Pourquoi les inégalités en matière de santé commencent dès la petite enfance

FAMILLE Dans son ouvrage « France portrait social » paru ce jeudi, l’Insee montre, chiffres à l’appui, l’incidence de l’origine sociale sur la santé des enfants

Delphine Bancaud

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Une mère et son enfant
Une mère et son enfant — Pixabay
  • Les inégalités sociales de santé apparaissent avant même la naissance, avec des différences de suivi prénatal et de comportements à risque de certaines mères issus de milieux défavorisés pour l’enfant à naître.
  • Et le suivi médical des enfants et des adolescents est moindre pour les enfants de milieux populaires.

C’est un paradoxe. Alors que le France possède un système de santé considéré comme l’un des plus performants au monde, avec des soins et des traitements tout ou partie pris en charge par l’Assurance maladie, les enfants sont loin d’être égaux en matière de santé.

Des différences qui existent même avant la naissance d’un bébé, comme le montre l’Insee dans son étude France portrait social parue ce jeudi. « Les inégalités apparaissent déjà en raison des conditions de vie moins favorables chez les femmes enceintes des milieux les plus modestes », observe Sylvie Le Minez, responsable de l’unité des études démographiques et sociales de l’Insee. Exemple avec le tabagisme : si 94 % des femmes cadres disent n’avoir pas fumé au troisième trimestre de grossesse, les ouvrières sont 66 % à l’indiquer. Le contexte psychologique de la grossesse est également plus défavorable chez les femmes n’ayant jamais occupé un emploi, les ouvrières et les employées : elles sont 12 % à déclarer s’être senties « mal » ou « assez mal » durant leur grossesse , contre 7 % pour les cadres et 8 % pour les professions intermédiaires.

Davantage de risques de surpoids pour les enfants issus de familles défavorisées

« Le suivi des femmes enceintes est également plus tardif et moins important pour les femmes issues des milieux défavorisés », constate Sylvie Le Minez. Et les conséquences s’en font ressentir. Car lorsqu’un problème se pose en cours de grossesse, les femmes de milieu modeste sont plus nombreuses à être hospitalisées : 18 % des ouvrières ont connu une hospitalisation prénatale, contre 13 % des cadres. Et dès qu’ils voient le jour, les bébés ne sont pas tous dans la même forme physique. « Il y a davantage de bébés prématurés ou ayant un faible poids à la naissance dans les milieux défavorisés », souligne Sylvie Le Minez.

Quand ils grandissent, les différences ne s’estompent pas. Car à poids de naissance identique, il y a davantage de risque pour un enfant issu de milieu populaire d’être en surpoids. C’est le cas de 16 % des enfants d’ouvriers âgés de 5-6 ans, contre 7 % de ceux des cadres. La conséquence d’habitudes de vie qui favorise la prise de poids. Car selon l’Insee, 26 % des enfants d’ouvriers scolarisés en CM2 consomment des boissons sucrées tous les jours, contre 15 % des enfants de cadres. Par ailleurs 16 % des premiers restent plus de deux heures par jour devant les écrans en semaine, contre 8 % des seconds. Ce qui accroît leur sédentarité​ et leur risque de prendre du poids. Et les enfants de familles favorisées pratiquent plus souvent une activité sportive extra‑scolaire.

Un moindre accès aux soins

Et même si les familles modestes – comme les autres – ont accès à des médecins, aux consultations gratuites de la PMI (protection maternelle et infantile), aux bilans de santé gratuits de l’Assurance Maladie et à la visite médicale à l’école, le fait est que les enfants de milieux modestes ont moins accès aux soins. Leurs troubles de la vision ou leurs défauts dentaires sont donc moins corrigés : 28 % des élèves de 3e dont les parents sont ouvriers ont un appareil dentaire, contre 48 % des enfants de cadres, et 31 % portent des lunettes contre 37 % des enfants de cadres.

« Le moindre recours peut s’expliquer par une moins bonne compréhension du fonctionnement du système et des informations sur la santé, qu’il s’agisse de prévention ou de soins, et par une distance sociale au monde médical », explique l’Insee dans son ouvrage.

Des conséquences pour leur vie future

A la sortie de l’adolescence, les jeunes de 17 ans issus de milieux défavorisés sont 28 % à fumer, contre 20 % de ceux de cadres. Il n’y a que concernant la consommation d’alcool qu’ils sont moins à risques. Car le binge drinking (qui consiste à boire beaucoup et vite, soit cinq verres ou plus en une occasion au moins trois fois par mois) est plus courant chez les jeunes issus des milieux favorisés (18 %) que chez ceux des milieux modestes (13 %).

Et ces inégalités sociales de santé n’ont pas que des conséquences sur le bien-être des enfants. Elles en auront aussi dans leur vie future. Tout d’abord concernant les habitudes de suivi médical. « Un enfant qui a pris tôt l’habitude de consulter régulièrement un dentiste aura plus de chances de reproduire ce comportement à l’âge adulte », souligne ainsi l’Insee. Et la prévention permet d’éviter plus tard des traitements lourds et coûteux.