Pyrénées : Le ski de fond sera-t-il le grand gagnant des vacances de Noël ?

SPORTS D'HIVER S’il est toujours impossible de faire du ski alpin dans les stations françaises faute de remontées mécaniques, les disciplines nordiques sont accessibles

Nicolas Stival

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Le ski de fond, une pratique déconfinée.
Le ski de fond, une pratique déconfinée. — Superstock / Superstock / Sipa
  • Les remontées mécaniques fermées, les amateurs de sports d’hiver pourraient se rabattre sur les disciplines nordiques, notamment le ski de fond.
  • Dans les Pyrénées, les stations sont prêtes à accueillir habitués et néophytes, dans de meilleures conditions d’enneigement que l’hiver dernier à pareille époque.
  • Cependant, ces pratiques ne peuvent pas prétendre remplacer économiquement le ski de piste, qui draine beaucoup plus d’argent et d’emplois.

Malgré le récent redoux, il y aura bien de la neige à Noël dans  les Pyrénées, alors qu’elle se faisait rare à cette période ces dernières années. « C’est d’autant plus rageant de ne pas pouvoir ouvrir les remontées », lâche Michel Poudade, le maire des Angles, dans les Pyrénées-Orientales. Mais, faute d’alpin (possible de l'autre côté de la frontière espagnole), le village catalan de 550 habitants peut sortir son joker, niché au cœur du domaine du Capcir, entre 1.500 et 1.900 m d’altitude : le ski nordique, pas concerné par les mesures sanitaires gouvernementales.

« On s’attend à un certain engouement, assure l’élu, par ailleurs président de la Confédération pyrénéenne du tourisme. Il y a des gens qui vont vivre les vacances autrement, au travers d’un cadre qu’ils ne connaissent pas. » Fond, raquettes, ski de randonnée, biathlon voire poney-luges… Les stations misent sur les « nouvelles » glisses, où l’on ne s’empile pas sur les télésièges ou dans les télécabines, pour limiter la casse.

« Donner un message positif aux prochains vacanciers »

Si le Capcir lancera sa saison vendredi, à l’aube des vacances de fin d’année, les 36 km de pistes de ski de fond du Pont d’Espagne, au centre de la chaîne, sont déjà accessibles depuis le week-end dernier. « C’était une petite ouverture pour les gens du coin, indique Vincent Doutres, le directeur de l’office de tourisme de Cauterets (Hautes-Pyrénées), dont dépend ce secteur, situé entre 1.400 et 1.800 m d’altitude. Il s’agissait de donner un message positif aux prochains vacanciers, les rassurer en leur montrant que lorsque le ski alpin est fermé, on propose autre chose. »

La fin du confinement, depuis mardi, laisse espérer l’arrivée de touristes du grand Sud-Ouest de la France, mais aussi des Pays-de-la-Loire, la zone de « chalandise » des lieux. « Des gens nous ont appelés pour savoir ce qu’on pouvait faire comme activités », reprend Vincent Doutres.

Au Pont d'Espagne, le 9 décembre 2020.
Au Pont d'Espagne, le 9 décembre 2020. - Cauterets Tourisme

Pendant ce temps, à 1.800 m d’altitude en Ariège, le grand jour a eu lieu ce mercredi au plateau de Beille, bien connu des amoureux du Tour de France. « L’an dernier, c’était moyen à Noël, on peut s’attendre à mieux cette fois au vu des conditions d’enneigement », souligne le directeur Georges Vignaux, qui a enregistré 48.000 ventes de forfaits l’hiver dernier.

Des montagnes à vaches adaptées au ski de fond

Mais difficile de tirer des plans sur la comète pour le premier site nordique des Pyrénées avec notamment 35 km de pistes de fond et 30 de raquettes, sans parler de la luge ou des chiens de traîneaux. « Nous avons une partie de clients qui effectuent un séjour, en logeant dans la vallée, mais la majorité sont des personnes qui viennent sur la journée, en se décidant le soir ou le matin. » 30 % d’entre elles sont issues de la région toulousaine, à 1h30 de route, et quelque 25 % d’Ariège.

« On ne peut pas préjuger de ce qui va se passer, quand on voit notamment l’explosion des cas en Allemagne ou le taux de mortalité très important en Belgique, reprend Georges Vignaux, qui dirige aussi non loin de là la petite station nordique du Chioula, dont l’ouverture est espérée samedi. L’inquiétude aujourd’hui est liée au comportement du public. A l’accueil, il faut que les gens respectent les distances, qu’ils portent le masque, si on veut que la saison aille à son terme, prévu le 5 avril. Ensuite, sur les pistes, ils pourront prendre de l’oxygène à pleins poumons. »

Un peu plus à l’est, Michel Poudade ne se départit pas de son optimisme. « Je suis persuadé que le ski nordique va bien marcher cet hiver dans les Pyrénées, lance le maire des Angles. Nous avons des montagnes à vaches, ouvertes, moins à pic que des grandes stations alpines. C’est bien adapté au ski de fond ou aux randonnées à raquettes. » Toutefois, l’édile reconnaît : « Economiquement et socialement, ça ne remplace pas le ski alpin. Mais on fait avec. »

30 fois plus de forfaits ski alpin vendus que de ski de fond l’hiver dernier

Les magasins spécialisés vont remiser un temps les snowboards pour mettre en valeur luges et raquettes, et certains moniteurs spécialisés dans l’alpin vont initier leurs clients au ski de rando. Les restaurants vont proposer de la vente à emporter. Mais c’est un pis-aller pour les sites polyvalents, où le ski de piste reste un incontournable mastodonte.

Ainsi, à Cauterets, « 320.000 forfaits de ski alpin » ont été vendus l’hiver dernier, contre « 8.000 à 10.000 » pour le fond, détaille Vincent Doutres, qui compte aussi attirer une clientèle de proximité au pied du Vignemale, lors des vacances à venir. En attendant l’ouverture espérée des remontées mécaniques courant janvier, il s’agit de limiter la casse. « Les gens qui viendront ne seront pas déçus », promet Michel Poudade, depuis ses montagnes catalanes.