Coronavirus : Mesures floues, rôle de Raoult... Un rapport pointe les couacs de la gestion de crise (et propose des solutions)

PANDEMIE Ce rapport de l’Inspection générale de l’administration (IGA) et de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) propose notamment une gestion plus souple de la crise et invite à mettre l’accent sur les départements

L.Br. avec AFP

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Une campagne de tests à Laval, en Mayenne, en juillet 2020.
Une campagne de tests à Laval, en Mayenne, en juillet 2020. — JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP

Un rapport de l’administration sur l’administration. Commandé par le Premier ministre, des agents de l'Etat présentent leurs conclusions sur la gestion de l’épidémie de Covid-19. Résultat : ses auteurs recommandent plus de souplesse à l’avenir, et un appui plus massif sur les départements.

Pour écrire ce rapport d’une petite centaine de pages, ces inspecteurs de l’IGA et de l’IGAS ont parcouru entre la fin de l’été et le début de l’automne cinq départements (Mayenne, Sarthe, Seine-Saint-Denis, Hérault et Bouches-du-Rhône) afin d’étudier les déclinaisons territoriales de la crise sanitaire.

Tensions entre Paris et Marseille

Il en ressort principalement que les mesures de restrictions doivent faire l’objet d’une « meilleure appropriation par la population » afin d’espérer « durer face à la crise ». Le document pointe ainsi les failles de décisions imposées au niveau national, et dont le caractère sans cesse mouvant entrave la « lisibilité ».

Il illustre notamment son propos par le conflit né entre l’exécutif et les élus marseillais sur les mesures prises (notamment la fermeture des bars et restaurants) face à la détérioration de la situation épidémique en septembre. « La gestion du calendrier de la crise sanitaire en septembre a fortement alimenté le sentiment anti-jacobin de Marseille », pointe ainsi le rapport, en soulignant que « l’annonce de Paris du classement en zone d’alerte maximale de la ville et des mesures restrictives afférentes a été ressentie comme soudaine et non concertée ».

Les départements, une clé pour réussir

Ces derniers soulignent aussi le rôle du professeur Didier Raoult, dont le « discours a contribué à rendre moins audible la parole des autorités de santé », mais aussi « la suspicion des acteurs locaux », comme l’élue Samia Ghali, sur les chiffres d’évolution de la Covid-19. Il pointe encore la « faible mobilisation des polices municipales » pour faire respecter le port du masque ou « les horaires d’ouverture et de fermeture des bars et restaurants ».

Face à cela, IGA et IGAS recommandent de s’appuyer plus fortement sur l’échelon départemental qui « recouvre un territoire adapté à des réponses de proximité ». A ce titre, les inspecteurs appellent à clarifier davantage le « qui fait quoi » dans les différentes étapes de la gestion de la crise, et à établir une « gouvernance resserrée autour du préfet de département, associant étroitement l’Agence régionale de Santé et une délégation départementale ».

Mayenne et Seine-Saint-Denis en exemple

Une plus grande « marge d’interprétation » des mesures nationales doit être laissée au département, que ce soit dans le « calendrier » de la mise en application, le périmètre (tout le département, certaines villes voire quartiers), tout en tenant compte des « spécificités locales » tant en termes de « pratiques sociales » que de « configurations des lieux ».

La mission relève aussi les lacunes de l’application du triptyque « dépister – tracer – isoler ». « Le volet isolement, faute d’outils suffisants d’observation et d’exécution, est resté généralement peu suivi », déplore-t-elle par exemple. Mais les inspecteurs tirent aussi des enseignements positifs, en notant que la crise a « constitué un facteur de décloisonnement » entre les différents acteurs « et de démarches innovantes, dont certaines ont vocation à être pérennisées hors crise ».

Cela est particulièrement le cas en Mayenne, où un regain de l’épidémie durant l’été a été rapidement jugulé, ou encore, en Seine-Saint-Denis, « dans un contexte marqué par des difficultés économiques et sociales ».