Lyon : Des enseignants en grève pour soutenir l’un de leurs collègues agressé après l’hommage rendu à Samuel Paty

LAICITE Le 9 novembre, l’enseignant a été violemment pris à partie par un parent d’élèves pour avoir, une semaine plus tôt, rendu hommage à Samuel Paty

Caroline Girardon

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Le collège des Battières à Lyon.
Le collège des Battières à Lyon. — C. Girardon / 20 Minutes
  • Depuis lundi, les enseignants du collège des Battières de Lyon sont en grève pour soutenir l’un de leurs collègues agressé par un parent d’élèves.
  • Ils dénoncent le silence du rectorat.
  • Le professeur a été violemment pris à partie le 9 novembre pour avoir rendu hommage à Samuel Paty une semaine plus tôt.

Il pense désormais « nourrir des estomacs plutôt que des cerveaux ». Un enseignant d’histoire-géographie du collège des Battières, situé dans le 5e arrondissement de Lyon, a été contraint de ranger ses stylos, ses cahiers et ses manuels scolaires pour se tourner à l’avenir vers les fourneaux. Faute de solutions. Lâché par sa hiérarchie.

Lundi, jour de la rentrée scolaire, l’homme n’a pas repris sa place dans les salles de classe. Ses collègues se sont mis en grève pour le soutenir et dénoncer le silence du rectorat. Un mouvement qui s’est poursuivi ce mardi. Le 9 novembre, le professeur en question a été victime d’une agression verbale. Violemment pris à partie, en public et devant les grilles de l’établissement, par l’un des parents d’élèves lui reprochant d’avoir parlé de Samuel Paty et d’avoir assimilé les musulmans à des terroristes, une semaine plus tôt lors de l’hommage national rendu à l’enseignant décapité.

Samuel Paty avait enseigné dans ce même collège

Depuis, l’enseignant est en arrêt maladie. Il songe sérieusement à changer de métier. « J’ai demandé un apaisement, une conciliation. Tout m’a été refusé par la famille, y compris un entretien avec les enfants pour rétablir la réalité des propos que j’avais tenus. Des propos que tous les autres élèves reconnaissent d’ailleurs. Mais les parents réaffirment leurs positions, à savoir que je ne peux pas évoquer la mort de Samuel Paty, ni faire de géopolitique en cours alors qu’il s’agit même de commandes de l’Etat », a expliqué lundi le principal intéressé devant les caméras de France 3. Aujourd’hui, l’homme fuit les médias. Ses confrères ne se montrent guère plus bavards.

« Notre collègue n’a jamais tenu les propos qui lui sont reprochés », affirme anonymement cette professeure de SVT, précisant que le principal intéressé avait porté plainte contre la famille pour agression et diffamation. « C’est perturbant lorsque l’on sait que Samuel Paty a enseigné dans ce même collège au début de sa carrière en tant que professeur stagiaire », glisse un autre enseignant. Lui aussi se dit « solidaire » : « Je reproche à l’institution d’avoir attendu et de ne pas avoir traité ce problème rapidement. »

« Depuis, plusieurs manquements graves au règlement intérieur se sont produits. Nous attendions une réponse forte de l’institution… qui n’est pas venue », poursuit sa collègue, « révoltée ». Et de déplorer : « Cela ne nous permet pas d’exercer nos missions dans des conditions sereines. »

« Il était dans le cadre de ses fonctions. Il faisait son métier »

Les parents d’élèves, eux aussi, ont été « scandalisés » par ce qu’il s’est passé. « On voit un professeur quitter l’établissement. Pourquoi devrait-il partir et se sentir mal à l’aise dans le collège ? », s’interroge Isabelle, présidente de l’association des parents d’élèves, rencontrée à l’issue d’une réunion qui s’est tenue mardi matin. « Cet enseignant est apprécié des élèves. Il est reconnu, depuis plusieurs années, pour son dévouement et la qualité de ses cours. Le plus incompréhensible est que sa voix ne porte pas alors qu’il devrait y avoir une réponse forte de la hiérarchie », poursuit la mère de famille.

« Il était dans le cadre de ses fonctions. Il faisait son métier », se désole à son tour un père tout aussi interloqué par la tournure qu’ont pris les événements. Et de conclure : « On attend que les institutions se manifestent. Aujourd’hui, on ne voit pas de signe fort, ça génère de l’anxiété pour nos enfants, pour les parents. Et on aimerait retrouver un peu de sérénité. »

Une délégation de parents et d’enseignants doit être reçue ce mardi en fin d’après-midi au rectorat.