Marseille : Serait-ce la fin de la galère des grèves de cantine dans les écoles ?

RESTAURANTS SCOLAIRES Après des années de grèves intempestives, la ville a signé un accord avec plusieurs organisations syndicales pour assurer la continuité du service de cantine

Caroline Delabroy
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Déjeuner dans une cantine scolaire en mai 2020 (illustration).
Déjeuner dans une cantine scolaire en mai 2020 (illustration). — I.Harsin/Sipa
  • La ville de Marseille, la CFTC-CFE-CGC et FO ont signé un accord qui encadre le droit de grève dans les cantines scolaires.
  • Les agents doivent se déclarer en grève 48 heures avant, et cesser le travail dès leur prise de fonction.
  • Cet accord est un premier pas avant des négociations plus approfondies sur les conditions de travail des agents.
  • De leurs côtés, les parents d’élèves restent sceptiques, craignant que les arrêts de travail prennent le relais si des réponses ne sont pas apportées au sous-effectif chronique des agents.

A partir de la rentrée de janvier, une nouvelle donne sociale va s’imposer dans les écoles et crèches de Marseille. La ville annonce en effet avoir signé avec les principales organisations syndicales un accord sur le service minimum, qui doit être entériné le 21 décembre au prochain conseil municipal. Il impose aux « tatas », comme on les appelle ici, un délai de prévenance de 48 heures pour se déclarer en grève. Mais surtout, les agents devront exercer leur droit de grève dès leur prise de service et non pas, comme c’est souvent le cas actuellement, une heure durant le temps du service.

« Les retenues de salaire vont être plus importantes, cela va beaucoup jouer sur ce qu’on appelle les grèves perlées », reconnaît Patrick Rué, secrétaire général FO des agents territoriaux de Marseille, dont le syndicat n’a plus la majorité absolue à la ville mais continue de peser. « Nous n’étions pas sur une position de blocage, nous avions tout intérêt à trouver un accord », poursuit-il. De fait, cet accord, signé aussi par l’alliance CFTC-CFE-CGC, découle de la récente loi de transformation de la fonction publique. Elle permet aux collectivités territoriales de négocier sur la continuité du service public dans plusieurs domaines, et en particulier la restauration collective et scolaire.

Olivia Fortin : « C’est insupportable pour tout le monde. »

Sans un accord trouvé dans les 12 mois de négociations, la loi prévoit que la mairie peut alors fixer elle-même les règles du jeu sur, par exemple, la fonction et le nombre d’agents indispensables pour garantir le service de cantine. « Cela fait un mois que les discussions ont commencé, on a réussi à trouver un accord rapidement », se réjouit Olivia Fortin, adjointe à la ville de Marseille, en charge de la modernisation et de la qualité des services municipaux. Aucun angélisme pour autant, côté mairie comme côté syndicats. Ce dispositif est une première pierre à l’édifice, avant le round de négociations à partir de janvier sur la refondation de l’école à Marseille, un dossier sur lequel la nouvelle majorité est très attendue.

« Tant qu’on n’arrivera pas à régler le problème des conditions de travail, on continuera à avoir de l’absentéisme », énonce Olivia Fortin. Pour elle, cet accord sur le droit de grève est tout de même une avancée forte. « Si demain il devait y avoir une grève, cela serait dans le cadre d’un dialogue social. Sur les grèves actuelles, nous n’avons pas d’interlocuteur, pas de revendications, pas de dialogue, les agents ne suivent pas un préavis de grève local. Cela n’apporte pas de solution, c’est insupportable pour tout le monde. »

La colère des parents

Y aurait-il une lueur d’espoir pour les parents marseillais qui jonglent avec ces grèves de cantine à répétition dans les écoles ? La situation n’est pas nouvelle, mais elle a pris plus d’acuité encore avec l’application du protocole sanitaire. « J’attends de voir, réagit Séverine Gil, présidente de l’association de parents d’élèves MPE13. Dans toutes les entreprises, quand il y a un mal-être social profond, on trouve d’autres moyens que la grève. Le mal, il est avant, dans le manque de personnel. »

« J’ai envie d’y croire mais je ne suis pas sûre que l’accord va calmer les esprits des tatas, confie une maman de l’APE de l’école La Parade, dans le 13e arrondissement. Je ne suis pas contre le droit de grève, je vois leurs conditions de travail, je les soutiens. Il n’y aura peut-être plus de grèves mais des arrêts maladie. »

« On demande des solutions, que la mairie ouvre un marché public pour faire appel à des intérimaires pour remplacer les personnels absents ou pas assez nombreux, poursuit-elle. On n’arrive pas à communiquer avec la mairie centrale, on ne reçoit en réponse que des mails types. » Elle fait le décompte : depuis la rentrée, l’école en est à 14 jours sans cantine et à 6 jours de fermeture. Avec une vingtaine d’écoles, et elle espère d’autres encore d’ici là, l’association est en train d’organiser un rassemblement de parents devant la mairie de Marseille la semaine prochaine, avant le départ en vacances.