Coronavirus en Guadeloupe : Les locaux inquiets face à l’afflux de visiteurs pour les fêtes

EPIDEMIE « Il y a eu une ruée de dernière minute vers les Antilles, ce sont des destinations soleil, abordables, les restaurants sont ouverts et c’est la France », explique Didier Arino, directeur du cabinet spécialisé Protourisme

L.Gam. avec AFP
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Un marché à Pointe-à-Pitre, le 23 septembre 2020.
Un marché à Pointe-à-Pitre, le 23 septembre 2020. — Lara BALAIS / AFP

Passer les fêtes sous les tropiques. L’idée n’a jamais séduit autant de métropolitains en quête de chaleur et d’odeurs de vacances. Mais en pleine pandémie de Covid-19, une partie des Guadeloupéens s’inquiètent des flots de passagers déversés sur le tarmac de l’aéroport. Seuls les hôteliers semblent ravis de cet afflux de touristes. « Il y a eu une ruée de dernière minute vers les Antilles, ce sont des destinations soleil, abordables, les restaurants sont ouverts et c’est la France », explique Didier Arino, directeur du cabinet spécialisé Protourisme.

Depuis le deuxième déconfinement, les compagnies aériennes font carton plein et ont même ajouté des lignes depuis l’aéroport parisien Roissy-Charles-de-Gaulle. « Nous étions à trois gros porteurs par jour, nous sommes passés à 6-7 quotidiens », indique Alain Bièvre, président du directoire de l’aéroport, qui précise que le pic sera pour le 26 décembre où « nous accueillerons neuf gros porteurs ».

Le rythme d’une cinquantaine de vols par semaine est prévu jusqu’à la rentrée scolaire de janvier.

Des professionnels du tourisme ravis

« Cela fait trois ans que je n’étais pas rentrée », confie Sandrine Georges, venue passer Noël avec sa famille. Pas d’embrassade avec son frère malgré cette longue séparation. Le masque et le « check du coude » restent de rigueur. Comme elle, de nombreux visiteurs viennent passer les fêtes aux Antilles, pour retrouver leurs proches ou passer des vacances au soleil.

Dans les hôtels, fermés ou au ralenti depuis avril, on se prépare à un mois de décembre chargé : « Nous avons une très forte fréquentation entre le 26 décembre et le 1er janvier », explique Catherine Cadrot, directrice générale de l’hôtel Arawak, un établissement de la commune de Gosier très prisée par les touristes. Son hôtel affiche un taux de remplissage de 80 %, avec une « tendance forte », pour ses 102 chambres à la vente.

Au Club Med aussi, on a retrouvé le sourire. Fin 2019, l’établissement inaugurait de nouveaux locaux, que la pandémie de début 2020 est venue fermer. En cette fin d’année, « nous accueillons environ 600 personnes dans le village qui est rempli à 80 % », rapportent les deux animateurs masqués venus récupérer les clients à l’aéroport.

Pour l’heure, pas d’arrêté d’interdiction de l’arrivée des touristes

Ce retour à un semblant de normalité inquiète certains sur l’île qui se remet à peine de la deuxième vague de l’épidémie. Elle a fait monter le nombre de décès ici à 154 et continue, bien que très fortement ralentie, à faire des victimes.

Les réseaux sociaux grouillent d’ironie, de méfiance, de questionnements : « Prêts pour un confinement en janvier ? », s’inquiètent les uns, quand d’autres parlent de « crimes d’Etat », en rappelant inlassablement les déficiences du CHU de Guadeloupe. C’est aussi l’avis d’Elie Domota, le leader de l’Union générale des travailleurs de Guadeloupe (UGTG) qui ne comprend pas : « Ces derniers jours, le gouvernement a interdit aux Français de se rendre dans les stations de ski, en France et en Europe, pour mieux maîtriser l’évolution de la contamination », écrit-il dans un courrier aux autorités à qui il demande un arrêté d’interdiction de l’arrivée des touristes.

Du côté des autorités, on veut pourtant rassurer. « Nous misons sur le point majeur de la prévention », explique Valérie Denux, la directrice générale de l’Agence régionale de santé (ARS), qui rappelle que le risque est très fort en « intra familial », alors qu’on se crispe sur « les touristes ». Aussi à l’aéroport, les services de l’Etat distribuent des flyers aux arrivants, rappelant les mesures en vigueur sur l’île et les acteurs du tourisme ont été briefés. « Nous incitons les gens à faire un test quelques jours après leur arrivée et à éviter trop de déplacements tant que ce test n’est pas fait », explique Catherine Cadrot, de l’Arawak.