Coronavirus : Attention à ces publications affirmant que des vaccins anti-Covid provoqueraient des infections au VIH

FAKE OFF Une publication sur Twitter laisse penser que des vaccins contre le Covid-19 provoqueraient des infections au VIH. Si une publication de la revue « The Lancet » est à l’origine de la polémique, la réalité est bien plus complexe

Tom Hollmann
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Une infirmière injecte une dose du vaccin Pfizer/BioNTech contre le Covid-19 à un patient, à Jérusalem, le 22 décembre dernier
Une infirmière injecte une dose du vaccin Pfizer/BioNTech contre le Covid-19 à un patient, à Jérusalem, le 22 décembre dernier — Debbie Hill/UPI//SIPA
  • Une publication sur Twitter, renvoyant vers un site d’informations indien, laisse penser que des vaccins contre le Covid-19 provoqueraient des infections au VIH.
  • A l’origine de la polémique : une publication de quatre chercheurs dans la revue scientifique The Lancet, alertant sur le risque de l’utilisation de vaccins faisant appel à des adénovirus de type 5 sur les populations à risque du VIH.
  • Que sont les adénovirus ? Quels vaccins y font appel ? Et que faut-il en déduire ? 20 Minutes fait le point.

Des vaccins contre le Covid-19 peuvent-ils provoquer des infections au VIH ? C’est ce que laisse entendre le vidéaste Silvano Trotta, « covido-sceptique », dans une publication devenue virale lundi dernier sur son compte Twitter.

Pour étayer son propos, cet ancien dirigeant du Syndicat des télécommunications d’entreprise, désormais reconverti dans l’ufologie, met en lien un article de Great Game India – un site d’actualité indien déjà signalé par le magazine américain Wired pour avoir diffusé de fausses informations sur le nouveau coronavirus – intitulé : « Researchers warn COVID-19 vaccines may cause HIV infection » (« Des chercheurs alertent que les vaccins contre le Covid-19 pourraient causer des infections au VIH »).

En cause, dans cette publication, un autre article, publié cette fois dans la revue scientifique The Lancet le 19 octobre dernier. Des chercheurs y mettent en garde contre « l’utilisation de vaccins à vecteur adénovirus de type 5 (Ad5) sur les populations à risque du VIH ». Que sont ces vecteurs et que faut-il en déduire ? 20 Minutes vous explique.

FAKE OFF

En premier lieu, il convient de rappeler ce que sont les adénovirus. Ils font partie d’une famille de virus (Adenoviridae) qui regroupe une centaine de variétés différentes et dont environ quarante d’entre elles peuvent infecter l’être humain. D’après le site d’information Futura, les adénovirus sont très répandus dans la nature et causent des pathologies le plus souvent bénignes, telles des pharyngites, des conjonctivites, ou encore des gastro-entérites. « Nous avons tous déjà été infectés par des adénovirus et avons par conséquent tous développé des formes d’immunité à leur égard », explique à 20 Minutes Morgane Bomsel, directrice de recherche au CNRS et responsable d’un laboratoire travaillant sur le VIH à l’institut Cochin.

Quel rapport avec les vaccins ?

« Les adénovirus sont de très bons vecteurs immunogènes, pourvus d’un génome relativement souple. Cela permet une utilisation efficace, que ce soit pour le développement de vaccins ou en thérapie génique », développe Morgane Bomsel. En clair, les adénovirus sont efficaces pour transporter les petites parties de la maladie que l’on inocule dans l’organisme afin que ce dernier puisse développer une immunité. De plus, de par leur génome, ils sont facilement modifiables génétiquement par les scientifiques, de manière à éviter l’apparition d’effets indésirables pour l’homme.

D’après le site News Medical Science, les vaccins basés sur des adénovirus sont ainsi généralement sûrs et ne provoquent que très peu d’effets secondaires.

Pourquoi le « Lancet » tire-t-il la sonnette d’alarme ?

Pour comprendre l’inquiétude des quatre chercheurs du Lancet dans l’article en question, il faut remonter à 2007. A l’époque, la société pharmaceutique Merck travaillait à la conception d’un vaccin anti-VIH basé sur une variante d’adénovirus, le fameux adénovirus de type 5. Problème : un essai baptisé STEP, contrôlé par placebo, avait alors révélé que les hommes non circoncis qui avaient été naturellement infectés par Ad5 avant de recevoir le candidat vaccin devenaient particulièrement vulnérables au virus du SIDA.

Si les raisons de cette augmentation du risque d’infection au VIH restent obscures, d’après The Lancet, une conférence organisée par le National Institute of Health (NIH), conduite par le docteur Anthony Faucy (le Monsieur « crise sanitaire » américain), recommandait alors de mettre fin à l’utilisation d’Ad5 comme vecteur dans les vaccins contre le VIH. Une nouvelle qui avait mis à mal près de vingt années de recherches.

Quels sont les vaccins anti-Covid concernés ?

Aujourd’hui, trois vaccins de premier plan contre le Covid-19 font appel à des adénovirus : celui du Britannique AstraZeneca, celui de l’Américain Johnson & Johnson et celui du Russe Gamaleya, plus connu sous le nom de Sputnik V. Mais attention, ces derniers « n’utilisent pas Ad5 comme vecteur, précise Morgane Bomsel, mais d’autres variantes d’adénovirus. Concernant ces dernières, il n’y a aucune preuve qu’elles puissent augmenter le risque d’infection par le VIH ».

Quatre candidats vaccins font appel au vecteur Ad5 dans le monde, d’après le magazine Science. Le plus avancé est celui de l’entreprise chinoise CanSino Biologics, testé dans des essais d’efficacité en Russie et au Pakistan. La société chinoise a notamment mis au point un vaccin contre Ebola, utilisant le même vecteur Ad5. Questionné par Science sur le risque de sensibilité accrue au VIH, le PDG, Yu Xuefeng, a déclaré que bien « qu’il n’y ait pas encore de réponse claire sur le sujet », l’expérimentation du vaccin contre Ebola dans une zone qui avait une prévalence au VIH relativement élevée – le Sierra Leone – « n’avait certainement pas confirmé » cette hypothèse.