Le jeu « Planète Déconnexion » veut vous apprendre à déconnecter de Tik Tok, de « Fortnite » ou des smartphones

ECRAN NOIR Sur le modèle d’un « Memory » pimenté de cartes pièges, le jeu de société « Planète Déconnexion » fait appel à la mémoire et interpelle sur les effets des écrans

Caroline Delabroy

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Le jeu Planète Déconnection imaginé à Marseille pour apprendre à déconnecter des écrans
Le jeu Planète Déconnection imaginé à Marseille pour apprendre à déconnecter des écrans — Nelly Kim Chi
  • Le collectif Lève les yeux et l’éditeur marseillais L’éclap ont développé un jeu de société pour sensibiliser, de façon ludique, à la surexposition aux écrans.
  • Utilisé dans les ateliers scolaires, Planète Déconnexion en prévente sur Ulule cible à présent un public familial.

Un jeu collaboratif spécialement conçu pour apprendre à déconnecter des écrans. Depuis plusieurs années, Yves Marry, du collectif Lève les yeux, rôde l’idée durant ses ateliers scolaires à Marseille où il sensibilise enfants et ados aux effets de la surexposition aux écrans. « C’est un sujet un peu anxiogène, on essaie d’avoir une approche ludique, d’être plutôt dans la promotion de la déconnexion que dans la peur des écrans », raconte-t-il.

De « plus en plus sollicité pour des interventions », après un confinement qui a encore augmenté le temps d’écran des jeunes, le collectif s’est tourné vers L’éclap pour imaginer un support familial. Cette maison d’édition marseillaise est en effet spécialisée dans la conception des jeux de sensibilisation autour de sujets d’actualité. Ainsi est né le jeu de société Planète Déconnexion, proposé à la prévente via Ulule.

La boîte du jeu Planète Déconnection
La boîte du jeu Planète Déconnection - DR

« Le Memory s’est révélé la mécanique ludique parfaite pour aborder le sujet, détaille la game designer Axelle Gay. On est obligés de faire attention à ce qu’on regarde, à faire appel à sa mémoire. » Le jeu met ainsi en scène des situations avec et sans téléphone, des cartes paires qu’il faut retrouver. « La carte illustrant un bébé avec son smartphone dans la poussette fait à chaque fois réagir, les enfants sont choqués, ils se rendent bien compte que cette image, ça va pas », témoigne Yves Marry, qui engage ainsi la discussion plus facilement avec eux.

La carte malus « data center »

« C’est un sujet qui n’est pas facile à aborder. Souvent, c’est donneur de leçon », observe Axelle Gay, pour qui le jeu permet de parler de l’impact des écrans sur nos vies sans culpabiliser. « Le jeu, cela met en action les spectateurs et en mouvement les idées, poursuit-elle. J’ai voulu pimenter le principe du Memory avec des cartes malus liées aux notions que le collectif transmet lors de ses interventions. » La carte « trou de mémoire » fait ainsi échanger sur la table deux cartes l’une avec l’autre, « trop d’écrans » bouscule les repères des joueurs en les faisant tourner sur eux-mêmes. Et il y a carte « data center », la plus redoutée, parce qu’au bout de trois tirages elle fait exploser la planète de surchauffe.

Pour L’éclap, Axelle Gay est d’ailleurs en train de développer un jeu sur l’impact carbone au quotidien. De son côté, Yves Marry souhaite avec le collectif relancer le label Lève les yeux, déjà présent dans plusieurs bars et restaurants de Marseille, Paris ou Rennes, pour sensibiliser les clients à la « force libératoire de la déconnexion ». C’est un souvenir très personnel qui l’a mené à ce combat contre l’usage excessif des écrans.

« J’étais expatrié en Birmanie de 2014 à 2018, j’ai vécu là-bas l’arrivée d’Internet et des smartphones qui s’est faite en quelques mois, rembobine-t-il. J’ai vu un pays entier se faire happer. Dans mon quartier, on se retrouvait à jouer de la guitare dans la rue, il y avait une ambiance authentique que je n’ai plus connue ensuite, ou beaucoup moins. Les jeunes étaient derrière leurs jeux, leurs vidéos. » Comme une addiction dont il travaille, via le collectif et aujourd’hui ce jeu, à démêler les ressorts.