Coronavirus : « Une partie de la population a basculé dans l'extrême pauvreté, c’est ça le véritable impact de la crise »

PRECARITE Depuis le début de l’épidémie de coronavirus, le Secours populaire estime que le nombre de bénéficiaires a augmenté de 45 % en France

Manon Aublanc

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Une distribution alimentaire du Secours populaire à Bourgoin Jallieu durant la crise sanitaire de 2020 due au coronavirus.
Une distribution alimentaire du Secours populaire à Bourgoin Jallieu durant la crise sanitaire de 2020 due au coronavirus. — ALLILI MOURAD/SIPA
  • La crise sanitaire liée à l’épidémie de coronavirus a engendré des difficultés économiques pour beaucoup de Français. Les conditions de vie des personnes en situation de précarité se sont dégradées et de nouvelles personnes ont été frappées de plein fouet par la crise.
  • Le Secours populaire a aidé 1.270.000 personnes pendant les deux premiers mois de confinement, 45 % d’entre elles n’étaient pas connues de l’association.
  • Selon Marie-Françoise Thull, secrétaire générale du Secours populaire en Moselle et membre du bureau national de l’association, le constat est simple : « Les pauvres sont devenus encore plus pauvres. »

« Avec la crise, les gens qui étaient en situation de précarité ont basculé dans la pauvreté, voire l’extrême pauvreté. » Pour le Secours populaire, il y a urgence. En raison de la crise liée à l’épidémie de coronavirus, le nombre de bénéficiaires de l’association a explosé depuis le mois de mars.

Chômage partiel, licenciement, contrats annulés ou non renouvelés… L’impact économique de la crise sanitaire est encore difficile à quantifier, mais une chose est sûre, la situation des personnes précaires s’est nettement aggravée. 20 Minutes fait le point en trois questions.

La crise sanitaire a-t-elle fait augmenter le nombre de bénéficiaires du Secours populaire ?

La situation laisse peu de place au doute : depuis le début de l’épidémie de coronavirus, le Secours populaire estime que le nombre de bénéficiaires a augmenté de 45 % en France. En 2019, plus de 3,3 millions de personnes avaient bénéficié du Secours populaire, à travers l’aide alimentaire, le paiement des loyers ou des factures, les départs en vacances.

Pour les seuls deux premiers mois de confinement, en mars et en avril 2020, l’association a aidé 1.270.000 personnes, selon un baromètre Ipsos réalisé en septembre dernier. « En Moselle par exemple, on a eu entre 40 et 50 % de personnes supplémentaires en 2020. L’an dernier, on avait aidé entre 26.000 et 28.000 personnes dans le département. Cette année, on va largement exploser le plafond des 30.000 personnes », déplore Marie-Françoise Thull, secrétaire générale de l’association en Moselle et membre du bureau national du Secours populaire.

Le public bénéficiaire a-t-il changé avec la crise ?

Familles monoparentales, personnes âgées, travailleurs étrangers, mais aussi intérimaires, indépendants, étudiants, aides à domiciles, personnes en situation de handicap ou encore artisans… Avec la crise sanitaire, beaucoup ont basculé dans la précarité, et notamment des personnes qui n’étaient pas connues de l’association d’aide sociale auparavant : « Ce qui a changé, c’est le type de public. Avant, les bénéficiaires étaient des personnes que l’on peut qualifier de marginales. Avec la crise, on a aidé beaucoup plus de familles avec des enfants, parfois très jeunes, et pas forcément des familles monoparentales », explique Marie-Françoise Thull. « Il y a beaucoup de gens qui ont perdu leur boulot, de personnes en intérim ou qui n’avaient pas assez cotisé, des demandeurs du RSA », ajoute-t-elle.

L’autre public, c’est évidemment les étudiants. Touchés de plein fouet par la crise, ils sont nombreux à avoir perdu leurs petits boulots. « Sur le campus de Metz, on aide entre 200 et 300 étudiants par semaine. Pour la plupart, ce sont des jeunes entre 18 et 22 ans qui sont loin de chez eux, qui n’ont pas de ressources. On a vu aussi beaucoup d’étudiants en situation de handicap qui ne sont pas pris en charge », poursuit la secrétaire générale de l’association en Moselle. « On arrive à des situations que je n’avais jamais vues avant. Les pauvres sont devenus encore plus pauvres. Entre le premier et le deuxième confinement, la situation s’est nettement aggravée. Les gens qui étaient en situation de précarité ont basculé dans la pauvreté, voire l’extrême pauvreté, c’est ça le véritable impact de la crise », regrette Marie-Françoise Thull.

Le Secours populaire a-t-il reçu des aides ?

« La première aide, c’est d’abord celle des bénévoles », se réjouit la membre du bureau national de l’association, se félicitant de l’afflux de jeunes venus prêter main-forte en Moselle. Depuis le début de la crise, 5.000 nouveaux volontaires, parmi lesquels 25 % de moins de 25 ans, ont rejoint les 81.855 bénévoles du Secours populaire en France. Côté dons, « on a été aidés plus que ce que l’on s’imaginait au départ », reconnaît Marie-François Thull. « Il y a eu beaucoup de dons de particuliers, plus que d’habitude. »

Mais ce n’est pas tout, le Secours populaire a également bénéficié d’aides institutionnelles : « L’Union européenne a doublé le Fonds européen d’aide aux plus démunis (FEAD) et l’Etat nous a versé des subventions conséquentes », admet-elle. Ces aides sont-elles suffisantes ? « Malheureusement non. Malgré tout, il nous manque des moyens, car les besoins sont de plus en plus grands. Les gens ont besoin d’aide alimentaire, mais ils ont aussi besoin d’aide pour payer leurs loyers, l’électricité, le chauffage. Le Secours populaire n’a jamais payé autant de factures que depuis le début de la crise », déplore la secrétaire générale qui craint que les mois à venir n’aggravent encore plus la pauvreté en France. A l’échelle mondiale, l’ONU estime que la pandémie de Covid-19 pourrait faire basculer, d’ici fin 2020, plus de 130 millions de personnes supplémentaires dans la faim à travers le monde.