Surendettement : « Contrairement à ce que disent les publicités, il y a un coût au crédit à la consommation »

INTERVIEW Matthieu Robin, chargé de mission banque-assurance à l’UFC-Que Choisir, tire la sonnette d'alarme sur les risques de surendettement

Propos recueillis par Lucie Bras

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Une consommatrice avant Noël (image d'illustration).
Une consommatrice avant Noël (image d'illustration). — Guy Bell/Shutterstock/SIPA
  • L’association de consommateurs UFC-Que Choisir lance une alerte sur « la distribution irresponsable du crédit conso », face à une augmentation attendue en 2021 des défauts sur les crédits à la consommation.
  • Elle pointe aussi le rôle des publicités « pousse-au-crime » des établissements de crédit, qui font oublier au consommateur le coût d’un crédit conso.
  • L’association appelle les consommateurs à la prudence et met en ligne une série d’outils pour prévenir le surendettement.

Consommez maintenant, remboursez plus tard. Ce mercredi, l’UFC-Que Choisir lance une alerte sur le crédit à la consommation, qui a battu des records de souscriptions cette année. A l’approche des fêtes, poste de dépense important, l’association de défense des consommateurs demande à l’Europe d’obliger les banques à proposer des solutions en cas de défaut de paiement.

En pleine période de crise et d’incertitudes, ces échéances non-remboursées pourraient s’élever à 12 milliards d’euros en 2021 et mettre de nombreux consommateurs en difficulté. 20 Minutes a interrogé l’auteur de l’étude Matthieu Robin, chargé de mission banque-assurance à l’UFC-Que Choisir.

Quel constat avez-vous fait en vous penchant sur le sujet des crédits à la consommation ?

Quand on regarde les chiffres de fin 2019, seuls 30 % des crédits en défaut de paiement font l’objet d’aménagements par les banques. Une pause dans les échéances, un allongement du délai de remboursement ou une baisse du taux d’intérêt… Des solutions existent mais très peu de banques les proposent, car elles n’y sont pas obligées. Cette mauvaise gestion des impayés a des conséquences très graves sur les consommateurs, qui voient leur situation se dégrader encore, et doivent même parfois souscrire un nouveau crédit pour payer les frais.

On s’aperçoit aussi qu’il y a un vrai retour de flamme de publicités « pousse-au-crime », comme chez Sofinco, qui vous dit : « Remboursez après les fêtes », ou « roulez dès maintenant et payez dans six mois » chez Toyota Financement. Elles présentent les crédits comme indolores alors qu’ils augmentent la somme dépensée, et qu’il faut bien évidemment tout rembourser.

Ce qui est important, c’est de traiter le mal à sa racine : mieux gérer ces impayés, en imposant aux banques de présenter des aménagements de crédit au bout de deux échéances, et moraliser ces publicités irresponsables.

Quels sont les risques encourus par les consommateurs qui ont recours à ces crédits conso ?

A court terme, le risque, c’est de penser qu’un crédit sera indolore. Contrairement à ce que laissent entendre les publicités, il y a un coût au crédit à la consommation. Il ne faut pas l’oublier, notamment au vu des incertitudes qui planent sur la conjoncture économique. Peut-être que des gens retourneront au chômage partiel dans les mois à venir par exemple. Historiquement, il y a un lien très fort entre le taux de chômage et le surendettement, ce qui fait craindre une hausse très importante des taux d’impayés, et plus de difficultés pour les emprunteurs.

De plus, on sait qu’un crédit à la consommation est très risqué quand il est mal distribué. Et on constate que c’est très différent en fonction des banques. Par exemple, il y a plus d’impayés chez BNP Paribas que chez Crédit Mutuel. Cela peut laisser croire qu’il y a un manque de vigilance dans les pratiques d’octroi de crédit. 

Comment éviter de se mettre dans une situation difficile ? Faut-il arrêter de souscrire ces crédits ?

Un crédit à la consommation, ça peut évidemment être utile, quand un lave-linge tombe en panne et qu’on n’a pas les fonds pour en acheter un nouveau, mais il faut réfléchir avant de le souscrire. Dans un premier temps, l’une des bonnes pratiques, c’est de faire jouer la concurrence entre les établissements prêteurs avant d’acheter un produit. On peut aller voir sa banque, qui vous connaît, et qui vous proposera certainement des taux plus intéressants qu’un crédit conso en magasin.

Quels outils avez-vous mis en place à l’UFC-Que Choisir pour ces consommateurs ?

D’une part, on leur met à disposition un décryptage de la réglementation qui existe aujourd’hui mais qui est complexe. On a aussi mis en ligne un courrier type permettant de solliciter un réaménagement de crédit. Enfin, on les invite à se rapprocher de notre réseau d’associations locales, présent sur le territoire, qui aide les consommateurs face à ces difficultés de remboursement.