Loi « sécurité globale » : Plusieurs milliers de manifestants, de sérieux incidents et 42 interpellations à Paris

MOBILISATION Cette nouvelle journée coïncide avec les actions menées dans le cadre de la journée nationale contre le chômage et la précarité, chaque premier samedi de décembre

20 Minutes avec AFP

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Manifestation à Paris ce samedi contre la loi « sécurité globale» et contre la précarité
Manifestation à Paris ce samedi contre la loi « sécurité globale» et contre la précarité — Francois Mori/AP/SIPA

Edit : Cet article a été mis à jour au fil de l’après-midi samedi avec l’annonce d’incidents et d’interpellations à Paris et Nantes notamment.

« Pour les droits sociaux et la liberté. » A travers l’Hexagone, la mobilisation en cours contre la loi « sécurité globale » converge ce samedi avec celle prévue contre la précarité, maintenant la pression sur l’exécutif. Près de 90 rassemblements sont annoncés par les organisateurs dans les villes, grandes et moyennes, de France. A Paris, la manifestation s’est élancée à 14 heures de la Porte des Lilas en direction de la place de la République, sous surveillance après les heurts de samedi dernier près de la Bastille.

Plusieurs milliers de personnes, dont de nombreux « gilets jaunes », ont commencé à défiler dans la capitale. Derrière une banderole proclamant « Liberté, Egalité, Fraternité, pour qui ! » et au milieu de ballons syndicaux, notamment de la CGT, FSU et FO, le défilé se déroulait au milieu des fumigènes et du bruit des pétards, au son notamment de « Tout le monde déteste la police ». La présence policière était conséquente, par crainte de débordements.

Réécriture de l’article 24

Initialement prévue comme un rassemblement syndical contre la précarité, la journée de samedi voit s’agréger la contestation contre les violences policières et la loi « sécurité globale ». Le texte est accusé par ses détracteurs de porter atteinte « à la liberté de la presse, à la liberté d’expression et à la liberté de manifester », et aussi d’instaurer « des outils de surveillance de masse ». La défiance à son encontre a été renforcée par le tabassage filmé du producteur de musique Michel Zecler par des policiers.

Samedi dernier, les « marches » organisées par la « coordination #StopLoiSécuritéGlobale », un collectif de multiples syndicats et associations, dont plusieurs organisations de journalistes, ont fortement mobilisé dans le pays : entre 133.000 personnes, selon le ministère de l’Intérieur, et 500.000 selon les organisateurs.

Face à cette colère, le gouvernement n’a à ce jour annoncé qu’une concession : la réécriture de l’article 24, le plus polémique, encadrant l’image des policiers. La coordination réclame son retrait pur et simple, avec les articles 21 et 22 du texte – relatifs respectivement à l’usage des caméras-piétons et des drones par les forces de l’ordre, et conteste le « nouveau schéma national du maintien de l’ordre » qui limite la couverture médiatique des manifestations.

Une plateforme de signalement des discriminations lancée

Accusé de multiplier les mesures « liberticides », Emmanuel Macron a tenu à s’adresser directement aux jeunes, très présents lors des dernières manifestations, dans un entretien accordé au média en ligne Brut vendredi. Le chef de l’Etat a prôné l’apaisement, en dénonçant à la fois les violences de certains policiers et celles commises contre les forces de l’ordre, notamment lors des manifestations de samedi dernier. « Je n’ai pas de problème à répéter le terme de violences policières mais je le déconstruis », car « c’est devenu un slogan pour des gens qui ont un projet politique », notamment « l’extrême gauche » selon lui.

Emmanuel Macron a également expliqué vouloir regarder en face la question des contrôles au faciès. Il a promis le lancement en janvier d’une plateforme nationale de signalement des discriminations, gérée par l’Etat, le défenseur des droits et des associations. Les caméras-piétons pour les policiers seront parallèlement généralisées.

Actes de vandalisme et heurts à Paris

Quarante-deux personnes ont été interpellées samedi, dont 21 placées en garde à vue (dont deux mineurs), selon un bilan mis à jour à 20 heures, à l’occasion de la manifestation à Paris, émaillée de nombreux actes de vandalisme et heurts entre des centaines de casseurs et les forces de l’ordre.

De sérieux incidents ont en effet éclaté lors de la marche : des voitures ont notamment été incendiées le long du parcours, a constaté un journaliste de l’AFP. Plusieurs vitrines, dont celles d’un supermarché, d’une agence immobilière et d’une banque, ont également été endommagées par des casseurs avenue Gambetta, dans le 20e arrondissement. Au total, entre « 400 et 500 éléments radicaux », selon une source policière, ont commis de nombreuses dégradations. 

Certaines villes craignaient de nouveaux débordements violents ce samedi. A Bordeaux et Montpellier, les préfets ont ainsi interdit tout cortège dans l’hypercentre. A Lyon, la manifestation n’est autorisée que sur la rive gauche du RhôneA Nantes, le défilé est parti de la préfecture, malgré l’opposition des commerçants, qui voulaient qu’il évite le centre-ville. Cinq policiers ont été blessés à Nantes lors de la manifestation, dont l’un a été touché par un cocktail molotov, a-t-on appris auprès de la préfecture de Loire-Atlantique. Cette dernière indiquait, samedi à 20 heures, que 16 personnes avaient été interpellées.

Journée nationale contre le chômage et la précarité

Les « marches des libertés » de ce samedi ont été rebaptisées « des libertés et des justices », car elles vont souvent se tenir « en convergence avec les actions menées dans le cadre de la journée nationale contre le chômage et la précarité ». Chaque premier samedi de décembre, la CGT se mobilise partout en France pour soutenir les précaires et les chômeurs. Elle le fera cette année avec d’autres syndicats, mobilisés dans ce contexte sanitaire et social difficile.