Education : Pourquoi le niveau des élèves français est-il si mauvais en maths et en sciences par rapport aux autres pays ?

PEUT MIEUX FAIRE Selon l’enquête internationale Timms dévoilée ce mardi, les élèves de CM1 et de 4e affichent de piètres performances, et leur niveau baisse par rapport aux précédentes évaluations

Delphine Bancaud

— 

Un écolier de primaire qui fait un exercice de maths.
Un écolier de primaire qui fait un exercice de maths. — Pixabay
  • L’enquête internationale Timms, rendue publique ce mardi, montre que les élèves français ont des résultats en maths et en sciences en retrait par rapport aux précédentes études, et qu’ils se situent en queue de peloton des pays européens dans ces domaines.
  • Jean-Michel Blanquer a pris des mesures en 2018, inspirées du rapport Vilani-Torossian, pour tenter de redresser la barre. Mais les répercussions sur les résultats des élèves ne seront perceptibles qu’à moyen terme.

Une nouvelle douche froide pour la France. En CM1, les petits Français affichent les pires résultats de l’Union européenne en maths selon Timms*, une étude internationale publiée ce mardi par l’IEA (International Association for the Evaluation of Educational Achievement). Ils affichent un score de 485 points, alors que la moyenne internationale est à 527 et celle des pays de l’OCDE est de 529. Et ils régressent, puisque lors de la précédente étude, publiée en 2016, ils obtenaient un score de 487 points.

« Cette baisse des résultats est une tendance de fond et de long terme », souligne Thierry Rocher, président de l’IEA. « Et dans notre pays, les élèves ayant le niveau le plus faible en maths sont surreprésentés. Ils sont 15 %, contre 6 % des élèves au niveau européen. Et seulement 3 % de nos élèves atteignent le niveau avancé en maths, contre 9 % des élèves en Europe », note Fabienne Rosenwald, directrice du service statistique du ministère de l’Education. « Nos élèves ont des points forts en géométrie, mais des faiblesses sur les nombres et l’algèbre », poursuit-elle. Autre point marquant : les garçons obtiennent de meilleurs scores que les filles (+13 points) et le niveau de ces dernières a même baissé de 7 points depuis 2015.

« Le niveau en maths des élèves de 4e de 2019 est équivalent à celui des élèves de 5e en 1995 »

Pour les élèves de 4e, c’est encore pire. Car la France affiche un score de 483 points en maths alors qu’il était de 530 en 1995. Une énorme dégringolade. Elle se classe à l’avant-dernière place européenne, en dépassant de peu la Roumanie, sachant que la moyenne des pays de l’Union européenne et de l’OCDE se situe à 511 points. « Le niveau en maths des élèves de 4e de 2019 est équivalent à celui des élèves de 5e en 1995 », constate Thierry Rocher.

« Et nos meilleurs élèves sont très en retrait, car seulement 2 % des élèves français de 4e atteignent un niveau avancé en maths en 2019, contre 11 % de ceux des pays de l’Union européenne et de l’OCDE », indique Fabienne Rosenwald. Les points forts des collégiens concernent les statistiques, les probabilités et la géométrie. Mais ils pèchent en algèbre et en calcul. Et là encore, les collégiens remportent un meilleur score que les collégiennes (+ 9 points). Concernant le niveau en sciences, la France ne peut pas crier « cocorico » non plus. Car les élèves de CM1 affichent un score de 488 points (contre 487 en 2015) alors que la moyenne européenne est de 522 points et celle des pays de l’OCDE de 526. Le niveau des élèves de 4e est de 489 points et il stagne depuis vingt-quatre ans, puisqu’il était de 488 en 1995.

Un problème de formation des enseignants du premier degré

Les résultats de cette enquête Timms sont d’autant plus inquiétants qu’ils corroborent d’autres données : « Cela confirme les résultats de l'enquête Cèdre notamment. Il y a une cohérence regrettable », a réagi Edouard Geffray, directeur général de l’enseignement scolaire (Dgesco). Selon lui, plusieurs raisons peuvent expliquer ce faible niveau des élèves en maths. D’abord un manque d’affinités de certains enseignants du premier degré avec la discipline : « Les professeurs des écoles sont majoritairement issus de filières de sciences humaines ou sociales et rarement de filières scientifiques. Ils n’ont donc pas toujours la même aisance pour enseigner cette discipline », indique Edouard Geffray. En outre, ces enseignants n’ont pas pu forcément bénéficier de formation continue dans le domaine. « Nos professeurs des écoles ont un degré de confiance en eux pour aborder les maths plus bas que ceux de l’Union européenne », complète Thierry Rocher.

Par ailleurs, il existe un problème de recrutement d’enseignants en mathématiques dans le secondaire. Ce qui fait que les absences des enseignants ne sont pas toujours rapidement remplacées et que le recours à des contractuels est fréquent. Or, ces derniers n’ont souvent pas le même niveau dans cette discipline que les enseignants titulaires. Autre souci : les programmes scolaires ne semblent pas assez exigeants sur certains points. « Les problèmes complexes qui font appel à plusieurs opérations sont abordés tard dans la scolarité, alors que dès le CP, un élève pourrait les réussir. De même, les fractions et les nombres décimaux pourraient être abordés plus tôt pour permettre aux élèves de mieux se les approprier », reconnaît Edouard Geffray.

Le plan Vilani-Torossian commence à porter ses fruits

Conscient de la position de cancres des élèves français, Jean-Michel Blanquer avait présenté en février 2018 un plan inspiré du rapport Vilani-Torossian, qui prévoit notamment le développement de la formation continue en maths des professeurs des écoles, via des enseignants référents. « 40.000 enseignants ont déjà été formés depuis 2018 et en 2020-2021, nous allons mettre en place des formations en maths pour les contractuels », indique Edouard Geffray. « D’ailleurs, alors qu’en 2015, 53 % des enseignants n’avaient pas reçu de formation continue en maths, ils ne sont plus que 23 % dans ce cas en 2019 », indique Thierry Rocher. Et la réforme des INSPE (institut national supérieur du professorat et de l’éducation) a permis aussi de revoir la formation initiale des enseignants : « Désormais, 55 % de la formation est dédiée au français et aux maths. Mais cela peut prendre du temps pour que cela infuse chez les élèves », indique Edouard Geffray.

Mais dans les pays qui ont fortement progressé en maths, « il y a eu un choc sociétal après la diffusion des mauvais résultats à une évaluation internationale, constate Thierry Rocher. En France, il n’y a pas eu de choc Pisa ou Timms. Or, il faut que cette prise conscience collective ait lieu, aussi bien chez les parents que chez les enseignants pour que chacun se mette en ordre de bataille et que les résultats des élèves français s’améliorent réellement », insiste-t-il.

* Timms est une enquête internationale réalisée tous les quatre ans depuis 1995 pour évaluer le niveau en maths et en sciences des élèves de grade 4 (ce qui correspond à notre CM1) et de grade 8 (ce qui correspond à la classe de 4e en France). Cette étude est réalisée par un organisme international indépendant, l’IEA (International Association for the Evaluation of Educational Achievement), et il porte sur 58 pays pour l’évaluation des élèves de grade 4 et sur 46 pays pour ceux de grade 8. A noter que la France n’avait pas participé à l’évaluation de ses élèves de 4e depuis 1995.