Vaccination : Comment le gouvernement compte-t-il accélérer la cadence ?

PANDEMIE Le gouvernement se donne comme objectif 27 millions de vaccinations contre le Covid-19 en France d’ici l’été

Lucie Bras

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Vaccination en France: 15 millions de personnes vaccinés au printemps, vraiment? — 20 Minutes
  • Une semaine après le début des vaccinations, un peu plus de 500 personnes ont été vaccinées contre le coronavirus en France. 
  • Le gouvernement, accusé d'avoir mis en place une stratégie trop lente, s'est fixé comme objectif de parvenir à vacciner un million de personnes à risques d'ici février, et 27 millions d'ici l'été.
  • Peut-il y arriver ? Oui, car des solutions pour accélérer la vaccination existent, estiment Pascal Crépey, épidémiologiste à l'Ecole des hautes études en santé publique à Rennes, et Caroline de Paw, directrice de l’URPS médecins des Hauts-de-France.

Un « scandale d’Etat ». Le président de la région Grand Est Jean Rottner a vivement blâmé, ce lundi, la lenteur de la campagne de vaccination contre le coronavirus en France. Une petite phrase qui vient gonfler  le concert de critiques de plus en plus audibles qui vise la stratégie gouvernementale, alors qu' un peu plus de 500 personnes étaient vaccinées au 1er janvier.

En réaction, le gouvernement a multiplié les messages ces dernières heures : une « réunion de suivi » de la vaccination organisée ce lundi à l’Elysée et la promesse, hier soir, du ministre des Transports Jean-Baptiste Djebbari d’arriver à vacciner 27 millions de Français d'ici l'été. Ce lundi, le ministre de la Santé Olivier Véran a affirmé que « plusieurs milliers de vaccinations » ont été réalisées dans le pays. L’objectif du million de personnes vaccinées d’ici à la fin février « sera tenu », avait de son côté assuré mercredi le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal. Au vu de la lenteur du processus, le gouvernement peut-il atteindre ses objectifs ?

Prudence sur le vaccinodrome

Oui, affirment de concert Pascal Crépey, enseignant-chercheur en épidémiologie à l’Ecole des hautes études en santé publique, et Caroline de Paw, directrice de l’Union régionale des professionnels de santé (URPS) médecins des Hauts-de-France. «Le vaccin Pfizer demande une logistique assez importante et très exigeante. Tout ça nécessite une coordination rapide et des moyens qui n’existaient pas jusqu’ici », explique-t-elle. Mais l’administration est « en train d’accélérer sur les livraisons de superfrigos pour le conserver et d’améliorer le plan logistique », affirme-t-elle.

Pour ce vaccin fragile, « le concept de « vaccinodromes » aurait été particulièrement adapté pour faciliter ces problématiques de stockage et de conservation », complète Pascal Crépey. « Mais ce n’est pas la stratégie retenue par le gouvernement, à cause de la mauvaise expérience de l’épidémie de grippe H1N1 de 2009 ». Quand il s’agira de vacciner la population générale, le chercheur préconise de créer des centres de vaccination pour « permettre à ceux qui n’ont pas de médecin traitant d’aller facilement se faire vacciner quand ils le souhaitent », afin de soulager le réseau de médecine libérale et d’éviter les goulots d’étranglement. « Le fait de tout avoir sur place, médecin et vaccin, ça pourrait faciliter les choses », complète-t-il.

L’indispensable médecin traitant

A mi-chemin, Caroline de Paw voit plutôt des regroupements de médecins sur certains territoires. « On reste convaincu que d’échanger avec son médecin habituel, ça a du sens, ça aide à convaincre. Des professionnels d’un même territoire sont déjà en train de s’organiser pour proposer des endroits de vaccination facilités. Ça devrait pouvoir s’organiser intelligemment, comme on a déjà fait sur les PCR. »

Sur ce point, les deux spécialistes s’accordent : le médecin de ville, acteur majeur de la santé, doit être impliqué dans le processus de vaccination. « Ça demande de l’organisation en termes de logistique mais c’est possible car le vaccin peut se conserver pendant cinq jours. Si les médecins vaccinent suffisamment, il ne devrait pas y avoir de problème de péremption », rassure Pascal Crépey.

« A moyen terme, on aura d’autres vaccins que celui-là, qui nécessitent une logistique beaucoup moins importante, comme celui de Moderna. Les cabinets de ville pourront vacciner et la vaccination sera simplifiée », indique Caroline de Paw.

La grande inconnue

Autre solution à portée du gouvernement : l’implication des pharmaciens dans l’injection de la deuxième dose. « La première injection ne peut pas se faire dans les pharmacies, néanmoins la question peut se poser pour la deuxième dose. Si les patients n’ont pas fait de réaction allergique la première fois, il est peu probable que la réaction se fasse lors de l’injection de la deuxième dose », explique Pascal Crépey. Un recours aux pharmaciens qui démultiplierait les capacités de vaccinations, grâce au réseau de 22.000 officines implantées dans le pays.

Cette solution viendra peut-être se greffer à la stratégie vaccinale du gouvernement, qui s’adapte déjà petit à petit : cette semaine, la question du délai a été simplifiée et permet désormais d’être vacciné immédiatement après avoir donné son consentement. Olivier Véran a également annoncé que les personnels soignants de plus de 50 ans ou présentant une comorbidité vont pouvoir être vaccinés en priorité, une mesure qui comprend aussi les médecins généralistes.

Pour Caroline de Paw, il reste cependant encore une inconnue : l’adhésion de la population au vaccin. « On entend tout et son contraire, on ne sait pas encore si nos cabinets seront vides ou s’il y aura foule », explique la médecin. « Tout le monde a envie de passer à autre chose, on a tous envie de jours nouveaux, mais il faut aussi se laisser le temps de faire les choses correctement. »