Coronavirus à Bordeaux : « Les signaux montrent clairement une reprise épidémique » alerte le directeur du CHU

INTERVIEW Le directeur du CHU de Bordeaux Yann Bubien alerte ce mardi sur certains indicateurs de la circulation du virus qui virent à nouveau au rouge

Propos recueillis par Mickaël Bosredon

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Yann Bubien, directeur du CHU de Bordeaux
Yann Bubien, directeur du CHU de Bordeaux — UGO AMEZ/SIPA
  • Les chiffres concernant la circulation du virus restent globalement en baisse dans la région, même s'ils montent dans trois départements observe l'ARS.
  • Le directeur du CHU de Bordeaux Yann Bubien note de son côté une hausse des patients hospitalisés pour Covid-19 dans son établissement.
  • Le nombre de dépistages a par ailleurs été divisé par trois, ce qui est inquiétant à l’approche des fêtes de fin d’année.

Après la réunion de la cellule de crise du CHU de Bordeaux ce mardi matin, le directeur du centre hospitalier Yann Bubien a envoyé un message d’alerte sur les réseaux sociaux. « La tendance n’est pas bonne, les données montrent une hausse des cas. » L'ARS Nouvelle-Aquitaine est de son côté plus mesurée, observant une baisse des indicateurs (taux de positivité et d'incidence) dans la région, sauf en Haute-Vienne, dans les Landes et le Lot-et-Garonne, alors qu'un plateau est en train de se former en Gironde. Les chiffres  étaient pourtant en forte baisse jusqu’à vendredi dernier. 20 Minutes fait le point avec le directeur du CHU.

Vous avez alerté ce mardi matin sur une remontée des chiffres concernant la circulation du virus, que se passe-t-il ?

Depuis trois semaines nous observions une stabilisation et une baisse très claire des indicateurs. Mais depuis vendredi, les indicateurs virent à nouveau au rouge. Vendredi, nous avions 107 patients hospitalisés Covid au CHU, nous en avons 121 ce matin. Nous en avions 35 en réanimation vendredi, nous sommes passés à 37 ce mardi. Ce n’est pas beaucoup plus, mais c’est plus, alors qu’on avait une baisse constante. Les signaux montrent clairement une reprise épidémique au CHU de Bordeaux, et il y a une inquiétude des infectiologues et des médecins de l’établissement. Parallèlement, il faut aussi que le nombre de dépistages remonte, car au CHU on voit que ça baisse, et moins on se dépiste plus on peut contaminer d’autres personnes.

Cela baisse fortement ?

A l’unité de dépistage de Pellegrin, nous sommes à 130 dépistages par jour, alors qu’on en faisait 400 par jour il y a quelques semaines. Ça a été divisé par trois ! Or, tant qu’une grande partie de la population n’est pas vaccinée, on n’a pas d’autre choix que de respecter les gestes barrière. Et en ce moment, on fait moins attention, on respecte moins les gestes barrière, pourtant il faut que l’on reste tous très vigilant car les fêtes arrivent, et tout le monde va se retrouver en famille, puis avec les amis au Nouvel An.

Quelle est la situation des patients qui sont hospitalisés au CHU de Bordeaux ?

Nous sommes revenus à un profil de patients de plus de 65 ans, et surtout de plus de 75 ans.

Est-ce que les discours plutôt positifs de ces dernières semaines ont entraîné un relâchement des gestes barrière ?

Je pense surtout qu’il y a une lassitude sur les gestes barrière. A un moment, on a envie de passer à autre chose. Et puis il y a le retour du froid, qui fait qu’on s’enferme davantage, qu’on aère moins chez soi. Je ne crois pas en revanche que la réouverture des commerces ait eu une incidence, car les gens respectent bien les gestes barrière chez les commerçants. Le risque, on le prend davantage quand on enlève son masque.

La réouverture des salles de spectacle programmée au 15 décembre pourrait-elle être remise en cause selon vous ?

Ce n’est pas à moi de me prononcer, mais en l’état actuel des choses je ne le pense pas car on y respecte les règles comme dans les commerces.