Compiègne : Deux militants anti-chasse blessés et un cerf tué lors d’une chasse à courre

HALLALI La tentative de sauver un cerf lors d’une chasse à courre en forêt de Compiègne s’est terminée à l’hôpital pour deux militants de l’association « Abolissons la vénerie aujourd’hui »

Mikaël Libert

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Le cerf tué samedi par un équipage de chasse à courre à Compiègne.
Le cerf tué samedi par un équipage de chasse à courre à Compiègne. — AVA
  • Avec le déconfinement, les veneurs ont pu reprendre leurs activités de chasse à courre.
  • Une chasse avait été organisée, samedi, dans la forêt domaniale de Compiègne, dans l’Oise.
  • Deux militants anti chasse ont terminé à l’hôpital pour avoir tenté de filmer la mort d’un cerf.

Perturbés dans leur pratique de la chasse à courre en raison des confinements liés à l’épidémie de coronavirus, les veneurs sont de retour dans les bois. C’était le cas, samedi, en forêt de Compiègne, dans l’Oise, avec l’équipage « La futaie des amis » mené par son chef controversé, Alain Drach. Sur les talons des chasseurs, une vingtaine de militants de l’association AVA (Abolissons la vénerie aujourd’hui) dont deux ont été blessés en voulant filmer la mise à mort d’un cerf.

A peine âgée de 19 ans, Keely passe la plupart de ses mercredis et samedis en forêt de Compiègne avec ses camarades d’AVA, association anti chasse à courre dont elle est membre depuis quatre ans déjà. Samedi dernier, les militants s’étaient donc donné rendez-vous dans les bois pour perturber la sortie de l’équipage de vénerie La futaie des amis. Par perturber, les militants entendent filmer, suivre les chasseurs et les perturber suffisamment pour que l’animal poursuivi s’en sorte vivant. Les tensions entre pro et anti sont constantes sans toutefois virer systématiquement à la bagarre.

« Il est beau le cerf. Ben maintenant il est mort »

Samedi, donc, la chasse avait commencé à 10 h 30. « Ils ont trouvé un cerf assez vite, ce qui fait que l’animal a été poursuivi près de 3heures par les chasseurs », raconte Keely. Après tout ce temps, l’animal, épuisé, a tenté de trouver refuge dans un étang. C’est à partir de ce moment que les choses ont dégénéré. « Une quinzaine de militants sont allés dans l’eau en criant aux chasseurs de ne pas tirer. Malgré le risque de nous blesser, le cerf a été abattu d’un coup de feu », poursuit la jeune femme. « Il était beau le cerf. Ben maintenant il est mort », a même lâché un suiveur de l’équipage.

Lorsque les chasseurs ont sorti l’animal de l’eau, certains ont tenté d’empêcher les militants de filmer la scène. Sur la vidéo publiée par AVA, on voit d’ailleurs clairement des chasseurs violenter des opposants. « Un de mes amis se faisait tabasser alors j’ai filmé avec mon téléphone en criant. Là, un des veneurs a tenté de m’arracher mon téléphone puis m’a poussée et je me suis cogné le dos dans un arbre en tombant du talus », assure Keely.

Alain Drach réfute les accusations de violence

La jeune femme a d’ailleurs été transportée dans une civière à l’hôpital et n’a pu ressortir que le soir. Un autre militant a lui aussi été hospitalisé, blessé par un coup de sabot. « On a déposé quatre plaintes pour des faits de violences en réunion », déclare Keely.

« Je dénie toute action violente de la part des chasseurs et des veneurs », a pour sa part déclaré le maître d’équipage, Alain Drach, à nos confrères de Oise Hebdo. Un homme qui avait déjà fait parler de lui à de nombreuses reprises par le passé. En octobre 2017, il avait achevé à coups de fusil un cerf qui s’était réfugié dans le jardin d’une habitation à Lacroix-Saint-Ouen, dans l’Oise. Un acte qui avait suscité une vague d’indignation jusqu’au ministère de la Transition écologique, où le ministre de l’époque, Nicolas Hulot, avait dénoncé une « pratique d’une autre époque ».