Interview de Macron sur Brut : « Le président jette l’opprobre sur la profession... » Les syndicats de police en colère

SECURITE Les syndicats Alliance et Unité SGP ont appelé samedi à cesser les contrôles d'identité après les propos d'Emmanuel Macron dénonçant des contrôles au faciès et les discriminations sur Brut

Thibaut Chevillard

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Une patrouille de la police. (Illustration)
Une patrouille de la police. (Illustration) — A. GELEBART / 20 MINUTES
  • Vendredi, sur le média en ligne Brut, le président de la République a expliqué vouloir regarder en face la question des contrôles au faciès et a annoncé le lancement en janvier d’une plate-forme nationale de signalement des discriminations.
  • Estimant que le président est en train de lâcher les policiers, les deux principaux syndicats de gardiens de la paix, Alliance et Unité SGP Police FO, ont appelé samedi à cesser les contrôles d’identité.

« Afin d’éviter que notre intervention soit assimilée à de la discrimination, décidons de mettre fin au contrôle et de ne pas risquer un trouble à l’ordre public. » Dans une main courante consultée par 20 Minutes, des policiers de Seine-Saint-Denis expliquent pourquoi ils n’ont pas contrôlé l’identité d’une dizaine de personnes qui était « en train de squatter » un hall d’immeuble à Pantin, dans la nuit de samedi à dimanche, même si aucune d’entre elle ne portait de masque. Non sans ironie, ces agents soulignent qu’ils n’ont pas oublié « de les saluer » avant de partir.

Trois jours après l’interview accordée par Emmanuel Macron à Brut, les policiers n’ont pas digéré les mots du président de la République qui a évoqué les questions des contrôles au faciès et des violences policières. Il a notamment annoncé le lancement prochain d’une plate-forme de signalement des discriminations, gérée par l’Etat, le Défenseur des droits et des associations. A Vitry (Val-de-Marne), des policiers qui menaient une opération de sensibilisation ce lundi matin sur l'A86, ont collé un mot sur la fenêtre arrière de leur voiture qui résume l’état d’esprit des agents après l’intervention présidentielle : « Ni violents, ni racistes, juste des gardiens de la paix. Nous continuerons de vous protéger si on nous en donne les moyens. »

« Le président a traité, à demi-mot, nos collègues de racistes »

« Le président jette l’opprobre sur l’ensemble de la profession, déplore Stanislas Gaudon, délégué général du syndicat Alliance. Pour nos collègues, c’est insupportable. On a eu l’impression que l’Etat lâchait sa police après l’avoir maltraitée. » Les deux principaux syndicats de gardiens de la paix, Alliance et Unité SGP, ont donc appelé samedi les agents à cesser les contrôles d’identité en signe de protestation.

« Cette action, c’est un cri de colère de nos collègues que le président a traité, à demi-mot, de racistes », explique Linda Keddab, déléguée nationale du syndicat Unité SGP Police-FO. Les agents en service sont invités à « se mettre en position d’attente », précise-t-elle. « Les policiers assurent les missions de secours, complète Stanislas Gaudon. On répond aux appels d’urgence mais on ne prend aucune initiative, aucun risque. » Objectif : « Éviter d’être stigmatisé, d’être accusé de réaliser des contrôles au faciès ou d’avoir fait un usage de la force disproportionnée ».

Passage à tabac d’un producteur de musique, évacuation controversée d’un camp de migrants place de la République… Il faut dire que la police est sous le feu des critiques après plusieurs affaires récentes qui ont fait couler beaucoup d’encre. « Nous ne sommes pas dans le déni, se défend Stanislas Gaudon. Quand certains dans nos rangs ont des comportements qui ne sont pas déontologiques, qui ne respectent pas la procédure pénale, des enquêtes sont ouvertes et il faut attendre leurs conclusions. Croyez-moi, dans la police, il n’y a pas d’impunité. »

« Les collègues en prennent plein la figure »

La colère des policiers est d’autant plus forte que plusieurs dizaines d’entre eux ont été blessées au cours des manifestations organisées ces derniers week-ends contre la loi sécurité globale. « Les collègues en prennent plein la figure. Il y a 20 blessés par jour dans nos rangs et ces deux derniers samedis, il y a eu plus de 160 collègues blessés », regrette le délégué général d’Alliance qui dénonce « une justice à deux vitesses : une pour les policiers, une pour les autres ».

Vendredi, le chef de l’Etat a essayé tant bien que mal de trouver les mots pour soutenir les fonctionnaires tout en concédant des dysfonctionnements au sein de l’institution. Quitte à se mettre à dos les syndicats de policiers. Gérald Darmanin, qui est dans une passe politique compliquée, conserve leur confiance pour le moment. « Il n’a pas fait d’erreur vis-à-vis des forces de l’ordre pour l’instant », observe Linda Kebbab. « Certes il fait du Sarkozy, certes il fait beaucoup de communication, mais il a eu le mérite de dire les choses », soutient la syndicaliste. « Lui n’a pas fauté dans son expression à l’égard des policiers », relève également le délégué général du syndicat Alliance.

« Clarifier les orientations présidentielles »

Le ministre de l’Intérieur recevra les représentants des policiers et des gendarmes vendredi 18 décembre, pour évoquer « les difficultés structurelles que connaissent nos forces de l’ordre », indique la place Beauvau dans un communiqué. Il sera question de formation, d’encadrement, de conditions matérielles, de captation des interventions, des inspections qui contrôlent ces forces de sécurité, du lien police/population et de maintien de l’ordre. Des thèmes pointés du doigt par Gérald Darmanin lors de son audition à l’Assemblée nationale.

« Son discours ne pouvait pas rester sans rien derrière », indique Linda Kebbab. « On ne peut pas d’un côté dire qu’il y a des problèmes et d’un autre côté, se passer d’un vrai diagnostic de terrain sur les différentes thématiques qu’il a abordé. Le ministère de l’Intérieur doit faire ses propres enquêtes comme les syndicats en font depuis des années. » Le syndicat des commissaires de police souhaite, de son côté, profiter de cette réunion pour « clarifier les orientations présidentielles » et « trouver des solutions urgentes aux violences qui se répandent sur nos policiers, avant qu’un drame ne se produise ».