Coronavirus : A l'école de formation Wecair, les futurs pilotes de ligne confiants malgré la crise qui frappe l’aéronautique

REPORTAGE « 20 Minutes » s’est rendu sur le site de l’école de formation Wecair, près de Bordeaux, à la rencontre des futurs pilotes de ligne, tous convaincus que le secteur aérien va rebondir très fort après la crise sanitaire

Mickaël Bosredon

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A 35 ans, Matthieu Rigodanzo est en reconversion pour devenir pilote de ligne
A 35 ans, Matthieu Rigodanzo est en reconversion pour devenir pilote de ligne — Mickaël Bosredon/20 Minutes
  • Que ce soit à l’Enac, l’Ecole nationale de l’aviation civile, ou chez Wecair, une formation privée, on n’a ressenti aucune désaffection pour le métier de pilote de ligne, malgré la crise qui frappe durement l’aéronautique.
  • Les 18 élèves qui ont rejoint en septembre la formation de l’école Wecair, à Latresne près de Bordeaux, se disent tous très motivés, et sont convaincus que le secteur aérien va rebondir très fort après la crise.
  • La présidente de l’école Wecair reste même persuadée que les besoins de formation en pilotes de ligne pour ces prochaines années, ne seront que très peu entamés par la crise.

Avant la crise du Covid-19, on estimait les besoins à environ 600.000 pilotes de ligne à former dans le monde ces vingt prochaines années. Tout simplement énorme. Le coronavirus a-t-il mis à mal ces perspectives, alors que l’aéronautique est sévèrement secouée par la crise, et que les plans sociaux dans le secteur s’enchaînent, quand ce ne sont pas des compagnies qui mettent tout simplement la clé sous la porte ?

Que ce soit à l’école privée de formation de pilotes de ligne Wecair, basée à Latresne près de Bordeaux, ou au sein de la très sélective Enac, l’école nationale de l’aviation civile basée à Toulouse, on assure n’avoir ressenti aucune répercussion de la crise. « Il n’y a pas moins d’intérêt pour notre cursus, nous dit-on à l’Enac, nous avons eu comme les années précédentes un peu plus de 1.000 candidats en 2020 [pour seulement moins de 20 élus par an]. C’est un métier de passion et les jeunes qui veulent être pilotes ne voient que cela. Attention : la crise est bien réelle, et pour ceux sortis l’année dernière ou cette année cela va être plus difficile de trouver du travail, c’est clair. Mais les nouveaux se disent qu’ils ont encore trois ans d’études devant eux et que ça reprendra. »

« Dès que le vaccin sera là, l’aviation va reprendre de plus belle »

Krista Vandermeulen, présidente de l’école privée Wecair, assure avoir rempli sans difficulté ses deux promotions cette année, celle de mars comme celle de septembre qui accueille 18 élèves. « En revanche, le profil de nos élèves a légèrement changé : on a affaire à des gens vraiment déterminés, ils ne se voient que pilotes d’avion ! » 20 Minutes s’est rendu chez Wecair, sur le site de l’Aérocampus de Lastresne, à la rencontre de ces futurs pilotes, pour leur demander comment ils vivaient cette crise sanitaire et économique.

Céleste, 21 ans, arrive d’Annecy. Après « deux années de prépa maths sup/spé », elle avait préparé le concours de l’Enac, où elle est arrivée vingtième. « Mais il n’y avait que 14 places… » Elle s’est donc réorientée sur Wecair.

Céleste Cousin, qui a intégré l'école Wecair en septembre, en est convaincu :
Céleste Cousin, qui a intégré l'école Wecair en septembre, en est convaincu : - Mickaël Bosredon/20 Minutes

« Pilote, c’est le métier que je veux faire depuis très longtemps déjà », dit-elle, déterminée. La crise n’a en rien entamé sa conviction. « Il y a déjà eu énormément de hauts et de bas dans l’aéronautique, là on est dans un creux mais ça va remonter. On a encore besoin de voyager, et dès que le vaccin sera là, l’aviation va reprendre de plus belle, à ce moment-là il y aura besoin de pilotes. Et puis, il n’y a pas que l’aviation de tourisme, il y a l’aviation d’affaire, le cargo, le rapatriement sanitaire… »

« Il y aura après la crise une envie de découverte, de voyager »

Pas plus d’inquiétude chez Thibault, 18 ans : « De toute façon, je veux être pilote depuis que je suis tout petit, je ne me vois pas faire autre chose. Et s’il y aura certainement un avant et un après Covid-19, il y aura toujours besoin de pilotes. »

Originaire du Pays Basque, Matthieu a un profil très différent. A 35 ans, il est en reconversion professionnelle. « J’ai été viticulteur, puis dans le commerce de matériel agricole, parallèlement j’ai toujours côtoyé le milieu de l’aéronautique, et j’ai passé mon brevet de pilote privé. »

Aujourd’hui il veut devenir pilote de ligne, et il estime même que, finalement, « le meilleur moment pour se former c’est maintenant que l’on est dans le creux de la vague. » Lui non plus, ne se fait aucun souci quant à de plus beaux lendemains pour le secteur. « Aujourd’hui, tout le monde est coincé chez soi, il y aura après la crise une envie de découverte, de voyager, il faut donc s’attendre à une reprise d’activité qui peut même être très forte. »

« Les compagnies doivent être prêtes » pour le redémarrage de l’activité

C’est ce que pense aussi la présidente de Wecair. « Je suis persuadée que le redémarrage pour le secteur aérien va être intense, les compagnies doivent donc être prêtes », prévient-elle. Elle estime par ailleurs que « les projections à long terme concernant le nombre de pilotes à former, resteront grosso modo les mêmes, peut-être légèrement à la baisse. Il y a certes quelques compagnies qui vont disparaître, mais il y a aussi des opportunités en temps de crise. Je pense à une compagnie basée à Mérignac, Airlec, qui fait des évacuations sanitaires, je pense aussi à l’aviation d’affaires… On aura peut-être un changement de certains modèles, mais les besoins sont encore là. »

Pour intégrer l’école Wecair, il n’est pas obligatoire d’avoir fait une prépa maths sup/spé, le bac suffit. « Nous sommes toutefois très sélectifs, nous recherchons des candidats déterminés, il faut parallèlement réussir des tests effectués dans un centre spécialisé, le CEMPM [centre d’expertise médicale pour personnel navigant], et comprendre parfaitement l’anglais », explique Krista Vandermeulen. La formation dure 22 mois, dont neuf mois à Bordeaux sur l’Aérocampus, puis quatre mois en Floride et neuf mois à Bruxelles. « Au bout de deux ans, nos élèves obtiennent la licence de pilote professionnel, ils peuvent alors solliciter n’importe quelle compagnie, qui va ensuite former le pilote sur le type d’appareil qu’elle utilise. »

Un coût de formation de 100.000 euros

Si la formation de l’Enac est gratuite – hormis les frais de scolarité – il faut généralement débourser au minimum 70.000 à 80.000 euros pour intégrer une formation privée en France. Chez Wecair le tarif est de 100.000 euros. « C’est le coût tout compris, hors hébergement, car souvent on oublie de mentionner la taxe d’atterrissage, les examens au sol et en vol, ce qui représente plusieurs milliers d’euros, insiste sa présidente. Cela peut sembler cher, mais nous insistons sur le fait que les finances ne doivent pas être un frein pour intégrer notre école. D’abord, nous ne demandons pas 100.000 euros à l’inscription, mais 15.000 euros, le reste étant échelonné dans le temps. Ensuite, nous avons un partenariat avec une banque qui permet de rembourser uniquement quand on commence à travailler. On prend les gens sur leurs capacités, pas sur le carnet de chèques. »

Wecair met en avant « un taux de réussite à l’examen de 100 % » et assure que ses élèves peuvent ensuite « intégrer n’importe quelle compagnie, même les plus exigeantes ». Les salaires sont très variables, en fonction des compagnies, du type de vols qu’on effectue, « mais un copilote démarre aux alentours de 3.500 euros par mois, et dans une low cost il devient commandant de bord au bout de cinq ans, il peut alors doubler son salaire, assure Krista Vandermeulen. En fin de carrière, un pilote peut gagner entre 20.000 et 25.000 euros. »

Ouverte en 2018, Wecair a accueilli en septembre sa septième promotion.