Confinement à Toulouse : « Les gens font l’effort de venir soutenir le petit commerce », une semaine après sa réouverture

SOCIETE Une semaine après la réouverture des commerces «non essentiels», à Toulouse, les commerçants ont assisté à des changements de comportement et à un retour de la clientèle fidèle

Béatrice Colin

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Dans la rue des Tourneurs, artère commerçante de la Ville rose, une semaine après la réouverture des commerces
Dans la rue des Tourneurs, artère commerçante de la Ville rose, une semaine après la réouverture des commerces — B. Colin / 20 Minutes
  • Il y a une semaine, les commerces non essentiels rouvraient en France.
  • A Toulouse, les clients, souvent des fidèles, sont de retour.
  • Ceux qui tirent leur épingle du jeu sont souvent les magasins qui ont passé le virage du e-commerce et du click & collect.

A trois semaines de Noël, ce jeudi dans les rues de Toulouse, on est loin de l’euphorie des autres années. Mais, moins d’une semaine après avoir rouvert, les commerces « non essentiels » du centre-ville savourent tout de même de renouer avec une clientèle qui se déconfine, peu à peu. « Samedi c’était l’effervescence, les gens faisaient leurs cadeaux de Noël comme s’ils allaient manquer de temps. On se serait cru le 23 décembre, la "team prévoyants" était en stress », plaisante Faustine, la patronne de la boutique pour enfants Bobinette, située rue des Tourneurs.

Durant un mois, elle a réussi à maintenir un lien avec eux, grâce au click & collect et la vente en ligne. Un site Internet qu’elle avait lancé l’an dernier et qui a joué un rôle primordial lors de ce second confinement. Et encore aujourd’hui, « ils font du repérage avant et à 80 % ils savent ce qu’ils veulent quand ils viennent », poursuit la jeune femme qui veut rester positive, même si la crise sanitaire a remis en question son projet d’extension de local et le maintien de deux emplois.

Ce sont aussi des fidèles que Diana voit passer dans la boutique éphémère « Le Souk », une succursale du concept store Katie Nat ouverte seulement quinze jours avant le reconfinement. « Il faut dire que techniquement, on est encore en période de confinement et je vois mal les gens faire une attestation pour aller flâner. La clientèle va droit au but. Nous vendons ici des tenues de soirée, et certaines clientes ont du mal à se projeter sur les fêtes de Noël, hésitent à acheter ne sachant pas si elles se tiendront », raconte la jeune femme.

Par contre, il y a un objet qu’elle n’a aucun mal à écouler : les masques en satin de soie aux coloris variés. « On se dit que c’est fou de voir que certaines personnes vont offrir des masques à Noël, les poser au pied du sapin », s’étonne Diana dans un sourire.

Le train de la digitalisation

Depuis samedi dernier, elle voit en tout cas des gens contents de renouer du lien social. Et se refuse à imaginer une nouvelle fermeture en cas de nouvelle vague. Un scénario que Lison, libraire chez Privat, n’ose pas non plus imaginer. Pour certains, la fermeture des librairies a été vécue comme une injustice. «L’émulation autour des librairies indépendantes a fonctionné. Les gens qui étaient sensibles à ces questions, le sont encore plus et nous avons constaté qu’ils étaient contents de revenir», insiste celle qui guide et renseigne les lecteurs.

Le plaisir des clients à retrouver les portes de leur magasin ouvertes, Benoît Ramus l’a aussi constaté. Ce Toulousain possède en plein centre-ville deux boutiques dédiées aux bougies parfumées. « Les gens font l’effort de venir soutenir le petit commerce, malgré les contraintes et même si les restaurants ne sont pas ouverts. Ils sont aussi résilients que nous », se félicite-t-il.

Lui aussi a dû licencier à cause des fermetures imposées à quelques mois d’intervalle, vivant la fermeture des « non essentiels » comme « une douche froide ». A la fin de l’année, il s’attend à enregistrer une perte de chiffres d’affaires de 30 à 35 % et explique s’être endetté à nouveau pour maintenir le bateau à flot. « On prend les jours les uns après les autres, on rogne un peu partout, on a tous divisé nos salaires. On a perdu beaucoup dans cette crise, certains tout. C’est dur, mais c’est plus facile de se battre quand on est ouvert », estime ce dernier.

Mais comme nombre de ses collègues, ces dernières semaines, il a pu compter sur une clientèle fidèle et a vu les commandes sur son site doubler. La vente en ligne, Benoît Ramus s’y était mis avant même d’ouvrir sa boutique de la rue du Fourbastard. Il sait que c’est ce qui a fait la différence avec d’autres. « Certains n’ont pas pris le train de la digitalisation, du produit différenciant. En neuf mois, il y a eu un changement structurel et ça va trop vite pour beaucoup », reconnait-il, indiquant que les commerçants s'apprêtent à lancer leur propre application

Sans compter qu’avant la crise sanitaire, durant de longs mois, les commerçants ont souffert des manifestations nées de la crise des « gilets jaunes ». La fédération des commerçants de Toulouse, dont Benoît Ramus est l’un des membres actifs, soutient la demande nationale d’interdiction de manifestations dans certaines zones commerciales, en particulier le samedi. « Je veux que le droit à manifester soit respecté, mais que notre droit de travailler le soit aussi. On est aussi essentiel, il faut juste qu’on nous respecte un peu plus. Samedi dernier, jour de la reprise, on a eu trois manifestations. Vu l’état financier de nos entreprises, c’est maintenant qu’il faut résoudre le problème », conclut le patron qui ne veut pas prêt à éteindre définitivement ses bougies.