Gérald Darmanin a-t-il menti à propos d’un policier décédé en Seine-et-Marne lors d’un entretien accordé à BFMTV ?

FAKE OFF Le ministre de l’Intérieur a affirmé mercredi soir qu’un policier de Seine-et-Marne était mort après avoir été percuté par un automobiliste qui avait pris la fuite. L'agent a toutefois été percuté par un véhicule de la brigade anti criminalité (BAC). Une « erreur », selon son entourage

Tom Hollmann

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Le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, après le conseil des ministres, à l'Elysée, le 9 décembre 2020.
Le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, après le conseil des ministres, à l'Elysée, le 9 décembre 2020. — ELIOT BLONDET-POOL/SIPA
  • Interviewé sur BFMTV mercredi, Gérald Darmanin a déclaré qu’un policier était mort à Bailly-Romainvilliers après avoir été percuté par un automobiliste qui avait pris la fuite. En réalité, ce membre de la compagnie départementale d’intervention de la Seine-et-Marne a été fauché par un véhicule de la BAC qui tentait d’interpeller un chauffard.
  • D’après l’entourage du ministre de l’Intérieur, si ce dernier avait connaissance des conditions de l’accident, ses propos ne relèvent pas du mensonge mais d’une « erreur ».
  • Par le passé, Gérald Darmanin a déjà été pris à défaut pour avoir tenu des propos démentis par les faits.

Le ministre de l’Intérieur aurait-il menti au nez à la barbe de la journaliste Ruth Elkrief, mercredi soir sur BFMTV ? S’il a reconnu au cours de cet entretien qu’il commettait parfois quelques « maladresses », certains internautes lui reprochent, sur les réseaux sociaux, un nouvel « arrangement avec la vérité »… Et ce dès le tout début de l’interview.

Questionné par la journaliste sur le « style Darmanin », le ministre de l’Intérieur a souhaité commencer par rappeler qu’il était à la tête « d’un ministère, où des femmes et des hommes risquent leur vie tous les jours ». Et d’ajouter dans une pensée émue, parlant de lui à la troisième personne : « Le ministre de l’Intérieur a eu à connaître de la mort d’un policier en Seine-et-Marne qui a été percuté par quelqu’un qui ne s’est pas arrêté, qui a fait son travail et qui laisse une famille endeuillée. »

Un triste accident que le ministre évoquait déjà un peu plus tôt dans la journée, sur Twitter, présentant par la même occasion ses condoléances à la famille et aux collègues de ce policier, décédé de ses blessures dans la nuit de mardi à mercredi. Sauf que d’après Le Parisien, ce policier n’a pas été percuté par un automobiliste, mais par un des véhicules de la Brigade anti criminalité (BAC) qui pourchassait le chauffard.

20 Minutes fait le point.

FAKE OFF

D’après l’entourage du ministre, contacté par 20 Minutes, Gérald Darmanin était pourtant au courant des conditions de l’accident au moment de l’interview accordée depuis la place Beauvau. Cette même source réfute toute volonté de mensonge du ministre et invoque une « erreur ».

Le détail omis par le « premier flic de France » était connu dès la veille, comme le rapporte un article du Parisien paru mardi matin. C’est en tentant de ramasser une herse placée sur la chaussée pour arrêter un automobiliste, que le policier de 33 ans, membre de la compagnie départementale d’intervention de la Seine-et-Marne, a été percuté dans la nuit de lundi à mardi par l’un des deux véhicules de la BAC qui pourchassaient le fuyard. Le policier a succombé à ses blessures environ vingt-quatre heures plus tard, dans la nuit de mardi à mercredi.

Le chauffard, en état d’ivresse manifeste, conduisait sans permis et en état de récidive légale. Il a été mis en examen pour « refus d’obtempérer aggravé par la mise en danger délibérée de la vie d’autrui » et « homicide involontaire aggravé par la mise en danger délibérée de la vie d’autrui ». Des faits de rébellion et des menaces de mort sur les policiers lors de son interpellation lui sont également reprochés.

Présenté à un juge d’instruction mercredi soir, l’automobiliste a été placé en détention provisoire dans la soirée. Le conducteur du véhicule de la BAC, dont les tests d’alcoolémie et de toxicologie se sont révélés négatifs, ne devrait pas être mis en cause.

Une habitude du ministre de l’Intérieur ?

Par le passé, Gérald Darmanin a déjà été pris à défaut pour avoir tenu des propos démentis par les faits. Vendredi 13 novembre, pour défendre l’article 24 de la proposition de loi sur la « sécurité globale », le ministre de l’Intérieur faisait référence aux deux policiers morts assassinés dans l’attentat de Magnanville, en 2016. Or, si l’assassinat de ces deux fonctionnaires à leur domicile par un terroriste a marqué les esprits, l’enquête n’a établi aucun lien, à ce stade, avec la diffusion de leur image sur les réseaux sociaux… Comme Gérald Darmanin l’a lui-même reconnu début novembre devant la commission des Lois de l’Assemblée nationale.