Noël en Occitanie : Le conte merveilleux du muscat de Noël est né d'« une histoire de copains »

TRADICOOL « 20 Minutes » fait un tour de France des traditions de Noël. En Occitanie, le muscat de Noël, vin primeur relancé en 1997 par des vignerons, est très prisé pour les fêtes

Nicolas Bonzom
Une bouteille de muscat de Noël de Rivesaltes
Une bouteille de muscat de Noël de Rivesaltes — Vignerons catalans
  • Les fêtes de Noël approchent. « 20 Minutes » vous fait découvrir différentes traditions qui existent à Marseille, en Occitanie ou en Alsace.
  • Ce sont des vignerons du Roussillon qui ont remis au goût du jour, en 1997, la tradition du muscat de Noël, que les professionnels dégustaient dans les caves.
  • Aujourd’hui, dans le Roussillon, entre 80 et 100 producteurs en produisent, soit 400.000 à 500.000 bouteilles par an. Une institution, qui se boit de novembre à janvier.

« Allez, une goutte, pour accompagner le foie gras ! » Cette année encore, pour les fêtes, il y aura sans doute une bouteille de muscat de Noël, sur les tables d'Occitanie (et d’ailleurs). Ce vin doux, sucré, parfait pour l’entrée comme pour le dessert, est le tout premier muscat mis en bouteilles, après la fin des vendanges. A l’image du Beaujolais nouveau. 20 Minutes a mis le nez dans cette tradition.

« Depuis longtemps, tous les producteurs dégustaient leur muscat primeur, dans leurs caves, mais ne le commercialisaient pas, raconte Anne-Laure Pellet, la directrice du conseil interprofessionnel des vins du Roussillon (CIVR). C’est issu d’une longue tradition, qui remonterait au Moyen-Âge. Il se dit qu’au XVe siècle, les souverains de la cour de Barcelone buvaient du muscat pour les fêtes de la Nativité. » Mais le rite s’est quelque peu essoufflé. Et surtout, personne, dans la profession, n’avait jamais eu l’idée de mettre en bouteilles (et encore moins, de vendre !) ce vin primeur.

Une bouteille de muscat de Noël de Rivesaltes
Une bouteille de muscat de Noël de Rivesaltes - Vignerons catalans

« Ça a marché, tout de suite »

C’est à des vignerons du Roussillon que l’on doit sa résurrection, en 1997. Cette année-là, deux d’entre eux, ont décidé de s’emparer de cette tradition : Fernand Baixas et Pierre-Henri de la Fabrègue, au domaine de Rombeau. Jacques Paloc, qui était alors le responsable local des appellations d’origine, était à leurs côtés pour définir un cahier des charges à ce vin nouveau. « Fernand [Baixas] devait faire un vin pour les Anglais, un Christmas Pudding Wine, se souvient Jacques Paloc. Mais il s’est rendu compte que c’était un peu compliqué. Alors, il s’est dit qu’il allait mettre le muscat en bouteilles tôt, et qu’il le vendrait à Noël. Ça a marché, tout de suite. » De quelques producteurs, cet étonnant projet a été petit à petit adopté par le Roussillon (presque) tout entier.

En 2009, l’Union européenne a même accepté que soit intégrée une mention spécifique, au sein même de l’appellation d’origine protégée (AOP) du muscat de Rivesaltes, reconnaissant officiellement ce vin de Noël, qui se déguste chaque troisième jeudi de novembre. « C’est une histoire magique, un vrai conte de Noël, car d’ordinaire, ce type de reconnaissance est très compliqué à mettre en place, reprend Jacques Paloc. Ce muscat de Noël, c’est quand même une histoire de copains, au départ ! »

Un cahier des charges strict

Une « histoire de copains », mais avec un cahier des charges strict. Dans le Roussillon, ce breuvage ne peut être produit qu’à partir de deux cépages, le muscat petit grain et le muscat d’Alexandrie, dans 89 communes des Pyrénées-Orientales et neuf de l’Aude.

Il y a deux ans, il avait connu un pic de production, avec pas moins de 100 vignerons du Roussillon qui réalisaient encore leur muscat de Noël, soit 500.000 bouteilles par an. En 2019, sa production a un peu baissé. Et cette année, la baisse se poursuit, avec la crise sanitaire, et quelques aléas sur les vignes : le CIVR a recensé 80 producteurs dans les Pyrénées-Orientales et dans l’Aude, soit 400.000 bouteilles de muscat de Noël.


Pensé pour « faire de la publicité au muscat traditionnel »

Chez les Vignerons catalans, un groupement de producteurs du Roussillon, le muscat de Noël est évidemment un must, depuis le début des années 2000. « Tout a commencé par le marché local », indique sa responsable marketing, Selma Regincos, avant que la structure ne commercialise des bouteilles partout en France. « Mais aussi en Belgique », qui raffole de ce vin primeur. Et si les vignerons du Roussillon ont été les pionniers, d’autres territoires se sont aujourd’hui emparés de cette tradition en Occitanie : il existe, dans l’Hérault, un muscat de Noël à Lunel et à Saint-Jean-de-Minervois.

Alors oui, le muscat de Noël est aussi un produit marketing. Un produit d’appel, même. « Il a été pensé comme un vin très aromatique, qui fait de la publicité au muscat traditionnel », raconte Jacques Paloc. Mais il a aussi son rôle à jouer dans la palette des muscats. « C’est le tout premier muscat, il est plus frais, reprend Anne-Laure Pellet. On dit qu’il offre le croquant du raisin qui vient tout juste d’être cueilli. Au ressenti, il est un peu moins sucré, puisqu’il a moins vieilli. Sa robe est un peu plus dorée, plus limpide. »

Des notes fruitées

Et il laisse au palet bien plus de notes fruitées. « Il développe des arômes de citron, de menthe fraîche, de rose ou de litchi, confie Selma Regincos. C’est très explosif. Il se prête totalement aux tables de fin d’année. » « On peut l’accorder de l’apéritif au dessert, avec des plats salés, sucrés… Avec du foie gras ou du roquefort, par exemple, reprend Anne-Laure Pellet. C’est un produit éphémère, au niveau de l’étiquette. Il faut le déguster à Noël ! Mais on peut le boire des années après, il ne va jamais périmer dans la bouteille : il deviendra un muscat traditionnel. » Il se boit traditionnellement jusqu’à fin janvier, car il est parfait, aussi, avec les galettes à la frangipane de l’Epiphanie.

« C’est un produit pour lequel il ne faut pas se louper, en termes de commercialisation, note Selma Regincos. Il faut qu’avant fin janvier, tout soit vendu, parce qu’en février, les clients ne vont pas acheter du muscat de Noël. Alors il faut être vigilant, bien connaître les marchés. » Le muscat de Noël, c’est un peu l’édition collector du muscat.