Journée mondiale du climat : Le documentaire « Avenir » retrace « un réveil citoyen » lors des municipales à La Clusaz

INITIATIVE Portée par Alexandre Hamelin (36 ans), la liste ADN s’est présentée à La Clusaz (Haute-Savoie) afin de pointer les enjeux climatiques. Le film « Avenir », qui a suivi cette aventure, sort ce mardi en avant-première digitale

Jérémy Laugier
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L'équipe d'ADN, avant les élections municipales de mars 2020 à La Clusaz.
L'équipe d'ADN, avant les élections municipales de mars 2020 à La Clusaz. — ADN
  • A l’occasion de la Journée mondiale du climat, le documentaire de 26 minutes Avenir est présenté gratuitement en avant-première digitale, ce mardi sur skipass.com.
  • La réalisatrice Laura Lardeux a accompagné l’hiver dernier des habitants de La Clusaz (Haute-Savoie) montant une liste rafraîchissante tournée vers les enjeux climatiques.
  • Si ADN (Avenir-démocratie-nature) a été battue lors des élections municipales en mars, Avenir offre un regard « d’espoir » sur cette initiative inspirante, bien au-delà de La Clusaz.

« On ne va quand même pas voter pour un maire ayant un bonnet sur la tête. » Pendant trois semaines, durant l’hiver dernier, Laura Lardeux a été témoin de réflexions aussi improbables de la part de certains habitants de La Clusaz (Haute-Savoie), lorsqu’elle y tournait Avenir. Avec ce documentaire, disponible gratuitement en avant-première digitale, ce mardi jusqu’à minuit, dans le cadre de la Journée mondiale du climat 2020, la réalisatrice de 28 ans a surtout découvert un étonnant groupe de Haut-Savoyards. Mobilisés pour la cause environnementale, ceux-ci ont poussé leur aventure jusqu’à monter une liste rafraîchissante aux élections municipales.

Rentrée du Canada en 2018 afin d’accompagner à La Clusaz les derniers instants de vie de sa mère victime d’un cancer, Laura Lardeux s’est même « reconnectée à sa créativité grâce à eux », à un moment où elle pensait quitter à nouveau la France. Et ce notamment en raison de la croissance économique exponentielle constatée dans son village de cœur, saturé chaque hiver. « J’ai enfin rencontré un collectif engagé pour l’environnement et prônant la démocratie participative, apprécie-t-elle. J’ai immédiatement senti que leur histoire avait une portée universelle. »

« Une véritable fronde contre le tout ski »

L’initiative est venue d’Alexandre Hamelin (36 ans), ancien skieur freestyle et plus jeune conseiller municipal à La Clusaz à partir de 2014. « Je m’étais lancé pour analyser le fonctionnement d’un village ayant un budget de plus de 30 millions d’euros, ce qui est astronomique au vu des 1.800 habitants ici, mais il y a aussi 25.000 lits chauds », explique celui qui est désormais speaker et spécialiste en aménagement de pistes de ski freestyle. Remonté contre le projet d’implantation d’un Club Med au pied de la chaîne des Aravis, mais aussi celui de remontées mécaniques supplémentaires à La Clusaz et d’une liaison avec Le Grand Bornand, Alexandre Hamelin décide « de mener un combat » à partir d’août 2019.

« Les trois projets étaient révélateurs d’une vision à court terme qui me chagrinait, confie-t-il. On ne voulait pas être un simple groupe d’opposants mais mener une véritable fronde contre le tout ski. » « Un combat » amorcé à quatre et transformé six mois plus tard en inattendue force politique de 19 candidats. Le 13 février 2020, la première participation aux municipales de la liste ADN (Avenir-démocratie-nature) devient officielle. « Un type se présentant avec cheveux longs et bonnet, ça casse les codes, c’est un peu trop fun dans la politique », sourit Alexandre Hamelin, qui estime que son équipe « a influencé la campagne ».

La tête de liste d'ADN, Alexandre Hamelin (36 ans).
La tête de liste d'ADN, Alexandre Hamelin (36 ans). - ADN

37,4 % des suffrages pour ADN, le 15 mars à La Clusaz

« Je pense que la liste face à nous a changé ses positions sur ces gros enjeux-là, et l’enquête publique du schéma de cohérence territoriale (SCoT) a récolté un nombre de commentaires record. Cela a pu pousser la communauté de communes [qui compte 12 mairies] à finalement rejeter le projet de Club Med cet été. » Par la voix de sa tête de liste, ADN a durant cette courte campagne tenté d’inspirer une transition environnementale : « La montagne a besoin de se renouveler car elle a le même business model que dans les années 70. On doit réfléchir à comment faire vivre notre territoire toute l’année, et donc par un autre biais que le ski ».

Dans l’aventure collective ADN, qui compte plusieurs trentenaires et une grande majorité de novices en politique, on retrouve différents profils : des entrepreneurs, des restaurateurs, des moniteurs de ski, des parents à temps plein ou encore des retraités. Si le 15 mars, ils ont obtenu 37,4 % des suffrages, ils sont parvenus à bousculer l’offre politique d’un village habitué à une seule liste depuis des décennies.

« Ce n’est pas parce qu’on est jeunes qu’on doit se laisser diriger »

Battu par Didier Thévenet et sa liste Ensemble, ADN est désormais « en veille », avec trois membres parmi l’opposition au conseil municipal, et Alexandre Hamelin au conseil communautaire. L’envie de « changer les choses » est toujours là, à l’image de la colistière Julie Desnoulez, qui a créé une plateforme répertoriant les commerçants des Aravis durant ce deuxième confinement. Après avoir dérushé une quarantaine d’heures d’images, Laura Lardeux consacre un documentaire de 26 minutes « d’espoir » à ceux qu’elle surnomme « les pirates des temps modernes ».

« Leur vivre ensemble et leur réveil citoyen a vraiment résonné en moi, conclut la jeune réalisatrice. Ils ont réhumanisé la politique à mes yeux. » Alexandre Hamelin est conscient de la puissante trace que laisse Avenir dans le parcours d’ADN : « Bien au-delà de La Clusaz, on souhaite que des gens s’identifient à notre aventure grâce à ce documentaire. Car ce n’est pas parce qu’on est jeunes qu’on doit se laisser diriger par des gens pas forcément visionnaires ».

Le documentaire « Avenir » est à voir gratuitement ici toute la journée du mardi 8 décembre.