« Dry January » : « On viendra à bout de la pandémie mais les problèmes d’alcool, eux, demeurent », rappelle Bernard Basset

VERRE DE TROP C’est la deuxième édition française du « Défi de janvier », adapté d’une campagne lancée en 2013 en Angleterre

Propos recueillis par Lucie Bras

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La deuxième édition du Défi de janvier a commencé, malgré la pandémie.
La deuxième édition du Défi de janvier a commencé, malgré la pandémie. — Pixabay
  • Le « Janvier sobre » ou « Défi de janvier », qui lance ce mois-ci sa deuxième édition en France, consiste à ne pas boire d’alcool pendant un mois.
  • Pour les associations à l’origine de l’initiative, il n’était pas question d’annuler cette édition à cause de l’épidémie de coronavirus. Au contraire, elles souhaitent installer définitivement ce rendez-vous en France.
  • « Le défi de janvier, c’est essayer de faire une pause. Si on n’en est pas capable, on doit s’interroger », estime Bernard Basset, président de l’association Addictions France.

Après dix mois de pandémie, on l’avait un peu oublié. Pourtant le «Dry January» ou « Défi de janvier » revient cette année pour sa deuxième édition. On rappelle le principe : les participants s’engagent à ne pas boire d'alcool pendant un mois. L’an dernier, un Français sur 10 avait tenté l’expérience.

Une année particulière pour les associations qui veulent continuer à sensibiliser sur les problèmes liés à la consommation d’alcool malgré l’épidémie de coronavirus. En mai, juste après le premier confinement, 11 % des Français ont déclaré à Santé publique France que leur consommation d'alcool a augmenté pendant cette période. Pour 65 %, elle était restée stable. Bernard Basset, président de l’association Addictions France, qui participe à l’édition 2021 du « Défi de janvier », a répondu aux questions de 20 Minutes.

Couvre-feu, confinements, maladie… Après tout ce que l’on a vécu cette année, cette édition 2021 du dry january sera-t-elle particulière ?

Pendant le confinement, si une partie de la population a augmenté sa consommation d’alcool, la plupart des gens l’ont maintenue ou baissée, car les occasions de boire ont diminué en 2020, par définition. Ceux qui buvaient lors de sorties entre amis ou d’occasions particulières ont ainsi baissé leur consommation. C’est un résultat positif !

Pour autant, il y a des invariants : pandémie ou pas, les gros déterminants de la santé restent les mêmes et l’alcool en est un. On viendra à bout de l’épidémie de coronavirus mais les problèmes de consommation d’alcool, eux, demeurent. On souhaite aussi instaurer ce rendez-vous dans la durée, donc malgré le contexte, on ne l’a pas annulé.

Va-t-on être aidé par les mesures sanitaires comme la fermeture des bars ou le couvre-feu ?

Il est clair que ces obstacles à la consommation d’alcool induisent une baisse de la consommation chez une grande partie de la population. Ça rend probablement plus facile ce défi de janvier.

Quels conseils pour ceux qui hésitent encore ?

Il faut qu’ils essaient et qu’ils constatent les bénéfices sur leur santé. Ces bénéfices, on les connaît : c’est un meilleur sommeil, plus de concentration, une peau plus lisse et tendue. On a même des bénéfices à terme car les gens qui ont fait le « défi de janvier » consomment moins d’alcool par la suite.

Sur les réseaux sociaux, on a mis en place des aides pour que les milliers de participants s’encouragent, qu’ils sachent qu’ils ne sont pas seuls mais qu’ils font partie d’une mobilisation plus large. Il y a même des petits conseils sur la manière dont on peut gérer le refus de boire quand on est dans des réunions entre amis. C’est une situation difficile qu’on rencontre tous. Moi, par exemple, quand je vois des amis, je commence par dire : « c’est le mois de janvier, je ne bois pas d’alcool. » Aujourd’hui, c’est plutôt regardé avec sympathie : on constate une plus forte acceptation des gens, ça n’est plus moqué comme avant malgré la relation prégnante de notre société à l’alcool.

Quels signes doivent alerter ?

Le signe le plus simple et le plus fiable, c’est quand on ne peut pas se passer de boire de l’alcool pendant un jour ou deux. Il faut alors se poser des questions. Cette opération, le « défi de janvier », c’est essayer de faire une pause. Si on n’en est pas capable, on doit s’interroger.