Paris : Bientôt des scooters et motos électriques dans les voies de bus ?

TRANSPORTS Les scooters et motos électriques peuvent désormais circuler sur les voies réservées aux bus et taxis pour « éviter le trafic ». A Paris, la question est loin d’être tranchée

R.L.

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Deux personnes sur un scooter à Paris (Illustration)
Deux personnes sur un scooter à Paris (Illustration) — Michel Euler/AP/SIPA
  • Les deux-roues électriques sont désormais considérés comme des « véhicules à très faibles émissions » (VTFE) et « peuvent notamment bénéficier de conditions de circulation et de stationnement privilégiées », selon un décret.
  • Il revient désormais aux autorités locales d’autoriser l’accès à ces voies au cas par cas. A Paris, le sujet n’est pas « l’ordre du jour », indique-t-on à l’Hôtel de ville.
  • En attendant, usagers ou encore chauffeurs de taxi sont partagés sur la mesure.

Du chamboulement dans les couloirs de bus ? Alors que cette voie est actuellement empruntée par les bus et les taxis, les scooters et motos électriques pourraient également les rejoindre. Le site Service public a indiqué, fin novembre que ces derniers pourraient désormais  circuler sur les voies réservées aux bus, afin d’éviter le trafic. Mais il revient désormais aux autorités locales d’autoriser l’accès à ces voies au cas par cas, selon la loi d’orientation des mobilités votée fin 2019. Mais la capitale est-elle prête à un tel chambardement ?

« Cette modification au Code de la route vient d’être mise en place par le gouvernement, et il est évident que cela va changer les trajets de bon nombre de propriétaires de scooters et motos électriques en France, et notamment à Paris, où nous sommes. Nos clients vont pouvoir désormais pouvoir circuler sur certaines "voies réservées", c’est-à-dire notamment toutes les voies de bus et de taxis », explique Julien Garcia, directeur général et cofondateur des deux magasins parisiens Les Nouveaux Scooters. Sauf qu’à Paris, la décision est loin d’être tranchée et une discussion sur le sujet n’est pas encore à « l’ordre du jour », indique-t-on à l’Hôtel de ville à 20 Minutes.

« Ce serait une très mauvaise mesure, anti vélo, anti bus et anti taxis »

« Ce serait une très mauvaise mesure, anti vélo, anti bus et anti taxis. J’ai toujours été opposé à ce que les deux-roues motorisés, électriques ou non, circulent dans les couloirs de bus. C’est dangereux pour les cyclistes, et cela ralentirait bus et taxis. Donc c’est non ! », a d’ailleurs indiqué sur Twitter, le 29 novembre dernier, Christophe Najdovski, adjoint à la maire de Paris en charge de la végétalisation de l’espace public et des espaces verts. Qu’en pensent les usagers ?

A l’occasion d’ un appel à participatif lancé par 20 Minutes auprès des Parisiens et des Parisiennes, les avis sont partagés. « Je pense qu’il serait très utile que les couloirs de bus soient accessibles aux scooters sachant que les voies de bus sont vides la plupart du temps. En effet, les voies parisiennes sont assez serrées. S’agglutiner dans les voies voitures n’a pas de sens. C’est même dangereux », assure Laurent.

« Non je ne suis pas d’accord parce que cela va augmenter le nombre d’accidents dans cette voie, en plus ces scooters vont faire ralentir la circulation des bus et des taxis », note de son côté Hamid. « Je traverse Paris quotidiennement. Aux heures de pointe, certaines voies, du fait de leur étroitesse, ne permettent pas de circuler entre les voitures [notamment le long de la Seine]. Pouvoir emprunter les couloirs de bus serait un avantage formidable. Je ne pense pas que les cyclistes seront plus en danger qu’avant. Et de nombreux scooters empruntaient déjà les couloirs de bus », souligne Hugo.

« Ça nous gênerait »

Mais les taxis ne l’entendent pas tous de cette oreille. « Nous, ça nous gênerait ! Ça va encombrer la voie, ça va réduire le trafic au lieu de le fluidifier. S’il y a plus de monde ça va forcément ralentir le trafic », déplore Mohamed chauffeur et membre de la CGT taxis, sollicité par 20 Minutes. Mais les habitués des deux-roues espèrent tout de même que la mesure passe à Paris. « Ce serait bien dommage de pas l’avoir à Paris. Cette mesure pourrait pourtant être incitative et permettre le développement de l’électrique à Paris », reprend Julien Garcia.

« Il y aura une discussion sur le sujet », abonde-t-on à la mairie. Mais pas certain que la mesure aboutisse. En revanche, le stationnement payant pour les deux roues à Paris, est, lui, bel et bien dans les tuyaux comme c’est déjà le cas à Charenton-le-Pont et Vincennes (Val-de-Marne). « Anne Hidalgo et moi-même, pendant la campagne électorale, nous sommes déclarés favorables au stationnement payant des deux-roues motorisés. Pour l’instant, on travaille, rien n’a été encore arbitré. Les choses se décanteront au début de l’année prochaine », a indiqué au Parisien, David Belliard, l’adjoint à la maire (EELV) chargés des transports.