Strasbourg : L’association « Ru’elles » a déjà libéré la parole mais veut aller plus loin contre le harcèlement de rue

2021 A DU TALENT L’année 2021 a débuté et « 20 Minutes » vous présente celles et ceux qui vont l’animer par leur créativité, leur performance ou leur bienveillance. A Strasbourg, Tiphany Hue a de nombreux projets pour son association Ru’elles, une des révélations de 2020

Thibaut Gagnepain

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Tiphany Hue, la présidente de Ru'elles Strasbourg.
Tiphany Hue, la présidente de Ru'elles Strasbourg. — Tiphany Hue
  • En ce début d'année, 20 Minutes vous présente celles et ceux qui feront l'actu en 2021 grâce à leur  action associative, leur performance sportive, leur esprit d'entreprise ou leur créativité.
  • A Strasbourg, Tiphany Hue a lancé une association, Ru'elles, qui lutte contre le harcèlement de rue. La structure a déjà beaucoup fait parler d'elle en 2020 et devrait encore se développer.
  • La fondatrice ne manque pas de projets : une application pourrait bientôt voir le jour pour aider toutes les victimes de harcèlement de rue, notamment à se réfugier chez un commerçant partenaire.

Deux jeunes filles rouées de coups pour avoir refusé les avances de leur assaillant fin août puis, en septembre, une étudiante qui aurait été frappée au prétexte qu’elle portait une jupe… Le harcèlement de rue est revenu sur le devant de la scène médiatique en 2020 dans la capitale alsacienne.

C’est justement pour lutter contre ce phénomène que Tiphany Hue a lancé « Ru’elles Strasbourg » l’été dernier, devenue depuis une véritable référence. Plus de 5.000 personnes adhèrent aujourd’hui au groupe Facebook fermé qu’elle gère, sans oublier les près de 10.000 abonnés du compte Instagram « strasbourgeoises.vigilantes. » La maire de la ville Jeanne Barseghian n’hésite, elle, pas à citer l’association lorsqu’elle évoque le sujet.

« C’est au déconfinement que j’ai constaté que beaucoup de jeunes femmes étaient embêtées », rembobine la fondatrice. « Il y avait beaucoup de témoignages sur le groupe Facebook « Etudiants de Strasbourg » et ça allait crescendo. Quand certaines parlaient, d’autres se libéraient. J’avais moi-même été victime de harcèlement quand j’étais étudiante mais j’ai eu l’impression que c’était devenu de pire en pire ici. C’est pour ça que j’ai eu envie d’agir pour que ça change. »

La parole des victimes libérée

Fin juillet, l’ancienne élève de l’école de management (EM) Strasbourg a alors « créé une carte sur Google Map pour signaler où avaient lieu les agressions. » Travail fastidieux… et « trop complexe ». Le 24 juillet, elle lançait le fameux groupe « Témoignages & soutien violences sexistes de rue – Strasbourg » sur Facebook, qui a très vite pris de l’ampleur.

« En cinq jours, on était déjà 1.000 dedans », se souvient Tiphany Hue, 26 ans et arrivée en Alsace en 2014 de ses Yvelines natales. « J’ai dû demander de l’aide à mon compagnon car il y avait beaucoup de demandes, il fallait modérer et ne pas accepter n’importe qui. Il y a un questionnaire et on évite au maximum d’accepter les faux profils. » Le groupe a d’abord permis de libérer la parole de nombreuses victimes et de diffuser des messages d’alertes, avant de mener d’autres actions.

« Le harcèlement de rue ne va pas devant les tribunaux »

« Déjà, on propose systématiquement d’accompagner les personnes au commissariat », reprend la présidente bénévole de l’association, autoentrepreneuse en rédaction et traduction dans le civil. « On a aussi proposé un stage de self-défense, fait des lives avec des intervenants, organisé des groupes de parole etc. » Grâce à des appels à témoins lancé par « Ru’elles Strasbourg », une enquête a aussi été ouverte à propos d'un étudiant d'une soixantaine d'années. Il se serait rendu coupable d'agressions et de harcèlement à l'Université.

« Ça a été l’une de nos grandes victoires », avoue Tiphany Hue sans trop savourer. Comme si cette affaire n’était qu’un épiphénomène. « Le harcèlement de rue ne va pas devant les tribunaux en France. Nous, on fait ce qu’on peut à notre échelle mais derrière, il ne se passe malheureusement pas grand-chose… Il y a une barrière et tant qu’on ne mettra pas les moyens, comme dans la formation des policiers par exemple ou dans l’éducation des jeunes, ça ne changera pas. »

Bientôt une application dédiée

Ça n’empêche pas l’association, officiellement créée depuis septembre, de continuer à avoir des projets. Pour 2021, elle travaille avec la Compagnie des transports strasbourgeois (CTS) en vue d’une campagne de sensibilisation. En parallèle, une application devrait voir le jour « avant les vacances d’été ». « On verrait où ont lieu les cas de harcèlement et on est en train de créer des partenariats avec les commerçants où les victimes pourraient se réfugier », détaille encore Tiphany Hue qui aimerait aussi que son concept se développe un peu partout en France. « Je ne pense pas qu’il n’y a qu’à Strasbourg qu’il y a du harcèlement de rue… »

Une association féministe ? Oui et non

Tiphany Hue le reconnaît, « la cause est féministe, il ne faut pas mentir ». Une fois dit cela, elle ne veut surtout pas que « Rue’Elles Strasbourg » soit répertoriée comme une association féministe. « Moi, je veux parler à tout le monde », explique la présidente. « Aujourd’hui, le féminisme est connoté idéologiquement et je ne veux pas qu’on nous enferme dans une case. On veut parler de notre cause au grand public et toutes les personnes sont les bienvenues. On a besoin de moyens. »