Pourquoi les femmes disent-elles subir davantage le célibat que les hommes ?

SEUL(E) Une étude de l’Institut national d’études démographiques (Ined) montre comment les Français et les Françaises vivent le célibat

Romarik Le Dourneuf
Dans la société, la norme conjugale reste dominante
Dans la société, la norme conjugale reste dominante — Pixabay
  • Selon une analyse délivrée par l’Institut national d’études démographiques (Ined), les Françaises et Français sont de plus en plus nombreux à connaître des périodes de célibat entre 26 et 65 ans.
  • Bien que les hommes soient autant concernés, l’analyse montre que les femmes subissent davantage ce célibat.
  • La pression de l’âge et de la société ferait que cela est plus dur à vivre pour les femmes.

Depuis le début de la crise du coronavirus et les deux phases de confinement , les célibataires rencontrent les pires difficultés à rencontrer d’autres personnes. Mais le célibat n’est pas nouveau. C’est même une situation qui se développe, à en croire l’étude publiée ce mercredi par l’Institut national d’études démographiques (Ined), qui s’appuie sur une enquête menée en 2013 et 2014.

De moins en moins d’hommes avec l’âge

Selon l’analyse de l’Ined, « Vivre célibataire – ne pas ou ne plus être en couple – est devenu une situation fréquente ». L’institut l’explique par une première mise en couple plus tardive et par l’augmentation des séparations et des divorces depuis les années 1970, qui s’accompagnent donc d’épisodes de vie célibataires temporaires ou plus durables. Une situation qui est différente selon le sexe. Si les hommes sont 74 % à estimer que le célibat n’a pas d’impact négatif sur leur vie quotidienne, c’est moins le cas pour les femmes (69 %). Et si autant de femmes que d’hommes sont célibataires entre 26 et 65 ans (21 %), leurs trajectoires affectives « diffèrent sensiblement ».

Les femmes se mettent en couple plus tôt. Elles en sortent aussi plus précocement. Après la trentaine, période la plus faste pour les couples, les femmes subissent davantage le célibat en raison des veuvages, des séparations, dont elles se remettent moins vite. Ainsi, à partir de 40 ans, le taux de femmes hors couple augmente sans plus jamais diminuer, ce qui n’est pas le cas des hommes. Jean-Claude Kaufmann, sociologue spécialiste du couple au CNRS et auteur de Pas envie ce soir, Le Consentement dans le couple (Les liens qui libèrent), abonde et ajoute que pour les hommes, le risque de rester seul ne va cesser de diminuer : « Il y a de moins en moins d’hommes et de plus en plus de femmes, les chances de trouver quelqu’un sont donc inverses. »

Les catégories modestes le « vivent mieux »

Le célibat n’est évidemment pas vécu de la même manière par toutes les femmes, notamment en fonction de la catégorie socioprofessionnelle, avance l’Ined. Ainsi, 50 % des femmes employées ou ouvrières interrogées affirment que c’est un choix. C’est deux fois plus que chez les cadres et professions intellectuelles supérieures (25 %). En dépit d’une situation plus compliquée financièrement, les premières citées, encore plus en situation de monoparentalité, s’accommoderaient mieux de la vie hors couple. Une situation qui peut paraître surprenante mais justifiée, selon Jean-Claude Kaufmann. « Ce sont déjà elles qui mènent la barque bien souvent, qui gèrent le foyer. Célibataires, elles n’ont plus de compromis à faire avec l’autre. C’est donc une manière, extrêmement lourde et difficile, d’accéder à l’autonomie ». Pour les femmes cadres, la donne serait inversée : « Elles ont déjà acquis cette autonomie, par leurs revenus ou leurs responsabilités au travail. Aussi, elles ne peuvent y voir un gain. C’est donc le manque dans la vie quotidienne qui va ressortir et s’exprimer ».

La peur de l’âge

Pour Jean-Claude Kaufmann, si le célibat est plus difficile à vivre pour les femmes, c’est notamment à cause des pressions qu’elles subissent. Dont celle de l’âge et la fameuse « horloge biologique ». A partir de 30 ans, la question d’avoir des enfants se pose irrémédiablement pour les femmes, estime le sociologue. Et si elles ne se la posent pas elles-mêmes, ce peut-être l’entourage, par des questions ou par le simple fait de voir ses amies devenir maman. « C’est une urgence qui arrive, parfois sur fond d’angoisse. Les hommes ne subissent pas cette barrière du temps, le désir de famille peut venir plus tard. Ils se permettent donc de rester de "grands ados" plus longtemps ».

Autre pression : la peur de laisser passer sa chance. On l’a vu plus haut, selon l’étude de l’Ined, le veuvage augmente significativement chez les femmes à partir de 45 ans pour ne jamais redescendre. Et le déséquilibre entre le nombre d’hommes et de femmes à partir de la quarantaine rend la course à la vie conjugale plus difficile pour ces dernières. Jean-Claude Kaufmann : « Si une femme “rate le coche”, elle a plus de risque de rester seule toute sa vie. On constate que plus l’âge avance et plus elles doivent abaisser leurs critères si elles veulent trouver quelqu’un ».

La société avance très lentement

Le sociologue pointe, enfin, le double langage de la société sur le célibat des femmes, qu’il traduit par : « Chacun fait ce qu’il veut, mais… » D’un côté, la société prônerait de plus en plus la liberté, l’autonomie et l’acceptation de la vie hors couple. Un célibat qui peut être mis en avant et valorisé face au « ronron » de la vie conjugale. Les femmes actives, mères célibataires qui arrivent à composer travail, responsabilités et gestion des enfants sont « glorifiées », indique Jean-Claude Kaufmann. Pourtant, « une femme seule à 40 ans devra souvent justifier son célibat. Elle ressent plus souvent le “doigt accusateur”. »