Comment Bordeaux veut verdir et non-genrer les cours d'école

RECREATION Au cours de son mandat, la nouvelle majorité veut réaménager au moins 80 % des 142 cours des écoles et crèches de Bordeaux

Elsa Provenzano

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Des enfants dans une cour d'école.
Des enfants dans une cour d'école. — FRANCK FIFE / AFP
  • La mairie écologiste porte un plan pour verdir les cours de ses écoles et de ses crèches qui surchauffent en été.
  • Un cabinet en ingénierie environnementale a réalisé un état des lieux pour hiérarchiser les besoins en fonction des sites.
  • Il va faire des propositions à la ville de Bordeaux qui va organiser des concertations établissement par établissement, avec toute la communauté éducative. Quatre sites tests vont être en chantier dès cet été.

La nouvelle majorité écologiste de Bordeaux veut en finir avec les cours d’ écoles bitumées, véritables îlots de chaleur en ville. Dans cette perspective, le cabinet d’ingénierie environnementale Alto Step a visité cet été les 142 cours d’écoles et de crèches  de la ville pour établir un diagnostic. Résultat : 44 % des établissements nécessitent une intervention importante et pour seulement 6 % d’entre eux, il n’y a pas d’urgence. Dès le mois de janvier 2021, le budget et le calendrier de ce plan seront affinés. L’état des lieux dressé par le cabinet d'ingénierie va permettre de hiérarchiser les sites à traiter.

Des cours végétalisées et non genrées

Alto Step a visité les sites en prenant en compte la part de végétal, la sécurité ainsi que l’accessibilité et l’état général de l’infrastructure. « C’est l’ancienne majorité qui avait lancé ce diagnostic en juin, rappelle Sylvie Schmitt, adjointe à l’éducation à la ville de Bordeaux. C’était dans le programme de tous les candidats, y compris celui de Thomas Cazenave (LREM). On a rajouté le critère de cour non-genrée à la commande publique. » Au lieu d’une cour proposant en son centre un terrain de football dont l’usage est accaparé par les garçons, il s’agit d’installer cet espace en périphérie ou même de le faire disparaître au profit d’autres équipements liés à des activités plus mixtes.

Lors des canicules, beaucoup de cours d’écoles et de crèches se transforment en îlots de chaleur. Avec ce plan, l’idée est de créer des espaces ombragés, là où cela est possible. « On appelle ça une renaturalisation, même si le terme n’est pas très joli : on va casser le macadam, planter des arbres et mettre des matériaux perméables à l’intérieur des cours », détaille Pierre Hurmic, maire de Bordeaux.

« En plus d’un diagnostic précis, on a fait des comparaisons avec des exemples à Paris, Grenoble et aussi à l’étranger comme à Montréal, pour proposer une boîte à outils techniques », précise Isabelle Andorin d’Alto Step. Le cabinet va faire des propositions en fonction des sites : des ombrières, des espaces dédiés à la permaculture ou des plantes grimpantes qui pourraient former des tipis, par exemple. « A chaque fois, il y aura une concertation avec toute la communauté éducative : les enseignants, les enfants, les agents de la ville, les parents et les associations qui s’occupent du périscolaire », promet l’adjointe à l’éducation

Quatre sites tests

Des travaux seront menés dès cet été dans deux écoles et deux crèches bordelaises. « Ce seront des sites tests, précise Sylvie Schmitt. On a aussi mis d’office la cour à l’étage de l’école Simone-Veil, pourtant récemment livrée et qui consiste en une dalle en béton. » Pour l’instant, l’école ne compte qu’une classe de grande section et une autre de CP mais elle va progressivement accueillir plus d’élèves promis à des récrés torrides sur ce béton clair.

En matière d’exposition à la chaleur, les nouvelles écoles ne sont pas les mieux loties. « On a des livraisons d’écoles cette année qui ont été conçues il y a quatre ou cinq ans et qui proposent des cours à étage bétonnées, se désole Sylvie Schmitt. Il est trop tard pour rattraper le coup maintenant mais il va falloir prévoir de les retravailler. » Elle pointe notamment un « foncier contraint » dans les nouveaux quartiers qui explique ce type de cours.

L’ambition de la ville est de traiter au moins 80 % des cours d’ici la fin du mandat. Si le plan suit bien son cours, les petits bordelais devraient revenir les genoux moins égratignés mais les vêtements un peu plus sales. « Oui, il y aura aussi des contraintes supplémentaires pour nos agents, avec un peu plus de boue dans les couloirs, ce sera discuté pendant la concertation », estime l’adjointe à l’éducation.