La gare Victoria à Londres, quasi déserte lundi 21 décembre 2020.
La gare Victoria à Londres, quasi déserte lundi 21 décembre 2020. — Ben Cawthra/Shutterstock/SIPA

TEMOIGNAGES

Coronavirus : L'arrêt des liaisons avec le Royaume-Uni, un « coup terrible au moral » pour les Français bloqués là-bas

À quelques jours de Noël, la possibilité pour les Français installés au Royaume-Uni de revenir sur le territoire national reste encore incertaine

  • La France a suspendu depuis dimanche minuit et pour 48 heures tous les déplacements de personnes en provenance du Royaume-Uni, après l’apparition d’une souche du coronavirus jugée très virulente.
  • Un délai « nécessaire » selon l’exécutif pour permettre de définir un protocole sanitaire spécifique pour les ressortissants installés outre-Manche et pour bâtir des « solutions » de retour à l’occasion des fêtes de fin d’année.
  • Mais pour les milliers de Français qui résident au Royaume-Uni, cette nouvelle restriction suscite angoisses et colère, après une année éprouvante.

« Je sais que c’est contraignant et que cela crée des angoisses ». Invité sur la chaîne LCI, quelques heures après l’annonce de l’arrêt de la liaison entre la France et le Royaume-Uni, le Secrétaire d’Etat chargé des affaires européennes, Clément Beaune, a tenu à s’adresser aux Français résidants de l’autre côté de la Manche. Après une année aussi éprouvante que la nôtre, les citoyens français installés au Royaume-Uni ont reçu ce week-end un nouveau coup de massue. À quelques jours des fêtes de fin d’année, le pays de Boris Johnson affronte une nouvelle souche du coronavirus, plus contagieuse encore que celle qui circulait jusqu’ici.

Pour limiter les risques de contaminations, la France et d’autres Etats européens ont annoncé dimanche la suspension, pour quarante-huit heures, de tous les déplacements en provenance de ce pays. Un « délai nécessaire » pour « clarifier les informations scientifiques en toute transparence », « se coordonner encore mieux au niveau européen » et « apporter des solutions à nos ressortissants au Royaume-Uni », a complété ce lundi Clément Beaune. Quelles conséquences cette suspension des déplacements a-t-elle pour les familles françaises installées chez nos voisins Anglais ? Et comment vivent-ils cette énième restriction ? Ils témoignent pour 20 Minutes. 

« C’est très dur »

Dans l’attente de nouvelles mesures, c’est l’angoisse et la colère qui domine ce lundi chez nos internautes installés outre-Manche. « C’est très dur », confie Laure, ingénieure âgée de 31 ans. « Je dois rentrer en France le 24 décembre au matin, cela fait 16 mois que je n’ai pas vu ma famille. J’avais pris mes billets d’avion en juillet et je me réjouissais de revoir mes parents et mes frères et sœurs », précise-t-elle. Une déception partagée par Amina, 33 ans, professeure de Français installée en Écosse : « J’avais prévu de passer les fêtes de fin d’année à Paris chez mes parents. Ça fait quasiment un an que je ne les ai pas vus, ni mes frères et sœurs et mes enfants leur manquent », écrit-elle.

Comme la France, le pays a essuyé plusieurs vagues épidémiques et enchaîné les périodes de confinement et déconfinement depuis l’apparition du virus. « On a repoussé plusieurs fois notre venue. Et là c’est reparti pour une durée indéterminée », poursuit Amina. Marie-Lou, cavalière de 26 ans installée à Epsom au sud de Londres, se dit « désemparée et en colère ». Elle dénonce un « manque de compassion » de la part du gouvernement : « On ne nous a donné aucun délai pour pouvoir nous organiser. L’interdiction de voyager entre L’Angleterre et la France a été décidée sur-le-champ, sans prévenir, ne nous laissant aucune chance ».

Un « coup terrible au moral »

À 27 ans, Thibaut, ingénieur comme Laure, a du mal à « supporter la situation ». Il explique : « Je vis seul et travaille de chez moi depuis mi-mars. Voir ma famille, c’est une des seules sources de réconfort (…) Je n’ose pas imaginer fêter Noël tout seul, le coup au moral va être terrible », témoigne-t-il. À ce sentiment de solitude s’ajoute un sentiment de « frustration » précise l’expatrié : « Tout ceci aurait sans doute pu être évité si Londres avait été placé au seuil d’alerte maximale comme c’est le cas chez moi (Birmingham), ou si on était resté confiné jusqu’au 15 décembre », juge-t-il.

Comme lui, Mickaël, 32 ans, vient de passer « 9 mois, quasi-isolé » en télétravail : « C’est difficile. J’avais réservé mes billets pour venir en France du 28 décembre au 5 janvier. Mais j’ai espoir qu’une décision soit prise pour nous donner la possibilité de voyager avec un test PCR négatif ». Une condition qui pourrait figurer au protocole sanitaire exigé par les pays de l’Union européenne, mais qui pose toutefois quelques difficultés, soulignent plusieurs internautes.

Inquiétudes pour les tests PCR

Olivier, chef de projet âgé de 46 ans, réside depuis plus de trois ans à Bristol. Billets en poche pour la France, sa famille devait traverser la Manche mercredi 23 décembre pour passer Noël avec ses proches. Souhaitant anticiper les mesures qui pourraient être annoncées dans les prochains jours pour les ressortissants Français, il s’est mis « en quête » d’un test PCR. « La principale difficulté, c’est qu’en Grande-Bretagne ces tests pour convenance personnelle – un voyage par exemple - ne peuvent pas être faits dans les centre NHS (National Health Service, le service de santé national), explique-t-il, et il faut passer par des laboratoires privés qui étaient déjà débordés ».

Et les délais sont tels que « l’exigence de tests PCR condamne de facto à rater Noël », poursuit le quadragénaire. À cela s’ajoute un coût non négligeable : « 150 à 200 livres en moyenne par personne ». Une problématique également soulignée par Juliette, 28 ans, qui vit sur l’île de Wight. « Les tests PCR sont payants et il faut attendre les résultats qui prennent parfois jusque 72h ». Et malgré ses recherches, la jeune femme n’a pas réussi à trouver de rendez-vous sur l’île. Réunis à Bruxelles pour tenter de définir un protocole commun pour faire face à cette nouvelle souche du coronavirus, les états de l’UE devraient communiquer d’ici à mercredi.