhamel photographié dans les couloirs de Sciences Po où il enseignait.
Paris, le 19 mai 2016. Olivier Duhamel photographié dans les couloirs de Sciences Po où il enseignait. — STEPHANE DE SAKUTIN / AFP
  • Lundi, Le Monde et L’Obs ont révélé les bonnes feuilles du livre La Familia grande, dans lequel Camille Kouchner dénonce les incestes que le politologue Olivier Duhamel aurait commis dans les années 1990.
  • En réaction, cet habitué des plateaux télé et spécialiste de la politique française a démissionné de toutes ses fonctions.
  • Même si les faits semblent prescrits, le parquet de Paris a annoncé, ce mardi, l’ouverture d’une enquête préliminaire.

On n’entendra sans doute plus sa voix dans les émissions politiques. Le politologue Olivier Duhamel a démissionné, ce lundi, de toutes ses fonctions après avoir été mis en cause dans un livre publié par sa belle-fille, Camille Kouchner. Celle-ci l’accuse d’avoir abusé de son frère jumeau alors que celui-ci avait 14 ans.

Selon son récit, les faits remontent à la fin des années 1980. Ils semblent aujourd’hui prescrits. Pour autant, le parquet de Paris a annoncé, ce mardi, l'ouverture d'une enquête préliminaire afin « de faire la lumière sur ces faits ». 20 Minutes revient sur toute cette affaire…

Sur quoi va exactement l’enquête préliminaire ouverte par le parquet va-t-elle porter ?

Peu avant 15h, ce mardi, le parquet de Paris a annoncé qu’il ouvrait une enquête préliminaire après la parution de plusieurs articles de presse mettant en cause Olivier Duhamel. L’enquête est ouverte des chefs de « viols et agressions sexuelles par personne ayant autorité sur mineur de 15 ans » et « viols et agressions sexuelles par personne ayant autorité ».

Elle a été confiée à la brigade de protection des mineurs (BPM) de la direction régionale de la police judiciaire de Paris. « Les investigations s’attacheront à faire la lumière sur ces faits, à identifier toute autre victime potentielle et à vérifier l’éventuelle prescription des faits. »

Le livre de Camille Kouchner, « La Familia Grande ».
Le livre de Camille Kouchner, « La Familia Grande ». - JOEL SAGET / AFP

Quelles sont les règles de la prescription en la matière ?

Les faits dénoncés semblent prescrits, même si seule l’enquête permettra de le savoir. En matière de crimes sexuels sur mineurs, la prescription en France est de 20 ans à compter de la majorité de la victime. D’après le récit de Camille Kouchner, Victor*, son frère jumeau, aurait été abusé par Olivier Duhamel en 1988, alors qu’il avait 14 ans. Le jeune homme est devenu majeur en 1992 et les faits auraient pu faire l’objet de poursuites durant les 20 années suivantes, soit jusqu’en 2012 ou 2013…

« Le sujet de la prescription en matière d’abus sexuels sur mineurs est brûlant, témoigne l’avocate Dominique Attias, reconnue pour son engagement sur ce terrain. Ces dernières années, de nombreuses voix se sont élevées pour l’allonger à 30 ans à partir de la majorité. Je suis réservée sur ce sujet. Si on le fait pour le viol sur mineur, pourquoi ne pas le faire pour les meurtres d’enfants ? Ou d’autres crimes ? Cela reviendrait à ouvrir une boîte de Pandore. Il ne faut pas réagir sous le coup de l’émotion… »

Les faits n’avaient-il vraiment pas été dénoncés plus tôt ?

Comme le laissait entendre Le Monde en révélant l’affaire ce lundi, ce n’est pas la première fois que les accusations d’inceste visant Olivier Duhamel sont portées à la connaissance de la justice. Dans son communiqué, le parquet de Paris confirme qu’une précédente procédure avait été classée sans suite en 2011. Celle-ci n’avait « donné lieu à aucun dépôt de plainte de la victime ni à audition du mis en cause », indique le parquet de Paris. Il n’est pas exclu que les faits dénoncés étaient déjà prescrits à cette époque.

Surtout, selon la journaliste Ariane Chemin, qui a rédigé l’article pour Le Monde, Victor aurait, lors de son audition, « déposé sur procès-verbal les éternels réflexes de culpabilité des victimes d’inceste » et refusé de porter plainte. « Ils ne vont quand même pas foutre en l’air ce que j’ai construit au boulot, avec mes enfants, ma vie ! », aurait-il même lâché à ses frère et sœur à ce propos.

Pourquoi Élisabeth Guigou est-elle mise en cause dans cette affaire ?

Ancienne ministre de la Justice, Élisabeth Guigou a été citée dans l’article du Monde comme étant l’une des personnes qui fréquentait le couple qu’Olivier Duhamel formait avec Évelyne Pisier au moment des faits. L’article laisse entendre qu’elle aurait pu être au courant des faits mais n’en avoir rien dit. Un problème, dans la mesure où Élisabeth Guigou vient d’être nommée à la tête d’une Commission sur les violences sexuelles faites aux enfants.

« Elle ne savait rien de tout ça, confie son entourage à 20 Minutes. Elle reconnaît qu’elle a côtoyé Olivier Duhamel dans les années 1990. Mais elle ignorait tout ça. » L’ancienne ministre socialiste pourrait même se servir de cette affaire comme d’un exemple, toujours selon son entourage : « Cela démontre que, comme tout le monde, elle connaissait des agresseurs et des victimes… »

Nommée à la tête de cette commission dotée d’un budget de 4 millions d’euros en décembre, Élisabeth Guigou assure avoir déjà commencé à travailler en recevant plusieurs associations de victimes. Elle doit boucler le recrutement de son équipe d’ici au mois de mars.