Coronavirus : La « trêve de Noël » du protocole sanitaire dans les Ehpad inquiète autant qu'elle réjouit

FETES DE NOËL Des recommandations plus souples pour les résidents en Ehpad et pour leurs proches entreront en vigueur à partir de mardi

Hélène Sergent

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Jusqu'au 3 janvier 2021, les sorties en famille des résidents d'Ehpad seront facilitées exceptionnellement.
Jusqu'au 3 janvier 2021, les sorties en famille des résidents d'Ehpad seront facilitées exceptionnellement. — JEFF PACHOUD-POOL/SIPA
  • Samedi, le gouvernement a publié de nouvelles recommandations à destination des familles ayant un proche dans un établissement accueillant des personnes âgées.
  • Les conditions relatives aux visites seront assouplies de mardi et jusqu’au 3 janvier 2021 « afin de permettre aux résidents de vivre sereinement les fêtes de fin d’année » précisent les autorités.
  • Si pour les acteurs du secteur cette souplesse temporaire était nécessaire, la crainte d’un relâchement reste présente.

Permettre aux plus âgés de vivre les fêtes de fin d’année « sereinement » tout en limitant le risque de rebond épidémique dans les Ehpad. Face à cette équation périlleuse, le gouvernement a opté pour un « assouplissement » temporaire et « exceptionnel » des restrictions sanitaires. Durement touchés par le coronavirus et les effets du premier confinement, les résidents en Ehpad bénéficieront, au même titre que le reste de la population, d’une « trêve de Noël ».

A compter de ce mardi, les « sorties des résidents en famille » seront facilitées et une « augmentation des jauges […] et de la durée des plages de rendez-vous peut être envisagée », précise le ministère des Solidarités et de la Santé. Les visites en chambre, jusqu’ici très limitées, pourront aussi être autorisées. Une décision saluée par les acteurs du secteur mais qui suscite quelques craintes.

Des citoyens « comme les autres »

Pour leur entourage comme pour les milliers de personnes âgées résidant en Ehpad, les annonces relatives au protocole sanitaire à l’approche des fêtes de fin d’année étaient très attendues. Consulté avec d’autres acteurs par la ministre chargée de l’autonomie, le directeur de l’AD-PA (Association des directeurs au service des personnes âgées) Romain Gizolme salue une « décision favorable » : « Cet assouplissement est cohérent avec l’ensemble des mesures annoncées par le Premier ministre pour la période des fêtes et permet de rappeler à tous que les personnes âgées sont des citoyens comme les autres ».

Concrètement, dès mardi et jusqu’au 3 janvier prochain, les directeurs d’Ehpad pourront organiser des repas en petits groupes (6 personnes par table et par salle) et des activités collectives pour les résidents non-Covid. Les sorties au sein des familles seront exceptionnellement autorisées pour permettre aux personnes âgées de retrouver leur entourage. Mais un test PCR sera obligatoire à leur retour au sein de l’établissement. Si l’isolement en chambre pendant sept jours après cette sortie n’est rendu obligatoire que pour les résidents testés positifs, tous ceux ayant partagé un moment à l’extérieur devront ensuite « s’abstenir de participer aux activités collectives » pendant une semaine.

Un isolement qui ne dit pas son nom ? « Si vous ne pouvez pas accéder aux repas ni aux activités, de fait, vous vous retrouvez isolé dans votre logement. Sur ce point, on aurait pu se contenter d’une quarantaine pour les repas uniquement qui sont des moments à risque puisque le port du masque est impossible », regrette Romain Gizolme.

Des renforts extérieurs

Déjà renforcées localement par des bénévoles ou des jeunes en service civique, les équipes au sein des établissements pourront toujours bénéficier de renforts « extérieurs », indique le ministère des Solidarités. « Plus vous multipliez les visites, plus vous devez avoir du personnel pour vous assurer du bon respect du protocole, […] il va falloir que les agences régionales de Santé viennent en appui des établissements », indique le directeur de l’AD-PA.

Mais sur ce point, le syndicat national des maisons de retraite (Synerpa) se veut rassurant. « Aujourd’hui, nous nous sentons capables d’assurer ce nouveau protocole pour permettre aux résidents de fêter Noël. Contrairement à la rentrée de septembre, nous n’avons pas reçu d’alertes relatives à des problématiques de personnels », assure Florence Arnaiz-Maumé, la déléguée générale du Synerpa.

La crainte d’un relâchement ?

A ces préoccupations humaines s’ajoutent toutefois des préoccupations sanitaires. « On est extrêmement favorable au maintien du lien familial pour lutter contre la détresse psychologique mais il faut vraiment que les familles comprennent que ce n’est pas un assouplissement général des consignes sanitaires. Le virus ne va pas aller fêter Noël ailleurs », alerte ainsi Gaël Durel, président de l’association nationale des médecins coordonnateurs en Ehpad et du médico-social (mcoor). Depuis le mois de mars, 17.159 personnes résidant dans des Ehpad et dans les établissements médico-sociaux sont mortes du coronavirus. « La situation reste préoccupante avec l’apparition de nouveaux clusters et une reprise importante du taux de contamination dans certaines régions », poursuit le médecin.

Une inquiétude « constante » pour les équipes soignantes et le personnel reconnaît Romain Gizolme, qui ne doit pas pour autant orienter seule la conduite à adopter pour les résidents et leurs proches : « Tous les établissements sont dans une espèce de qui-vive permanent. Mais ça ne peut pas durer sur la longueur comme ça ». Un point de vue partagé par la déléguée du Synerpa, Florence Arnaiz-Maumé qui conclut : « Nous sommes toujours dans une recherche d’équilibre entre protection sanitaire et protection des libertés fondamentales. Pendant le premier confinement, la balance a penché en faveur de la protection des résidents. Mais aujourd’hui, on a une meilleure connaissance de la maladie, on dispose de masques et de protections suffisantes. On doit pouvoir s’adapter. »