Nantes : La grogne monte chez les policiers, « stigmatisés » et « choqués » après la manif de samedi

RAS-LE-BOL Une nouvelle manifestation de policiers a eu lieu ce mercredi midi devant la préfecture

Julie Urbach

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Des policiers lors de la manifestation du 5 décembre à Nantes
Des policiers lors de la manifestation du 5 décembre à Nantes — S. Salom Gomis/ SIPA
  • Un « mouvement d’humeur » s’exprime depuis quelques jours parmi des policiers nantais.
  • Un « ras-le-bol » après la manifestation violente de samedi et les récents propos d’Emmanuel Macron.

Plusieurs dizaines d’entre eux se sont rassemblés devant la préfecture avant de défiler en voiture dans le centre-ville, gyrophares allumés et sirènes hurlantes. A Nantes, les policiers ont de nouveau manifesté ce mercredi après-midi, après plusieurs rassemblements spontanés devant le commissariat ou dans la cour ces derniers jours. L’illustration d’un « mouvement d’humeur », hors syndicats, qui grossit et s’exprime. « Il y a un malaise profond, un ras-le-bol général, estime l’un d’entre eux. La manifestation de ce week-end a été la goutte d’eau. »

Samedi, quatre policiers et un gendarme ont en effet été blessés lors du défilé contre la loi « sécurité globale ». Trois d’entre eux souffrent notamment de brûlures après avoir été la cible d’un jet de cocktail Molotov. « Ils vont mieux physiquement mais je peux vous dire qu’ils sont extrêmement choqués moralement », indique Laurent Le Tallec, secrétaire départemental Unsa police. « Voir son collègue en flamme à côté, c’est inacceptable, abonde Stéphane Léonard, secrétaire départemental d’Unité SGP Police. Nantes n’est pas un terrain de jeu et il faut reprendre les choses en main. Par exemple en déclarant les manifestations, ce qui n’est plus fait ici depuis des années. »

« Au bout du bout »

Si ces policiers estiment avoir vécu des événements plus violents ces dernières années, certains disent être aujourd’hui arrivés « au bout du bout ». Dénonçant un manque de moyens et des conditions de travail dégradées, ils se sentent également lâchés par leur hiérarchie et par l’Etat, après les propos d'Emmanuel Macron au sujet des contrôles au faciès. « Ces déclarations ont mis le feu aux poudres, estime Laurent Le Tallec. Il y a, certes, des interpellations qui se passent mal mais attention aux amalgames. Les collègues sont à cran, ils se sentent stigmatisés. »

Localement, en tout cas, la maire de Nantes, Johanna Rolland (PS), a tenu à affirmer son « soutien » à la police. « Le droit de manifester est inaliénable. Mais le droit de manifester ce n’est jamais le droit de casser, a-t-elle indiqué mardi. Rien ne justifie aucune violence. Ces violences nuisent en premier lieu à ceux qui sont blessés, car n’oublions pas que derrière les uniformes il y a des hommes. Elles nuisent à celles et ceux qui sont venus manifester pacifiquement et, enfin, elles nuisent à la ville. »

La veille, le préfet de Loire-Atlantique, Didier Martin, s’était déclaré « très choqué » par la violence du 5 décembre. « À Nantes, on repousse à chaque fois les limites, ce n’est plus possible, exprime-t-il dans les colonnes de Ouest-France. Les remises en question ne doivent pas seulement être du côté des forces de l’ordre. Il se passe sur ce territoire des choses pas banales. Il se trouve sur une mauvaise pente très préjudiciable. J’en appelle à un sursaut. »